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Le petit garden avait eleve" un beau gros coq, gros 'de me'me.'l II dit done a sa mere: "Je m'en vas vendre le coq, pour avoir de quoi manger." II part avec son coq sous son bras, s'en va a la ville, marche, marche.

Le long du chemin, dans un bois, il rencontre une fee qui dit: "Ah, mon jeune homme, ou vas-tu?" — "Je m'en vas a la ville vendre mon coq. On n'a plus rien & manger." — "Quand tu vendras ton coq, reserve-t'en done la tfite, que tu m'apporteras a ton retour." — "Ah, bonne mere, je le ferai."

Bendu au march6, on vient marchander son coq. C'est une piastre pour le coq. Un monsieur dit: "On va 1'acheter." — "Je demande une piastre, et je me reserve la tfite du coq." Le monsieur dit: "Q& fait bien mon affaire. Moi, je serais bien en peine pour le tuer." Le gargon coupe la t6te du coq, la met dans sa poche, donne le coq et prend sa piastre, avec laquelle il va s'acheter deux pains.

Comme il passe dans le bois, en s'en revenant, la vieille fee demande: "As-tu reserve" la tete de ton coq?" — "Ah! il dit, oui; la voila!" Bien con ten te, elle la prend, et laisse aller le garcon un petit bout. "He'! elle crie, attends done!" II demande: "Quoi?" Elle dit: "Je ne t'ai pas donn6 de recompense." En lui donnant un petit morceau d'argent, elle dit: "Tu iras chez 1'orfevre et tu te feras faire une bague. Tout ce que tu souhaiteras, la bague te 1'accordera."

Quand il arrive & la maison, sa pauvre mere est bien contente de le voir avec ses deux pains. II y a si longtemps qu'elle n'a pas fait un bon repas. Us mangent done tous les deux.

Le lendemain, il s'en va chez I'orfevre & qui il demande: "Comment voulez-vous pour me faire une bague?" L'orfevre repond: "Tu me donneras les retailles, pour mon paiement." Le petit jeune homme s'en revient chez eux,2 et il dit S, sa mere: "A'ct'heure, vous ne patirez plus. Descendez dans la cave, et allez q'ri3 du lard." — "Mais, mon pauvre enfant, ca fait quinze ans qu'il n'y en a plus." II repete: "Vite, allez-y voir!" C'est bien plein de beau lard, & la cave. C'est ce qu'il vient de d&irer avec sa bague. II souhaite deux huches pleines de pain; et voila deux huches bien pleines de beau pain. Tous les jours, il souhaite ce dont il a besoin;4 et tous deux, sa mere et lui, eont bien nourris, rien de mieux!

Un bon jour, le voila sur 1'dge; il veut se marier. Le roi restait dans un petit chateau, au coin d'une rue, pas loin. Le gargon dit & sa mere: "Allez-donc demander au roi sa fille en manage pour moi." Elle re"pond: "Laisse* done! 'c'est a croire que'6 je vas aller deman

1 Gros "comme ceci;" le conteur y ajoutait un geste.

1 Chez lui, chez sa m£re. 'Que'rir, chercher.

4 Patry dit: "tout ce qu'il a besoin." « Dans le sens de "Allez done!"

• Signifie : "Tu te trompes si tu penses que..."

der la fille du roi pour toi."—"Allez, allez! s'il ne veut pas, il la gardera." La bonne-femme s'en va done parler de de'ga1 au roi. "Ah! dit le roi; le petit gredin! II faut qu'il soit puni. Va lui dire que si, demain, il ne m'a pas range" trente cordes de bois & ma porte, il sera pendu. Q& lui montrera 4 me demander ma fille." Sa mere s'en va en braittant le lui dire. "Ne pleure done pas, il re'pond, ne pleure done pas! Je m'en vas 'bucher.'"*

S'en allant dans la ville, il engage trente hommes pour 'bueher* le lendemain. Quand les trente hommes arrivent, il part avec eux, et il les mene dans la 'sucrerie' * du roi, d ras sa cabane, et il leur dit: "Buchez!" La 'sucrerie' du roi e'tait belle, ga ne se battait pas. * Les hommes 'buchent' les belles Arables, qui tombent drues. Le roi se dit: "II faut toujours que je voie ou ils 'buchent.'" Et le valet qu'il envoie revient en disant: "Monsieur le roi, c'est pas des bSbeUes!6 Ils 'buchent' dons le cceur de votre belle'sucrerie;' et ils en ont un £talage de coupe1, c'est pas rien!"s Le roi envoie ses troupes pour prendre les bucherons. Trouvant le jeune homme assis sur une souche, qui regarde 'bucher' ses hommes, les soldats disent: "Vous voili tous prisonniers." Mais lui, il dit: "En vertu de ma bague, qu'ils soient tous morts, except^ un qui ira porter la nouvelle au roi!" Ils meurent tous; et celui qui reste en vie court dire au roi: "Ils sont tous morts, vos soldats." Le roi envoie done une troupe bien plus forte pour prendre les bucherons. Les voyant arriver, le jeune homme, assis sur une souche, dit: "En vertu de ma bague, je souhaite qu'ils meurent tous, except^ celui qui en ira porter la nouvelle au roi!" Et les voil& tous morts.

Le soir, le jeune homme va dire au roi: "Vous pouvez compter vos trente cordes de belle 6rable, devant votre porte."

Le lendemain, il se dit: "II m'en faut, du bois, moe-iou.'1 Le roi, lui, & de la belle Arable; mais moi, je suis un monsieur, il me faut du pommier." Et il emmene ses bucherons dans le verger du roi. Les voyant arriver, le roi part et vient trouver le jeune homme, disant: "Ne 'buche' pas dans mon verger. Viens-t'en!" L'emmenant avec lui, il ajoute: "A'ct'heure, je vas te donner ma fille en mariage." Et il le marie & sa fille.

Une fois marie1, le gendre du roi se souhaite un chateau bien plus beau que celui du roi, et toutes sortes de belles choses dedans. Au

1 Parler de cela.

1 Ici y. n., dans le sens de "sbattre des arbres pour en faire du bois de chauffage."

1 I.e., forfit durables oil Ton fabrique le sucre d'erable.

4 Anglicisme pour "il n'y en avait point de plus belle."

'Ce n'eet pas des Jeux d'enfants; btbeUe signifie "Jouet."

• Dans le sens de "c'est serieuxl"

7 I.e., a moi et lout, a moi aussi.

chateau, ce tricheux,l il couche avec sa bonne-femme. Elle lui demande: "Par quel moyen as-tu tant de vertu?" * — "Tiens, ma femme, il r<5pond, tu ne le re'peteras pas! Mais, voici une bague dans mon doigt; tout ce que je souhaite d'elle, je 1'ai."

Pendant que le jeune homme est content de vivre si bien, la femme, elle, n'aime pas son mari 'a plein.' *

A la fin, une nuit, pendant qu'il dort, elle lui mouille le doigt et lui 6te sa bague. Sans bague il n'a pas plus de 'vertu' qu'un autre. Le roi lui dit: "Ah! tu vas voir d'ct'heure, mon gars!" Envoyant la police, il le fait prendre et attacher, pour qu'on le porte au pays des rats, ou il se fera d6vorer pour sa penitence. On 1'attache & une voiture dans une poche; et deux hommes partent avec lui pour le pays des rats, marchent, marchent.

C'e'tait pas mal loin, le pays des rats. En passant a la porte d'une auberge, les hommes disent: "On va toujours entrer prendre un coup; il y a encore un bon bout a faire." Pendant qu'ils boivent, un gros matou jaune, gros 'de m&ne,'4 passe tout pres de la voiture. "Mon hi don, mon bidou, viens ici!" dit le jeune homme. Comme le chat va le trouver, il le prend et le cache dans son capot.

Sortant de 1'auberge, les soldats repartent avec la voiture, et ils filent. Ils arrivent au pays des rats pendant un jour de parade. Tous les rats sont habilles en soldats, et leur roi, avant qu'ils partent pour la guerre, en fait la revue. II y a une grosse batisse remplie de troupes, partout, partout, et le roi des rats, sur un th6atre, fait un sermon, preche, et les instruit. Voyant arriver un homme dans un sac, il dit: "En voil£ toujours un beau gros. Ce n'est pas le premier que ce roi m'envoie. II faut faire une fete avec." Le roi crie: "Mes rats!" Les rats se tassent autour de 1'homme. Les uns disent: "M'o * lui manger le nez;" les autres: "M'& lui manger les joues." Mais lui, il tire la tete de son matou en dehors du sac, et rrndo, rrndo...; il largue6 le chat, qui se met a courir rrang-tit-tit, rrang-tit-tit! II vous Strangle une bande de rats! Leur roi dit: "Cou'don,1 mon ami! votre bSte va tout manger mon peuple." L'homme r^pond: "Oui, je vous fais tous deVorer d net8 par ma grosse bfite." — "Commentc'que vous me demandez pour garder ta bete? II y a assez de monde de mort." — "Je te demande d'aller chercher ma bague ou elle se trouve, chez le roi; autrement, je vous fais tous manger d net."

Le roi des rats fait battre un ban parmi son peuple, pour apprendre ou est le chateau du roi. Quand ils sont tous assembles, une vieille rate dit: "Moi, je connais ben ce château-là. J'y ai mangé ben des tinettes de viande, de beurre et de confitures; je connais ça! Mais il y a loin à aller, et je suis vieille. J'y ai déjà rencontré une grosse bête noire1 étou. Il faudrait ben que je sois accompagnée." Une petite rate, sa cousine, la plus ratoureuse2 de toutes, dit: "Je vas aller avec vous." Pendant qu'elles sont parties, l'homme garde son matou dans le sac.

1 Dans le sens de "veinard." J Pouvoirs.

'I.e., ne I'aime pas beaucoup.

4 I.e., comme ceci — un geste accompagnait ces mots.

• I.i-., je m'en vaa..., Je vas...

• Tenne marin; signifie "Iftcher."

7 ficoute done I * Sans exception.

Rendue au château du roi, la vieille rate dit à sa petite nièce: "Prends garde!" Elles entrent par un trou dans la chambre du roi, pendant qu'il dort, la nuit. La petite rate dit: "La bague n'est pas aisée à trouver. Il l'a dans sa bouche, parce qu'elle est nulle part ailleurs. Mais, tu vas voir, il la crachera bien!" La petite rate s'en va dans la cusine, et se tortille la queue dans de la moutarde qui se trouve sur une planche. Comme le roi dort sur le dos, la petite rate lui passe la queue sur la 'gueule.' Le roi fait: "Pouah!" et il se met à cracher, et crache la bague dans la place. La vieille rate prend la bague et file vers le trou.

En s'en allant, la petite rate dit à la vieille: "Cou'don, ma tante, donne-moi donc la bague. Ça me fera honneur de l'avoir gagnée, comme ça empêchera le chat de dévorer tous les rats." La vieille répond: "J'aime autant la garder. Une vieille comme moi passera pour bien habile."3

Pendant que, sur un pont, elles traversent une rivière, la difficulté prend entre les deux rates. En se chamaillant, elles échappent la bague, qui tombe au fond de la rivière. La vieille dit: "Si tu m'avais seulement laissée tranquille, la bague ne serait pas là."

En arrivant chez leur roi, elles disent: "La bague nous a échappé sur le pont, et elle est tombée dans le fond de la rivière." — "Ah! en voilà encore une affaire!" dit le roi. Il refait battre un ban pour savoir si quelqu'un connaît cette rivière. Un vieux rat avait été 'de cérémonie' * avec une grenouille de cette rivière-là. "Ah! il dit, je connais bien ça!" Le roi dit: "Pars vitement, et va voir si tu peux avoir la bague." Voilà le vieux parti. Arrivé au bord de la rivière, il se met à son langage6 avec la grenouille: "Brik-brak-brak." La grenouille ressoud. "Bonjour, bonjour! depuis 'ce temps que'6 je ne t'ai pas vue! C'est bien depuis qu'on7 a été 'de cérémonie' ensemble." Et ils commencent à s'embrasser. "Dis-moi donc ce que tu cherches?" demande la grenouille. "Ah, pauvre enfant! Je cherche une bague

1 Un autre chat. 'Rusée; radical, "tour."

» Patry employa ici le mot anglais "smart."

« Patry ajouta en explication: ".. .avait été compère;" i.e., avait été parrain en compagnie de...

» Se met à parler son langage.

• Dans le sens de "combien longtemps il y a que..."

» Que nous...

qui a été perdue au fond de la rivière." La grenouille commande à toutes ses petites grenouilles et à ses crapauds de se mettre tous côte à côte et de marcher tout le long, dans le fond de la rivière. On trouve la bague. La 'commère' du vieux rat la lui rapporte. Bien content, il la remercie, l'embrasse, lui souhaite le bonjour, et il part.

Arrivé au château de son roi, il lui remet la bague. Bien content, le roi, à son tour, la donne au jeune homme, qui dit: "A'ct'heure qu'est-ce que tu souhaites? J'ai fait du mal à tes troupes." Le roi répond: "Ramène ta bête, et remets mon monde en vie." — "En vertu de ma bague, dit l'homme, je souhaite tous les rats en vie." Et tous les rats, en revenant à la vie, se sauvent à toute épouvante.

Le jeune homme se souhaite rendu dans son château. Le voyant arriver le roi dit: "C'est ben le boute! Le voilà revenu avec sa bague, que j'ai perdue. Il va tous nous mettre à mort." Se jetant aux genoux de son gendre, il lui demande pardon en lui remettant sa fille. Mais le jeune homme répond: "Gardez-la, votre fille; elle est trop tricheuse! Je vivrai à mes dépens, et restez tranquille." Ça fait que le roi et son gendre ont chacun vécu à leurs dépens.

Quant au gendre, je ne sais pas s'il s'est remarié. Je n'en ai plus entendu parler.

64. LE COQ ET LES RATS.'

Une fois, c'est une veuve qui a trois garçons, dont le plus jeune s'appelle Jean.

A l'âge de vingt-et-un ans, Jean apprend que la guerre vient d'éclater. Avant de partir pour la guerre, il dit à sa mère: "Quant à la poule que j'ai mis couver, et à mon coq, je vous dis de ne pas les vendre ni les changer, durant mon absence."

Quelque temps après, quand Jean* est à la guerre, trois fées viennent chez sa mère pour acheter le coq. La veuve répond: "Ce coq est à Jean, mon garçon; et il m'a bien défendu de le vendre entre ci et qu'il revienne." — "Ah! répondent les fées, s'il vous l'a défendu, on va vous le changer pour un pareil." — "Le changer? Non, je ne le change pas; il m'a défendu de le changer ni de le vendre." Désappointées, les fées s'en vont.

Le lendemain matin, la plus âgée des fées dit: "Retournons-y. Mais apportons une lampe d'argent pour l'offrir à la veuve, en échange pour le coq." Arrivées chez la mère de Jean, les fées disent: "Cette lampe d'argent vous serait bien plus utile qu'un coq. La mère,

1 Raconté à Sainte-Anne, Kamouraska, en juillet, 1915, par Narcisse Thiboutot, qui dit avoir appris ce conte de son oncle, feu Charles Francœur, il y a sept ou huit ana.

'A certains endroits, le conteur dit "petit Jean," au lieu de "Jean."

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