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vous n'avez rien ici pour vous éclairer."—"C'est vrai, on n'a rien pour s'éclairer; mais mon garçon Jean m'a dit de ne pas vendre son coq. Je ne veux donc plus que vous reveniez me bâdreri pour ça." Voyant qu'elles ne peuvent réussir, les fées retournent chez elles, la tête basse.

Un jour, comme ça fait longtemps que Jean est à la guerre, une des fées dit: "Cou'don, je vas acheter le coq, moi." Elle retourne chez la veuve, achète le coq, l'apporte chez elle et dit à sa servante: "Tu vas tuer le coq et le faire cuire tout rond, avec la tête." La servante tue le coq, et le fait cuire avec la tête. Quand le coq est cuit, un petit jeune quéteux passe, entre et demande à manger. Prenant la tête du coq, la servante la lui donne. "Merci!"dit le jeune quéteux, en prenant la porte et en s'en allant chez la mère de Jean. "Tiens, grand'mère, dit-il, on m'a donné la tête d'un coq pour mon dîner. Jetez-la à votre chatte, qu 2'elle la mange." La veuve prend la tête de coq et la serre dans sa commode.

Dans l'entrefaite, voilà Jean qui revient de la guerre. "Et mon coq, demande-t-il en entrant, l'avez-vous encore?" — "Non; hier, je l'ai vendu aux fées." — "Mais, mouman, je vous avais bien défendu de le vendre." — "Oui, mon petit Jean; mais ça faisait bien longtemps qu'elles me bâdraient." "Cestui pas rien!3 Au moins, si vous aviez gardé la tête." — "Mon petit garçon, je l'ai icite, la tête; elle est bien serrée." La veuve remet à son garçon la tête de coq. Rouvrant la tête, Jean y prend la bague qui s'y trouve, et il se la met dans le doigt. Avec sa bague, il souhaite d'avoir le plus beau château de la terre, brillant comme des étincelles et suspendu sur quatre chaînes d'or. Aussi vite qu'il l'a désiré il se trouve assis dans un château brillant, suspendu sur quatre chaînes d'or.

S'adonnant à* passer par là, le roi s'écrie: "Qu'est-ce que c'est, ça? qu'est-ce que c'est, ça? D'où est venue cette bâtisse, en si peu de temps? Je n'ai jamais vu rien de si beau." Le roi appelle un valet pour yi6 demander le nom du roi à qui appartient ce château. A celui qui entre s'informer, on répond: "Je suis petit Jean; c'est mon nom."

Le roi, le lendemain, envoie un valet inviter petit Jean à souper avec lui. "C'est bien vrai, répond petit Jean, que je suis obligé d'obéir à la parole du roi. Mais retournez l'inviter à venir me rendre visite et à prendre le dîner chez moi, demain midi." Le valet va dire à son maître: "Monsieur le roi,le jeune roi Jean me prie de vous dire que si vous pouviez aller dîner avec lui, demain midi, il préférerait

1 De l'anglais "to bother." 2 Abréviation de "pour qu'elle..."

» I.e., est-ce assez malheureux)

4 I.e., passant là par pur hasard. 'Yi pour "lui."

$a." * Le roi fait done gr&yer sa vieille reine et sa princesse, et dit: "On va prendre le diner chez le jeune roi Jean."

Vers midi, Jean souhaite avec sa bague d'avoir la plus belle des tables, garnie des meilleurs mets qui se puissent trouver. En entrant, le roi dit: "Jeune roi Jean, jamais je ne pourrai comprendre comment vous avez fait batir ce chateau en si peu de temps, a ma porte, et sans que j'en aie connaissance." — "Ah, monsieur le roi, ce n'est rien. * II y a bien des choses plus difficiles que je pourrais faire." Tout en parlant, le vieux roi demande a Jean voir* s'il est garcon. "Ah oui, monsieur le roi, re"pond Jean; je n'ai que ma vieille mere avec moi." Le trouvant de son gout 'a plein,' le roi tourne et tourne, et lui offre quasiment sa fille, la princesse. Comme Jean ne demande pas iniciix, la noce se fait au plus vite — les rois ne prenaient pas grand temps a faire une noce, dans le 'temps passe"'!

Quelque temps apres le manage, le roi dit: "Mon Jean, allons faire un tour de chasse." — "Oui, allons-y!" r6pond Jean. Ils grtyent tout leur manage, prennent ce qu'il leur faut pour huit jours de chasse, et ils partent. Jean oublie bien sa bague, qu'il laisse accroche"e a la te"te de son lit.

Pendant leur absence, les trois f6es viennent trouver la jeune princesse, lui demandant si elle n'a pas de vieilles bagues a changer pour des neuves. "Oui, re"pond la princesse, mon man en a une qui commence a ternir. Je suis prfite a la changer." Les f6es lui donnent trois bagues en ^change de la sienne, et elles s'en vont.

Aussitdt qu'elles ont la bague, les fe"es souhaitent que le chateau fonde4 comme le ferait en e'te' un chateau de glace. D'un croc6 le chateau est fondu, et la princesse est prise dans ce bourbier.

Revenant de la chasse, le roi et Jean regardent partout. Point de chateau! Jean dit: "Ma femme m'a trahi! Elle a du changer ma bague que j'avais oublie"e." — "La bague que tu avais oublie"e? dit le roi; je pense, mon Jean, que ce n'6tait qu'un chateau de glace." — "Ah non, monsieur le roi! Ma femme a du changer la bague que j'avais laisse"e a la tete de mon lit. Elle m'a trahi." En cotere, le roi dit: "Tu me'rites d'etre puni s6v6rement. Je reprends ma fille; et pour te punir, on va rassembler tous les gens de la place pour de*cider quel sera ton chatiment."

Quand les gens furent rassembles, un dit: "Faisons-le bruler a petit feu." Un autre dit: "On va le noyer." Un troisi&ne dit: "Envoyons-le But 1'lle aux rats." Les ayant tous entendus, le roi decide: "Je consens qu'on 1'envoie But Pile aux rats pour le faire devorcr par les rats." Faisant gr£er sa chaloupe, le roi dit a Jean: "Allons, embarque!" Jean demande: "Avant d'embarquer, sire mon roi, m'accordez-vous la grace de prendre mon gros chat, qui s'appelle Thorn'f" — "Apporte-le, ton Thorn'; tu n'en as toujours pas pour si longtemps a vivre."

J Thiboutot disait: "II prffererait plulfit ca que de venir."
1 Founder disait "c'est rien!" * Pour voir si...

4 Le texte de Foumier ici est: "Souhaitent que le chateau fut fondu comme c'eut £16 un chateau de glace..." 8 Dans un instant.

Le voila done parti pour 1'lle aux rats, ou on va le reconduire. Rendus a File, les valets du roi ne peuvent pas accoster; les rats, comme des demons, veulent se lancer sur la chaloupe. A la fin, Jean prend son chat sous son bras et dit: "Mon Thorn', il faut que tu sauves la vie a ton maltre. Sinon, il va mourir en brave." Le chat r6pond: "Ne crains pas, mon maitre!" Jean lache son chat en disant: "Thorn1, divertis-toi sur 1'lle, et Strangle autant de rate qu'il y en a." Thorn' se lance a coups de dents et de griffes, et tue les rats par piles. La pour finit par prendre les rats. Voila leur roi qui arrive: "Arretez, monsieur, arretez votre bfite! On va vous laisser tranquille." Lachant un cri, Jean dit: "Thorn', avant d'arreter, divertis-toi! II y a encore trop de rats sur 1'lle." Le roi des rats re"pete: "Monsieur, arr6tez-le! je vous promets qu'on vous fera aucun mal." Jean dit a son chat: "Thorn', viens-t'en idle." Et le chat revient pres de son maitre en se 16chant les babines.

Le roi des rats demande: "Monsieur, pour quelle raison £tes-vous venu ici?" — "Pour la raison que j'avais un chateau brillant, suspendu sur quatre chaines d'or, en avant de celui du roi. Apres avoir 6pous6 la princesse du roi, je partis pour la chasse. Pendant mon absence, ma femme m'a trahi en changeant ma bague, que des f4es sont venues lui demander. Cette bague 6tait une bague 'de vertu,'! avec laquelle il me suffisait de souhaiter quelque chose pour 1'avoir. Roi des rats! si tu n'es pas capable de trouver ou est ma bague, tu peux dtre certain que toi et tes rats, vous allez tous mourir. Thorn' va se divertir a son gout, si tu ne peux pas m'aider." — "Ah, monsieur, arrfitez! Elle n'est pas ici, sur mon terrain, votre bague; mais elle est peut-6tre sur celui de la reine des souris." Le roi des rats attelle deux mulcts sur son carrosse, prend une souris pour cocher, et il s'en va trouver la reine des souris. Voyant arriver le roi des rats, la reine des souris dit: "Que venez-vous faire ici, aujourd'hui, le roi des rats?" — "Ah! si tu savais, la reine des souris! Toute ma place est bouleversee par une b£te dont le mattre m'a dit que si je ne retrouvais pas sa bague perdue, tous mes rats seraient mis a mort." La reine des souris re'pond: "Moi, je n'ai pas eu connaissance de cette bague, sur mon terrain. Mais, la reine des grenouilles* le saurait peut-etre bien." — "Eh bien! je vas aller le dire a la b£te qui veut tous nous de'truire."

1 Bague enchant^e. Ailleura, Q.-S. Pelletier appelle cea objets "des souhaitevertv."

1 Prononc6 gornouiUes.

Le roi des rats revient dire a Jean: "Monsieur, la bague n'est pas But le terrain des souris; mais la reine des grenouilles en saurait peutfitre quelque chose." Jean re"pond: "Oui, si la reine des grenouilles le veut, elle peut me retrouver ma bague. Mais il faudra qu'elle envoie a sa recherche quatre grenouilles, quatre rats et quatre souris. Si elle ne me rapporte pas ma bague entre ci trois jours,l vous serez tous mis a mort." Quand elle apprend ca, la reine des grenouilles dit: "On va essayer." Appelant une vieille grenouille: "Serais-tu capable d'aller chercher la bague que les fe"es ont changed chez le roi Jean? Si tu me la rapportes, je te donnerai de la cr£me au sucre." La grenouille r6pond: "Oui, j'en serai peut-^tre capable; mais il faut que tu envoies quatre jeunes grenouilles avec moi." On grdye la goelette pour traverser, et a bord montent les quatre grenouilles avec quatre rats .et quatre souris.

Quand la goelette arrive dret en face de chez les f6es, d£barquent les rats, les souris et les grenouilles. Ensemble ils se glissent vers la maison des f6es, regardent par la porte entre-baille"e, et apergoivent la plus vieille des fe"es, la bague au doigt, et couch^e sur un canape". Voyant la chatte sous le poele, les rats n'osent pas entrer. La plus petite des souris se glisse demure le balai, dans le coin, et elle attend que le chat soit sorti. Apres une escousse, la petite souris saute au doigt de la f6e, fait tomber la bague, qu'elle prend et apporte a la goelette.

On met a la voile pour s'en retourner au pays des grenouilles. En route, un rat dit: "C'est moi qui ai trouv6 la bague." — "Ce n'est pas toi, dit la souris; tu as eu peur d'entrer quand tu as vu la chatte sous le poele. Moi, je suis entree comme une brave, en me glissant derriere le balai. J'ai ensuite saute" au doigt de la f6e, et me suis sauv^e avec sa bague." Dans sa cotere, le rat attrape la souris en disant: "Tu vas me la donner." — "J'aimerais mieux la perdre que te la donner." Saute sur le bout de la goelette, saute sur le flangi; * la petite souris e"chappe la bague a 1'eau.

Bien piteuse, la petite souris vient dire a la vieille grenouille: "J'ai perdu la bague." Comme c'est en pleine nuit, la vieille grenouille 'prend un apergu sur' une 4toile.

Avant d'arriver chez la reine des grenouilles, on hisse le pavilion de deuil. Les voyant venir, le roi des rats dit a la reine des grenouilles: "II leur est arrive1 malheur; ils sont en deuil." En d6barquant, la vieille grenouille va dire a sa reine: "On a perdu la bague dans le fond de la mer. Courue par le rat, la petite souris, qui avait gagne" la bague, s'est sauv6e sur le flangi et a 6chapp6 la bague a 1'eau, en pleine mer. Le rat, vous savez, se souvenait de vos paroles: 'Celui

1 Entre ci et le troisieme jour...

1 Peut-t-tre de 1'anglais "flange," rebord, saillie.

qui rapportera la bague sera soigné à la bouillie au sucre.'" La reine des grenouilles dit: "Ma vieille grenouille, es-tu capable, avec cinq jeunes grenouilles, d'aller chercher la bague là où elle a été perdue ?" — "Oui, ma reine, nous allons essayer."

Suivie de cinq grenouilles, la vieille se rend, la nuit suivante, à l'endroit où la bague est tombée à l'eau. Regardant à l'étoile, elle dit: "C'est icite; j'en juge par l'étoile." Attendant le lendemain, au jour, le capitaine de la goélette prend une planche, met une petite grenouille dessus, et la lâche doucement à l'eau. La grenouille cherche la bague, cherche, mais ne trouve rien et se nèye.' Voyant ça, la vieille grenouille dit: "Moi, j'y vas." Plonge et reste deux heures sous l'eau. On en est 'occupé,'* dans la goélette; et on se dit: "Elle va se noyer." Mais non, elle revient avec la bague dans sa gueule, grimpe sur la goélette, se glisse à sa chambre et fait hisser le pavillon de joie, pendant qu'on revient chez la reine des grenouilles.

Les voyant arriver, la reine des grenouilles dit au roi des rats: "Ils l'ont retrouvée: voyez le pavillon de joie." En débarquant, la vieille grenouille va porter la bague à la reine des grenouilles. "Tiens, la reine, dit-elle, allez porter la bague à qui elle appartient." La reine répond: "Vas-y toi-même avec le roi des rats, comme c'est toi qui as travaillé à délivrer notre pays et le sien." La vieille grenouille s'en va donc trouver Jean, et dit: "Monsieur Jean, voilà la bague dont vous avez parlé au roi des rats. Une fée l'avait obtenue de votre femme en échange [de trois bagues neuves]. A'd'heure, on vous la donne en vous demandant de laisser la paix à notre pays." — "Ah! dit Jean, la bonne reine des grenouilles! Je t'en remercie bien des fois, et je te souhaite d'être plus heureuse que jamais. Moi, je m'en retourne à mon château." Prenant la bague, il se la met au doigt. "Je désire que mon château se trouve encore à la même place, suspendu sur quatre chaînes d'or, devant celui du roi." Aussitôt souhaité, aussitôt faite.

Se réveillant, le lendemain matin, le roi aperçoit un beau château brillant devant le sien, et il voit le roi Jean se promenant sur la galerie. "Comment ça se fait? dit le roi. Encore un qui se bâtit un château devant le mien!"

Jean arrive et dit: "Monsieur le roi, rendez-moi ma femme. Je veux lui faire pleurer son tort. Ma femme, voilà son histoire: Pendant que nous étions à la chasse, elle avait changé ma bague 'de vertu' avec une fée. La fée souhaita mon château morfondu* en marécage, et la princesse resta prise dans le bourbier. La fée connaissait la vertu de ma bague, mais ma femme n'en connaissait rien;

'Noie.

< Inquiété.

'Probablement une corruption de "fondu."

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