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et Voub, monsieur le roi, vous disiez: 'Ton chateau, c'e"tait un chateau de glace!'" Le roi dit: "Mon Jean, je t'en demands bien pardon. Mais, aujourd'hui, ta femme a appris la vertu de ta bague, qu'elle ne cbangera plus, pendant que nous serous & la cbasse. Quant aux gens qui te condamnaient, on va les punir com'i'faut." Ceux qui voulaient faire bruler Jean, on les fait bruler. Ceux qui avaient dit "Noyons-le!" on les n&ye. Et ceux qui avaient conseille" de Tenvoyer & Tile aux rats, on les mene a 1'lle aux rats.

Tout en finit par la. Le roi, lui, a continue" jusqu'& aujourd'hui & vivre avec Jean, son gendre. Et moi, ils m'ont renvoye" ici. Depuis ce temps-la, j'ai eu de la misere 'en de"mon,'' icite.

65. LA FABLE DE L'OURS ET DU HENABD. *

Une fois, il est bon de vous dire, c'e"tait un renard et un ours.

Un bon matin, durant 1'hiver, le petit renard se met dans un bane de neige, devant la maison de Tours, et il se met & hurler, hurle. Sortant de sa maison, Tours demande: "Qu'as-tu done & hurler, mon petit renard?" II re'pond: "On m'appelle pour £tre compare; mais je ne veux pas y aller." — "Mon petit renard, vas-y done: ils vont te donner a manger com'i'faut. S'ils m'appelaient comme c.a, j'irais bien, moi qui ne fais que me licher la patte." Le petit renard s'en va, fait un tour, entre [sans qu'on le voit] dans la ddpense de Tours, et commence & 'manger la tinette'* de beurre. Quand Tours le voit repasser, il demande: "Comment Tappelles-tu, ton filleul?" — "Ah! il dit, je Tai appele" Commence"."

Le lendemain matin, le petit renard revient encore sur le bane de neige, devant Tours, et il hurle, hurle. "Qu'est-ce que tu as done, mon petit renard, & tant hurler ?" — "Parlez-m'en pas! on m'appelle encore pour [e"tre] compere; mais moi, je ne veux pas y aller." — "Vas-y done! on te soigne si bien, quand tu es compere!" Voil& mon petit renard qui part, fait un tour, entre [sans qu'on le voit] dans la defense de Tours, et mange la moitie" du beurre, dans la tinette.4 Le voyant repasser, Tours lui demande: "Comment-c'que tu Tas appe!6, ton filleul?" — "Je Tai appele" A.-moiqui6."—"C'est un beau nom, mon petit renard. Ce n'est pas bien de te faire prier comme c,a pour 6tre compere."

Encore la mfime chose; le lendemain matin, le petit renard se plante dans le bane de neige, et se met & hurler. Hurle, hurle, mon petit

1 J'ai eu beaucoup de misfire.

1 R^citee par Achille Fournier, en aoiit, 1915. a Sainte-Anne, Kamouraska. Fournier apprit cette fable, il y a longtempa, d'Edouard Lizotte, aussi de SainteAnne.

1 C'est-a-dire le contenu de la tinette.

4 Fournier dit: "mange la tinette de beurre a moiquit."

renard. L'ours demande: "Mais, pourquoi taut hurler, mon petit renard ?" — "On m'appelle encore pour 6tre compare, et moi, je ne veux pas y aller." — "Mon petit renard, vas-y done! Tu reviens toujours saoul, quand tu es compare. Si on m'y invitait moi, je ne demanderais pas mieux." Fait un tour, le petit renard, et entre dans la ddpense de Tours, ou il mange le reste de la tinette de beurre. Le voyant repasser, Tours demande: "Comment Tas-tu appele", ton filleul?" —"Je Tai appele" Cul-liche." L'ours respond: "C'est un beau nom, c.a, mon petit renard. Je voudrais bien qu'ils m'appellent pour [6tre] compare, moi qui ne vis qu'a me licher la patte."

Quand il va chercher du beurre dans sa tinette, Tours trouve tout le beurre parti. S'en allant voir le renard, il dit: "Mon petit renard, je ere ben que tu m'as joue" un tour. Tu disais qu'on t'appelait pour [6tre] compare; mais c'est ben des menteries. Tu t'en allais 'manger ma tinette' de beurre. Leurs noms, tu disais, 6taient Commenc6, A-moiquie et CvA-lichi; mais, mon petit renard, m'a te deVorer d'ct'heure." — "[Ne] me de"vore done point pendant que tu es si fach6. Tiens! on va se coucher, et celui qui, demain matin, aura du beurre au derriere, ?a sera lui qui aura mange* le beurre." L'ours finit par 6tre consentant. Us se couchent et dorment.

Durant la nuit, le renard se leve et met du beurre au derriere de Tours. S'apercevant qu'il est graisse1, en se reVeillant, Tours se dit: "C'6tait done moi qui Tavais mange"!"

En ] 11 en a nt le chemin, un peu plus loin, le petit renard crie: "Je t'ai jou6 un tour, Tours. Tu n'es pas ben fin, je te le garantis! A'ct'heure, liche-ioi la patte!"

Et moi, ils m'ont renvoye" ici vous dire que le petit renard est bien plus fin que Tours.'

66. JEAN-cuiT.2

C'6tait un roi qui s'appelait Jean-Cuit.8 Et son seul fils s'appelait aussi, comme lui, Jean-Cuit.

Le garc.on e"tait But Tage de se marier, et son p&re et sa mere devenaient vieux. Un jour, le pere dit: "Cou'don, mon jeune homme, nous veld* vieux. Ca nous ferait bien plaisir de te voir marie"; et tu ne m'as pas Tair a faire grand'chose." — "Mon pfere, dans cette placeci, je ne trouve pas 'de mon gout.'"' — "C'est bon! je vas te greyer un batiment." De fait, il lui greye une belle frigate, et il y met de Tor et de Targent.

1 PrononcS Your,

* Kacont<5 par Paul Patry, a Saint-Victor, Beauce, en aoAt, 1914. Patry, dans sa jeunesse, apprit ce conte de son frtre, Fr6d6ric Patry, alors r&idant a Halifax, N.-E.

* Le nom "John Cook" donn£ par le conteur, est ici traduit.

4 Voila. 'I.e., je ne trouve personne a mon gout.

Voilà le jeune homme parti en voyage, s'en allant de ville en ville, et d'une province à l'autre. Il n'en l trouve pas de son goût, nulle part.

Arrivé à une ville bien éloignée, après avoir longtemps voyagé, il débarque, et il se met à se promener dans la ville. Il rencontre ben une petite fillette d'une douzaine d'années, belle! ce gu'une2 créature3 peut être belle. Elle s'en va, portant un petit pot rempli de lait, pour son petit frère. Sa mère est veuve et pauvre, pauvre.4 "Ma petite fille, où vas-tu?" demande Jean-Cuit. "Monsieur, je suis allée chercher du lait 'par charité' pour mon petit frère. On est si pauvre!" — "Oui?" Il met la main dans sa poche, haie un cinq louis d'or, et le lui donne en disant: "Ma petite fille, je peux te faire l'aumône comme n'importe qui. A'ct'heure, où restez-vous?"6 Elle répond: "Nous restons dans une petite maison, là, au coin de la rue."

Partant en courant, la petite fille s'en va trouver sa mère, et elle lui dit: "Mouman, j'ai rencontré le plus bel homme! Il a mis la main dans sa poche, et il m'a donné cet argent." Suffit que sa fille est si belle, la mère croit que c'est de l'argent pour lui jouer un tour. Elle prend l'argent et, fâchée, le jette sur son lit. Sa fille ajoute: "Mouman, il m'a dit qu'il allait venir, betô."— "Oui?" répond la mère.

Jean-Cuit fait un petit tour dans la ville, mais ne trouve rien de mieux que la petite fille. Il s'en va donc à la maison de la veuve. Le voyant entrer, l'enfant dit: "Tiens, maman, maman, c'est ce monsieur-là." La mère prend la parole, et dit: "C'est-i vrai, monsieur, que c'est vous qui avez donné cet argent-là à ma petite fille ?" — "Oui, madame! Elle m'a appris que vous êtes pauvre. Je peux donc vous faire l'aumône comme n'importe qui. A'ct'heure, la mère,6 j'aurais une chose à vous demander." — "Qu'est-ce que c'est?" — "C'est demander votre fille en mariage." La mère répond qu'elle est bien trop jeune. Jean-Cuit reprend: "Oui, madame, elle est trop jeune; mais je ne suis pas un bâtard; et avant que je sois allé demander à mon père sa permission pour me marier, aller et revenir, ça me prendra trois ans. C'est ben loin, voyez-vous!" Il ajoute: "Mais que je revienne,7 elle sera d'âge." Dans la ville, il y avait une école. Jean-Cuit décide la mère à y mettre sa fille; et comme elle est consentante, ils partent et s'en vont mettre la fille à l'école. Avant de sortir, Jean-Cuit dit: "Si c'est de son goût, quand je reviendrai, nous nous marierons. Si ça n'est pas de son goût, eh ben! j'en chercherai

1 I.e., de jeune fille. 2 I.e., autant qu'une...

» Ce mot est, parmi les paysans canadiens, très souvent substitué au mot "femme," et son sens est exactement le même.

4 La répétition ici comporte un superlatif.

t [Toi et tes parents].

» Vocatif. 7 I.e., quand je reviendrai.

une autre. D'ici à ce que je revienne, laissez-la à l'école où la meilleure maltresse va l'instruire, la nourrir, l'habiller 'sur le plus beau.' "l Ayant demandé son prix à la maîtresse d'école, * il lui donne la moitié de ses gages pour trois ans 'de temps,' et lui promet le restant à son retour. Il donne aussi de l'argent à la veuve pour qu'elle vive sans misère. Lui, il est riche et fils de roi!

Revenu chez son père, il lui demande la permission de se marier. Et il ajoute: "Il me faudrait de l'or et de l'argent; ma 'belle-mère'' est veuve et pauvre." Le roi, son père, lui regrèye son bâtiment, en y mettant de l'or et de l'argent.

Pendant ce temps-là, la veuve a bien hâte de voir revenir JeanCuit, et elle va souvent au bord de la mer voir s'il arrive.

Un jour, une frégate se montre et hisse le pavillon de Jean-Cuit. C'est lui! La bonne-femme est fière. En débarquant, Jean-Cuit dit: "A'ct'heure, allons voir la belle!" Et avec la veuve, il s'en va chez la maîtresse d'école. Il dit: "C'est moi qui ai mis la petite fille ici pour la faire instruire."

Cogne à la porte de sa chambre: "Mademoiselle, monsieur JeanCuit est arrivé." Elle répond: "Oui!" Elle a bien profité, grandi, et grossi, rien de plus beau! Jean-Cuit lui donne la main en disant: "Mademoiselle, votre idée a-t-elle changé?" Elle répond: "Oui! mon idée a pas mal changé. Dans ce temps-là j'aimais guère; * mais à'd'heure j'aime 'à plein.'" — "Comme ça, c'est-il de votre goût que nous nous marions?" Elle répond: "Oui! c'est un bonheur que je ne pensais jamais avoir."

Ils se sont mariés.

Jean-Cuit demande à sa belle-mère: "Voulez-vous venir avec nous, sur ma frégate? Nous allons partir." Mais elle répond: "J'ai encore des enfants ici; et je m'ennuierais, si loin, si loin!" On lui donne alors de l'or et de l'argent à la banque,1 pour qu'elle vive sans travailler tout le reste de sa vie, elle et ses enfants. Jean-Cuit et sa femme s'embarquent, partent et filent.

Jean-Cuit a été si longtemps à son voyage que quand il arrive à son pays, son père et sa mère sont morts. Etant leur seul enfant, il est devenu roi et maître, avec la couronne.

Il y avait bien quelques années qu'il vivait avec sa femme quand il entendit parler d'un pays éloigné, où on pouvait acquérir une grande quantité de richesses. Il en parle à sa femme, qui n'aime pas beaucoup à le laisser partir pour ce pays. A force de la prier, il finit par la gagner. Il se fait grèyer deux bâtiments.

1 I.e., la vêtir des plus beaux habite.

* Il y a incertitude ici quant à savoir si Patiy voulait dire "maître" ou "maltresse" d'école.

• Par anticipation. 'Prononcé "gyér." 1H est curieux de voir ici un trait aussi moderne.

Son voisin était un bourgeois presque aussi riche que lui. Comme ils étaient bons amis, le voisin s'en va reconduire Jean-Cuit à ses bâtiments. Jean-Cuit pleurait en partant. "Qu'as-tu à pleurer?" lui demande son ami. Il répond: "EcouteI je laisse ma femme, et je lui cause bien de l'ennui, à elle étou." L'autre dit: "Cou'don, des femmes, il y en aura partout pour toi, le long du chemin." — "Ah oui, mon voisin; mais pas comme la mienne. J'ai une brave et honnête femme!" Le voisin répond: "Bah! tu as trop confiance en ta femme. Veux-tu gager que, pendant ton absence, j'aurai les mêmes avantages que tu as eus?" Jean-Cuit répond: "Non! et je gage bien pour bien que non."l En gageant, ils se donnent la main. Jean-Cuit embarque et file.

Le voisin, le soir, vient 'veiller' chez la femme de Jean-Cuit. "Bonsoir!" — "Bonsoir!" Elle lui donne une chaise, et ils commencent à jaser; jasent, jasent jusqu'à neuf heures. Après avoir jasé encore une petite escousse,a il part et s'en va. En s'en allant, il se dit: "Je pense que mon affaire est bonne."

Le lendemain au soir, il revient encore au château de Jean-Cuit, pour 'veiller' avec sa femme. Elle lui demande: "Venez-vous chercher quelque chose?" — "Non! je viens 'veiller' pour jaser et vous désennuyer. Surfit que vous êtes toute seule." — "Eh bien! elle dit, c'est le cas, je suis seule. Une 'veillée,' c'est superbe! mais pas la deuxième." Elle dit: "Sortez, ou bien je vous flambe la tête." Mon gars part piteux. II est loin d'avoir eu des avantages!

Ça fait gu'il attelle ses chevaux à son carrosse, et il se promène devant le château de madame Jean-Cuit, bien piteux, la tête entre les jambes. Une servante dit à la dame: "C'est curieux, le voisin se promène devant le château, la tête entre les jambes et ben piteux. Ça m'a l'air qu'il s'ennuie depuis que monsieur Jean-Cuit est parti."

Sortant au coin du château, la servante s'adonne à le voir passer. "Mais, dites-moi donc, monsieur, est-ce à cause du départ de monsieur Jean-Cuit que vous avez l'air si piteux?" — "Ah! il dit, mademoiselle, quand même je vous raconterais ma peine, vous ne seriez pas capable de m'arracher de de'là. Je suis bien malheureux!" — "Qu'est-ce que c'est ?" — "Quand même je vous le dirais, vous n'êtes pas capable de m'arracher de de'là. Mais, des fois, on trouve plus dans deux têtes que dans une." Il lui raconte tout, sa gageure de bien contre bien, et les avantages de madame Jean-Cuit. La servante dit: "Je vas vous enseigner un plan, moi. A chaque fois qu'il arrive ici un vaisseau, une valise venant de Jean-Cuit est apportée au château, dans la chambre de la dame. Et il vient d'en arriver un;... comprenez-vous?" Il répond: "Oui, je comprends!" S'en allant

1 II parie sa fortune entière contre celle de son voisin. 'Quelques moments.

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