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teau, le croirez-vous? elle avait encore sa robe de noces. Et dans une minute, elle revient en belle robe blanche, comme au jour de ses noces. "Tiens, mon Jean-Cuit, me reconnais-tu?" Et lui, il perd quasi men t connaissance de voir sa femme revenue.

"Ah! disent les gens, que voulez-vous qu'on lui fasse d'ct'heure, gfrne>ale du roi?" On envoie chercher la fille qui a trahi sa maltresse, et devant tout le monde, on la met sur un 'ber de grille,' et on la fait bruler. La graisse, on 1'a prise pour graisser les roues des voitures.' Et le bourgeois? Us le mettent entre quatre murailles, ou il ve'cut jusqu'a la fin de ses jours rien qu'au pain et a 1'eau.

Jean-Cuit et la ge'ne'rale du roi retournerent a leur chateau, ou ils ve"curent heureux avec tous leurs biens et ceux du bourgeois. Depuis ce jour, Jean-Cuit n'a plus voyage1.

Et moi, on m'a envoy<5 ici vous le raconter.

67. LES TROIS FOILS D'OB. *

Une fois, il est bon de vous dire que c'e'tait un prince. II se maria un jour & une princesse, la fille d'un autre roi — les princes se marient toujours entre eux-autres.

Un bon matin, il parle d'aller faire un voyage dans un pays Stranger, pour acheter des marchandises et des soieries. Ce'qui, vient le trouver? Le seigneur de la place. "Mais, il dit, ou vas-tu done, le prince? Tu viens de te marier, et tu pars de"j& en voyage pour les pays Strangers." — "Eh oui! j'ai & faire ce voyage." — "Veux-tu gager avec moi que m'a avoir des faveurs de ta princesse avant 'le retour de' ton voyage ?" — "Oui, batege! on va gager bien centre bien. Si tu as des faveurs de ma princesse avant mon retour, tu auras mes biens; et si tu n'en as pas, j'aurai les tiens."

Le prince parti, le seigneur va, le soir, trouver la princesse. Une fois, en passant, il vole une jarretiere sur sa chaise. Comme il y retourne le lendemain matin, "Mais, monsieur le seigneur, dit la princesse, vous venez ici done bien souvent. Vous pouvez rester chez vous; je n'ai pas besoin de vous, idle." Le seigneur sort a sa courte honte, et il vole une chemise de la princesse qui pend a une corde a linge dans la cour.

Le lendemain, il fait habiller sa servante en que*teuse, et il 1'envoie, portant un panier, demander son pain chez la princesse. La quSteuse demande a loger pour la nuit. On la loge.

A la fin de la soiree, la princesse se retire dans sa chambre, se dishabille, et 6te ses anneaux, qu'elle met dans un tiroir de sa commode.

1 Patry disait: "Les roues des ouayuines" (de 1'anglais "wagons").

1 RaconWJ par Achille Fournier, a Sainte-Anne, Kamouraska, en juillet, 1915. Fournier retint ce conte apres 1'avoir entendu une seule fois, il y a a peu pres quarante ans, d'un Canadien-frangaie, dans le Massachusetts.

Dans un coin, a la noirceur, la qufiteuse la guette, et voit tout ce qu'elle fait. La belle princesse avait bien trois poils d'or But l'e"paule gauche. Aussitot qu'elle est endormie, la servante s'approche sur le bout des pieds, vole les anneaux dans le tiroir de la commode, arrache les trois poils d'or de la princesse et revient chez son mattre, le seigneur. "Tiens! seigneur, elle dit, voila les trois poils d'or qu'elle avait sur l'e"paule gauche, et voila les anneaux qu'elle avait mis dans le tiroir de sa commode, avant de se coucher." — "Je te remercie bien, ma servante; c'est $a qu'il me fallait."

Le prince revient de son voyage. Comme il ddbarque de son batiment, le seigneur vient le rencontrer. "Voyons, il dit, comment f'o 6tG, a ton voyage?" — "C"o bien Ste1, a mon voyage." Le seigneur reprend: "Mais f'o n'a pas si bien e'te' idle. J'ai eu des faveurs de ta princesse, avant ton retour." — "Qu'est-ce que tu as eu ?" — "J'ai eu sa jarretiere!"— 'T'as eu sa jarretiere? Ah, ah! fas bien pu la voler sur sa chaise, dans le chateau." — "Mais, c'est pas toute! Voila sa chemise, qu'elle m'a donne'e." — "Ah! sa chemise? 7"as bien pu la voler quand elle a 4tendu son butin sur la corde." — "Mais c'est pas toute: j'ai ses anneaux." — "Ah! t'as pas encore gagne" mes biens. II faut d'autres choses que c.a." — "Mais, j'en ai encore. Connais-tu ces trois poils d'or, qu'elle avait sur son e"paule gauche?" Le prince revire de bord et s'en va trouver sa femme. II dit: "Ma femme, greye-toil J'ai tout perdu mes biens." II embarque avec sa femme dans une piraque,1 et il s'en va a la mer.

Au milieu de la mer, il jette sa femme a 1'eau, et il s'en va ailleurs.

La princesse ne s'6tait pas noyee. Son butin la faisait flotter sur 1'eau. La voila qui prend terre. A terre, elle s'en va dans une ville; et la, elle s'habille en avocat.

Le prince, lui, marche et il marche 'tant que la terre le portera.'

Apres bien longtemps, il arrive dans la ville od se trouve sa femme. Mais il ne la reconnait pas, quand il la rencontre. Elle lui demande: "Monsieur, ou c'que vous allez done ?" — "Oil c'que je vas? Je marche 'tant que la terre me portera.'" — "Mais, vous avez du avoir quelque chose de bien e"pouvantable, pour marcher tant que la terre vous portera?" — "Ah oui! j'ai gag6 bien centre bien avec un seigneur qu'il n'aurait pas de faveurs de ma princesse avant mon retour de voyage. Quand je suis revenu, il m'a montre" sa jarretiere, il m'a montre" sa chemise. J'ai dit: T'as bien pu les prendre toi-me"me sur la chaise, et pi, * sur la corde.' II m'a aussi montr6 ses anneaux. Et il m'a montr6 les trois poils d'or qu'elle avait sur son e"paule gauche." — "Bien, monsieur, elle dit, vous avez gage" bien contre bien avec lui? Qu'est-ce que vous me donnez, a moi, si je vous plaide votre cause et si je la gagne?" Avocat comme elle est, elle s'en va parler

1 I.e., pirogue. »I.e., puis.

au juge, fait prendre le seigneur; et les voila en proces. Quand le seigneur est en cour, sous sarment,1 1'avocat lui demande: "Monsieur le seigneur, n'auriez-vous pas pu voler cette jarretiere sur une chaise?" — "Oui, j'ai vole1 la jarretiere sur une chaise." — "Vous auriez bien pu voler la chemise sur la corde ou elle £tait 6tendue, dehors ?" — "Oui." — "Vous auriez bien pu envoyer votre servante en quSteuse demander a loger chez la princesse ?" — "Oui." — "Elle n'a pas vole1 les anneaux dans le tiroir de la commode de la princesse?"— "Oui." — "Pendant qu'elle dormait, elle ne lui a pas arrache" les trois poils d'or qu'elle avait sur son 6paule gauche ?"—"Oui."—"Monsieur le juge, vous en avez pris note? Qafait que... le seigneur a-t-il perdu ses biens, monsieur le juge ?" — c'est la femme avocat qui plaide sa [propre] cause! Elle se retourne vers le prince, son man, et elle lui demande: "Pourriez-vous reconnaitre votre femme si vous la voyiez?" n n'pond: "Oui, je la reconnaitrais." L'avocat 'dit ni un ni deux,'2 rnais il passe dans une chambre voisine. De la chambre il sort une princesse, sa femme, qui dit: "Me reconnais-tu, mon mari?" — "Ah oui! je te reconnais, ma femme." Elle le prend par le cou et lui donne un beau bee en pincette, la, devant tout le monde. Le juge dit: "Monsieur le prince, vous avez gagn6 tous les biens du seigneur, que je condamne."

Le prince s'est en alle" avec la princesse, sa femme, a son chateau, ou ils ont toujours ve"cu heureux, depuis. Quant au seigneur, lui, il s'est mis, a son tour, a marcher 'tant que la terre le portera;' et il marche encore.

68. LE GRAND VOLBUB DE PARIS. *

Une fois, il y avait, a Paris, un homme qui 6tait voleur de son me'tier.

Ayant entendu parler qu'en France se trouvait le plus fin voleur de la terre,4 il se dit: "Si j'allais le rencontrer? Qui sait! il ne serait peut£tre pas plus fin que moi."

Le grand voleur de Paris part et s'en va en France. II y arrive un dimanche matin, avant la messe. Entend la messe en France.

1 Sennent.

1 I.e., sans perdre un instant.

* RaconWi par Narcisse Thiboutot, en aout, 1915, & Sainte-Anne. Kamouraska. Le conteur apprit ce conte, il y a une dizaine d'annees, d'un noinin6 Tabel (?) Dionne, du meme endroit, et alors ag<5 d'a peu pres 65 ans.

Une autre version de ce conte. sous le nom de "Le grand voleur provincial," fut aussi recueillie & Sainte-Anne, a'Achille Fournier. Cette version sera plus tard publiee.

4 Le conteur, dans sa naivete^ place ici Paris hors de France; et pour lui "France" semble fitre un nom de vflle. D ne se maintient toutefois pas dans cette erreur, dans la suite, comme il dit ailleurs: ".. .royaume de France."

En sortant de l'église, il regarde partout en remarquant, pour voir s'il ne rencontrerait pas le voleur de France. Tiens! tout d'un coup, il aperçoit un homme qui s'approche tranquillement d'un monsieur et, faisant semblant de rien, hâle la montre du monsieur et la met dans sa poche, sans que l'autre s'en aperçoive. Le voleur de Paris s'en va le trouver: "Monsieur, ce ne serait pas vous, par hasard, le grand voleur de France, dont on parle tant?" L'autre répond: "Oui, c'est ben moé! Et je suis à la recherche du grand voleur de Paris, que je voudrais bien rencontrer." — "Ben! on est tous les deux de compagnie."1

Le grand voleur de France dit: "Il y a ici, en France, un roi qui est bien riche. Il faudrait le2 voler. Mais, pour pouvoir le voler, il faudrait se mettre tous deux en société. Vouloir le voler seul, c'est se faire prendre, certain." Le voleur de Paris demande: "Sais-tu où est son argent ?" — "Son argent est dans une bâtisse de pierre, dont la porte est en fer. C'est moi qui l'ai bâtie pour lui. Pour pouvoir y entrer, j'y ai laissé une pierre [mobile],3 qu'on peut arracher au besoin."

La nuit suivante, le grand voleur de France dit au grand voleur de Paris: "Allons tous les deux avec chacun une poche à la bâtisse où le roi garde son argent." Arrivé là, il dit à son associé: "C'est moi qui y entre, le premier soir. Mais demain, ça sera ton tour, le grand voleur de Paris." Une fois rentré, le voleur de France emplit les deux poches 'bien pleines' d'or et d'argent. Sorti, il remet la pierre com'i'faut, à sa place, prend le chemin et s'en vient à sa maison avec l'autre voleur.

Le lendemain, pendant que le roi examine ses richesses, il s'aperçoit que l'argent a été brassé. Bien tracassé, il s'en va chez une sorcière des environs, et lui demande: "De quelle manière faut-il m'y prendre pour attraper le voleur qui prend mon argent?" Elle répond: "Je ne vois pas d'autre chose que ça: quelqu'un a une clef qui fait sur votre porte." — "Ça ne se peut pas, répond le roi; il n'y a qu'une serrure et une clef comme celles-là dans tout le royaume de France." — "Eh bien! laissez faire encore. Qui sait? C'est peut-être une idée que vous vous faites, sans que personne n'y soit allé." — "C'est toujou ben curieux!" dit le roi, en s'en allant.

La nuit d'après, les deux voleurs retournent encore à la bâtisse où le roi garde ses richesses, chacun avec une poche. C'est au tour du grand voleur de Paris à entrer. Il entre, emplit les deux poches d'or et d'argent, sort de là, remet la pierre à sa place com'i'faut; et tous les deux, ils s'en retournent tranquillement.

1 Pour "de compagnie, ensemble."

2 I.e., voler ses biens.

3 ThiboutÔt se servait ici d'un terme anglais: une pierre de lousae (de "loose").

Le roi s'aperc.oit, le lendemain, que ses richesses ont encore diminu6. II retourne chez la sorciere, et lui dit: "L'or et 1'argent fondent! Je ne peux pas comprendre comment c.a se fait." La sorciere re"pond: "Le voleur, c'est peut-fitre celui qui a fait votre batisse? Qui salt s'il n'a pas laisse' une pierre [branlante],' pour entrer par la dans la batisse.se chargerd'oret d'argent,et remettre la pierre, en partant?" —"Comment faire pour le savoir?" demande le roi. "Pour le savoir, dit la sorciere, il faut enlever 1'or et 1'argent de la batisse, la remplir2 de paille, mettre le feu a la paille, et faire le tour en dehors, pour voir si la boucane3 sort a quelque place."

Le roi, le lendemain, fait charroyer tout son or et son argent ailleurs, emplit la batisse de paille, y fait mettre le feu, et ferme la porte. En guettant, dehors, il voit la boucane sortir tout le tour d'une pierre. II essaie de hdler la pierre. La pierre branle et s'ote facilement. Le roi s'en va tout droit trouver la sorciere. "II y a une pierre [branlante], par ou il peut entrer facilement." La sorciere repond: "A'ct'heure, reportez-y votre or; et puisqu'il entre en otant la pierre, ttendez-y * un sabre & la marchette.5 Peut-etre ne sera-t-il • pas assez fin pour regarder avant d'entrer; et, en entrant, il se fera couper le cou." Le roi ne prend pas de temps a faire tout ce que la sorciere a dit.

Le lendemain soir, les deux voleurs se disent encore: "II faut aller chercher une poche d'or et une poche d'argent." Rendus, le grand voleur de Paris dit au grand voleur de France: "C'est a ton tour de rentrer, d soir." Le grand voleur de France hdle la pierre, et se d6peche a rentrer sans regarder. Le sabre part et crac! la te'te tombe la, a terre. II s'est fait trancher la te'te!

Ne le voyant pas revenir, le grand voleur de Paris entre, prend la te'te coupee de son associe1 et 1'apporte, laissant 1& le corps; et il s'en va la jeter a la riviere.

Quand le roi revient, le lendemain, il trouve le corps du grand voleur de France; mais, point de te'te! S'en allant voir la sorciere il dit: "On a trouv6 le corps, mais sans te'te. Et il n'y a pas moyen de trouver de traces & suivre." La sorciere dit: "Pour savoir qui a pris la te'te du voleur et pour retrouver votre or et votre argent, il n'y a qu'une chose & faire: prenez un chariot, mettez-y le corps sans te'te du voleur, et envoyez vos valets dans toutes les rues de la ville, a la suite du chariot. Si le voleur 6tait mari6, quand Us verront passer son corps sans te'te, sa femme ou ses enfants pleureront. Qa sera signe que c'est 1& la maison du voleur, ou votre or et votre argent se trouvent."

'JThiboutot r6pete encore ici: "Une pierre de lousse."

1 Le texte: "la remplir 'ben pleine' de..."

> Fume'e. "Boucane" eat d'origine am&icaine (aborigene).

4 Tendez-y. • "Marchette," terme d'oiaeleur.

• Thiboutot diaait: "Peut-etre bien qu'il..."

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