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Le roi fait gr&yer un chariot, oil il fait mettre le corps du voleur. Le lendemain matin, il envoie scs valets avec le chariot dans toutes les rues de la ville, rue par rue. Mais personne ne pleure, nulle part. II ne reste plus qu'une petite rue, en arriere. "II faut toujours y passer, pour finir," se disent les valets. Entrent dans la petite rue. En arrivant a la maison du grand voleur de France, qui e"tait marie" et avait six enfants, voila qu'ils entendent pleurer et se lamenter dans la maison. Le grand voleur de Paris, qui restait la, chez le voleur de France, e"tait en frais de se faire la barbe, et il avait pris la pre"caution de bien affiler son rasoir. Quand les valets du roi entrent, ils demandent aux enfants: "Qu'avez-vous a pleurer?" Ils rdpondent: "C'est poupa, c'est poupa!" Le grand voleur de Paris avec son rasoir venait de se couper le doigt, et le sang coulait partout. II dit: "Eh oui, ces pauvres enfants! ils pleurent parce que je viens de me couper un doigt... Pleurez done pas, mes enfants! II n'y a toujours pas de danger que j'en meure." Voyant ca, les valets s'en vont sans rien dire, et racontent leur journ^e au roi.

Retournant chez la sorciere, le roi dit: "Les enfants n'ont pleure" qu'a une place; et quand on y est entr6, les enfants disaient: 'C'est poupa, c'est poupa!' En se faisant la barbe 1'homme de la maison s'e'tait estropie1 a un doigt. C'est bien pour ya que les enfants pleuraient." La sorciere re"pond: "Ecoutez, monsieur le roi, c'e"tait la la maison que vous cherchiez, par rapportl si 1'homme qui s'est coupe1 le doigt est le grand voleur de Paris, il est bien fin, et, apres avoir emporte" la tdte de son associe", il e"tait bien capable de se couper le doigt. Pour le prendre je ne vois qu'un moyen, le seul moyen: c'est de faire une f£te et d'y inviter tous les messieurs de la ville, les notaires, les docteurs, * les marchands et les autres. Faites la 'veilleV longue, et gardez-les a coucher. Mais recommandez-leur de ne pas faire d'affront a votre princesse. Si le grand voleur de Paris y est, lui, il sera bien assez fantasses pour ne pas vous 6couter. C'est la le seul moyen de le trouver."

Le roi, le lendemain, fait inviter tous les notaires, les docteurs et les marchands a venir prendre le souper avec lui et a faire une 'veilleV de contes. Tous ces gens sont bien contents de venir; le grand voleur de Paris est un des premiers a arriver. Apres souper, ce sont les contes. On s'amuse'a plein.' A onze heuresdu soir, leroi dit: "Mes amis, il est trop tard pour retourner chez vous, d soir. Vous allez rester ici a coucher, pour ne pas d6ranger le monde, dans la ville; et demain matin, vous retournerez chacun chez vous." Les invite's ne demandent pas mieux que de rester au chateau, chez le roi. Ils acceptent done d'y coucher.

1 I.e., paroe que. «I.e., m&lecins.

3 Fantasque, impudent.

Quand il commence a 6tre tard, le roi leur montre ou ils doivent coucher. En passant devant la chambre de sa fille, il dit: "II y a ma fille, la princesse. Sa chambre est ici; et je ne pense pas qu'il y en ait parmi vous d'assez effronte' pour oser lui faire insulte." Tous re"pondent: "II n'y a pas de danger, monsieur le roi!"

Quand c.a vient vers les deux heures, dans la nuit, le grand voleur de Paris pense en Iui-m6me: "Je serais bien mieux couche" [dans la chambre de"fendue]." II part et s'en va s'y coucher. La princesse se reveille, mais le grand voleur de Paris dort comme un bon. Prenant son petit pot de peinture [inde'le'bile], elle lui fait une marque au front. Puis elle met le petit pot sur le coin de sa commode.

Se reVeillant de bonne heure, le matin, le grand voleur de Paris se leve, se regarde dans le miroir, et apergoit la marque, sur son front. "Ah, ah! il dit, c'est parce que j'ai couche" ici que je suis marque"? Je vas marquer les autres pom7." Prend le petit pot de peinture de la princesee, et s'en va marquer tous les autres. II n'en oublie pas un. En finissant, il se dit: "Les voila tous pris, comme moi." Quand il a remis le petit pot la ou il 1'a trouve', il revient se coucher parmi les autres.

Le matin, le roi vient leur dire: "Levez-vous!" Ils se levent: "Mais! crie le roi, vous avez tous fait insulte a la princesse? Vous Stes tous marque's." — "Non, sire mon roi! Non, sire mon roi! On n'a pas fait insulte a votre princesse, certain!" — "Ah! il dit [vous avez e"te" bien effronte^]." Vers huit ou neuf heures du matin, tous les invit6s repartent et s'en vont chacun chez eux. •

Bien embfite", le roi s'en va tout raconter a la sorciSre. "Bien, elle dit, monsieur le roi, il faut que le grand voleur de Paris fut de la bande. II s'est fait marquer, bien sur; et, comme il est bien fin, il est alle" marquer tous les autres. Pour le prendre, je ne vois qu'un seul moyen. Dans la porte qui ouvre sur la chambre de la princesse, je ferais greyer une trappe qui balance; j'inviterais tous les messieurs a votre ffite, comme Pautre jour, et je les garderais a coucher. Si le grand voleur de Paris y est, il sera bien assez fantasse pour [aller a la chambre de la princesse]. II tombera dans la cave en mettant le pied sur la trappe qui balance. Faites faire la cave si creuse qu'il ne peuve pas sortir. La vous le prendrez."

Apr&s avoir fait faire une trappe qui balance, le roi invite les me'mes gens que la premiere fois. Durant la 'veille'e,' on conte des histoires, on chante et on se divertit bien. La veille'e pas mal avance"e, le roi dit: "Mes amis! je ere ben que vous faites mieux de rester a coucher, pour ne pas de"ranger les gens de la ville, qui dorment depuis longtemps." —" C'est ben, monsieur le roi, on va rester a coucher." — "Par exemple! dit le roi, je ne voudrais pas que vous alliez tous a la chambre de la princesse lui faire insulte." — "Ah, craignez pas, monsieur le roi!"

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Quand ca vient sur les minuit, le grand voleur de Paris se dit: "Celui de la princesse est bien meilleur que le mien. II faut que j'y aille encore, cette nuit — il n'e'tait pas qu'un petit gars! Comme il arrive a la porte de la princesse, la trappe balance, petam,' pam'f Voila le voleur dans le trou. "Au voleur! au voleur!" il commence a crier. Tous les messieurs se levent 'a la course' et vont a tatons vers la place d'ou viennent les cris. Arrives a la porte, sur la trappe qui balance, pouf! pouf! pouf! — il me semble encore de les entendre tomber dans la cave. Grimpant sur eux, le grand voleur de Paris vient a bout de sortir de de'ld. Aussi vite qu'il entend le train, le roi se leve et vient pres de la trappe. "Vous fetes tous dans la chambre de la princesse?" — "Non, sire le roi! On entendait crier 'au voleur!' et on est venu voir." Le roi s'en va sans rien dire, laissant les messieurs dans la cave, le restant de la nuit.

Le lendemain matin, le roi dit: "Si le grand voleur de Paris est idle et s'il est garcon, je lui donne ma fille en mariage, moyennant qu'il se declare & moi et me promette de ne plus me voler, ni de faire des choses comme il en a de"j& faites." Le grand voleur de Paris, qui est juste en face de lui, se leve la main en 1'air, et dit: "C'est moi, sire le roi!" Le roi lui donne la main et dit: "On va faire des noces, entendu que * tout notre monde est ici." Apres les noces, il donne 'toute' sa couronne a son gendre, le grand voleur de Paris qui, depuis, s'est trouve* a toujours bien vivre.

Moi, ils m'ont envoye" ici; mais, ils ne me donnent jamais un sou.

69. KKK DKIU CO VA AU CIEL. 2

Une fois, il est bon de vous dire, c'e'tait Notre-Seigneur, qui marchait sur la terre.

II s'adonne bien d passer chez un nomine" Fr6de>ico, qui e"tait apres fendre du bois d ras sa maison. Fre'de'rico avait une misere 'e'pouvantable' a fendre son bois—rien que desrebuts.3 "Bonjour, monsieur Fre'de'rico!" dit Notre-Seigneur. "Bonjour, mon Seigneur!" — "Veuxtu me donner a loger, Fre'de'rico?"—"Oui, je vous donne a loger. On n'est pas ben grandement; mais ga fait rien;* on se tassera plus." Notre-Seigneur pense: "C'est lui qui est le plus tendre; j'ai demande" partout a loger, et tous m'ont refuse1."

Fr6de'rico se remet a fendre son bois, et tout marche [comme] sur des roulettes, les quarqiersB revolent sur tous les bords, rien de plus beau!

1 Pour "attendu que."

'Recueilli a Sainte-Anne, Kamouraska, en juillet. 1915. Le conteur, Achille Fournier, dit avoir appris ce conte, il y a une quinzaine d'anndes, d'un nommd J<5r6mie Ouellet, aussi de Sainte-Anne.

1 Des Miches nouees.

4 Ca fait ne rien, dans le sens de "n'importel" * Quartiers.

Quand vient le temps de repartir, le lendemain matin, Notre-Seigneur dit: "Frédérico, j'ai trois souhaits à t'accorder; lequel prendstu: le paradis, le picatoire1 ou l'enfer?" Après avoir pensé, Frédérico répond: "Je prends Reste collé! Et quand je dirai: Reste collé! ça ne pourra plus décoller. Je prends le violon qui fait danser bon gré mal gré, et aussi le sac où rentre tout ce qu'on y souhaite. Lui ayant accordé Reste collé! le violon et le sac, Notre-Seigneur continue son chemin.

Dans sa vie, Frédérico fit bien du mal.

Voilà le Méchant2 qui, à la fin, s'en vient le chercher, en disant: "Cou'don, Frédérico, je suis venu te chercher." — "Ben! laisse-moi toujours souper, avant de partir. Assis-toi là, sur le sofa, en m'attendant." Aussitôt le diable assis, Frédérico dit: "Reste collé!" Voilà le diable collé; [ne] peut plus se décoller. — "Mais, Frédérico, tâche doDC de me décoller! Décolle-moi donc!" — "Ah! si tu veux rester encore un an sans revenir, m'a te décoller." — "C'est bon, Frédérico!"

Une fois le diable parti, Frédérico mène toujours le même jeu, faisant encore du mal.

Au bout d'un an, le diable revient le chercher, pendant qu'il est après souper. "Voyons, mon Frédérico, es-tu prêt à t'en revenir, à'ct'heure?" — "Laisse-moi toujours souper. Tiens! il dit, monte dans cette talle de cenelles, et manges-en, en m'attendant." Aussitôt le diable monté dans la talle d'épines,3 Frédérico dit: "Reste collé!" Prenant son violon, Frédérico se met à jouer, et le diable danse 'comme un possédé' dans les épines, qui le piquent. "Lâchemoi, Frédérico, lâche-moi! Si tu m'aides à sortir d'ici, je te donnerai encore un an." Frédérico dit: "C'est bon!" et le diable file.

Une fois tranquille, Frédérico recommence à rouler son train ordinaire, et à faire autant de mal qu'il le peut.

Au bout d'un an, le diable arrive encore chez Frédérico, mais, cette fois, il est venu4 en souris.6 Frédérico, qui est à souper, lui dit: "Ma petite souris, fourre-toi donc dans mon sac, et grignote en m'attendant." Une fois la souris dans le sac, [magique, dont elle ne peut sortir], Frédérico s'en va le porter chez un forgeron. Là, il fait 'forger' son sac par deux forgerons, qui fessent avec deux gros marteaux: "Aye, Frédérico, lâche-moi, lâche-moi!" — "Ah! je [ne] te lâcherai que si tu veux me promettre de ne jamais avoir droit sur moi et si tu me donnes douze damnés de ton enfer." — "Oui, oui, mon Frédérico! Les douze damnés, je te les donne; tu viendras les chercher." Le marché en est fait; le diable a renoncé à ses droits sur Frédérico, qui est clair.'

1 P,urgatoire. • Le diable.

3 Apparemment le conteur considère comme synonymes les termes "t ailes de cenelles" et "talles d'épines."

4 Les paysans canadiens emploient le prétérit indéfini au lieu du prétérit défini, qui semble inusité.

* I.e., sous forme de souris.

Un bon jour, Frédérico prend son sac à sel et part pour voyage.

Arrivé à la porte de l'enfer, il se fait remettre ses douze damnés, qu'il fourre dans son sac. Le voilà qui arrive à la porte du paradis, son sac sur le dos. Pan, pan, pan! à la porte. "C'qui y'a làf" — "C'est Frédérico qui est icite." — "Comment, Frédérico? Mais quelle affaire as-tu, iciteV— "Je viens vous demander à loger." Notre-Seigneur répond: "C'est 'mal commode,* de te donner à loger, mon Frédérico! Tu as fait bien du mal, dans ta vie." — "Mais, qu'est-ce que ça veut donc dire ça? Quand vous êtes venu loger chez moi, sur la terre, je vous ai reçu avec vos apôtres. Et moi, vous me refuseriez à loger?" — "Bien! rentre, mon Frédérico. Saint Pierre, ouvre-lui la porte." Voilà mon Frédérico entré dans le paradis. Notre-Seigneur lui dit: "Ah! mon Frédérico, tu as l'air ben content d'être rendu au paradis?" — "Oui, j'en su* ben content. Mais je [ne] suis pas tout seul. J'ai dans mon sac douze damnés que j'ai fait sortir de l'enfer." Ouvrant son sac, il commence à fronder les damnés dans le fond du paradis. En tèrissant,* les damnés éventent partout, et trouvent le paradis ben curieux et ben beau, après être sorti de l'enfer.

Ça fait que Frédérico a toujours resté au paradis depuis, avec ses apôtes? les douze damnés qu'il avait retirés de l'enfer. Et moi, i m'ont renvoyé vous conter ça, icite.

70. LE CONTE DU VINAIGRIER.6

Une fois, c'était un vinaigrier qui avait passé sa vie à faire du vinaigre. Il avait un garçon qu'il tenait toujours renfermé chez. lui.

A l'âge de vingt-et-un ans, le garçon n'avait jamais encore mis les pieds dehors. Son père lui dit: "Mon gars, tu as aujourd'hui vingtet-un ans. Tu vas aller faire un tour à la ville." Et il l'habille du plus beau butin qu'il peut y avoir.

Rendu à la ville, vis-à-vis du château, le garçon du vinaigrier s'arrête et regarde la princesse du roi, qui se promène sur la galerie. Se mettant à côté du chemin, il regarde la princesse toute la journée, sans boire ni manger.

1 De l'anglais "clear," libéré, à qui on a donné congé. Fournier a probablement emprunté ce terme anglais quand u était à l'emploi des compagnies de chemin de fer et de coupe de bois.

* Ce n'est pas facile. * J'en suis... 4 En atterrissant, de Atterrir, prendre terre. 'Apôtres.

• Récité par Narcisse Thiboutot, à Sainte-Anne, Kamouraska, en août, 1915. Appris, il y a près de cinq ans, de son grand-père Louis Lévesque, maintenant Agé de 70 ans, du même endroit.

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