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Quand ça vient sur les minuit, le grand voleur de Paris se dit: "Celui de la princesse est bien meilleur que le mien. Il faut que j'y aille encore, cette nuit — il n'était pas qu'un petit gars! Comme il arrive à la porte de la princesse, la trappe balance, petam,' pam'! Voilà le voleur dans le trou. “Au voleur! au voleur!” il commence à crier. Tous les messieurs se lèvent à la course' et vont à tâtons vers la place d'où viennent les cris. Arrivés à la porte, sur la trappe qui balance, pouf! pouf! pouf! il me semble encore de les entendre tomber dans la cave. Grimpant sur eux, le grand voleur de Paris vient à bout de sortir de de'ld. Aussi vite qu'il entend le train, le roi se lève et vient près de la trappe. “Vous êtes tous dans la chambre de la princesse ?”

- “Non, sire le roi! On entendait crier 'au voleur!' et on est venu voir." Le roi s'en va sans rien dire, laissant les messieurs dans la cave, le restant de la nuit.

Le lendemain matin, le roi dit: "Si le grand voleur de Paris est icite et s'il est garçon, je lui donne ma fille en mariage, moyennant qu'il se déclare à moi et me promette de ne plus me voler, ni de faire des choses comme il en a déjà faites.” Le grand voleur de Paris, qui est juste en face de lui, se lève la main en l'air, et dit: "C'est moi, sire le roi!” Le roi lui donne la main et dit: “On va faire des noces, entendu que tout notre monde est ici.Après les noces, il donne 'toute' sa couronne à son gendre, le grand voleur de Paris qui, depuis, s'est trouvé à toujours bien vivre.

Moi, ils m'ont envoyé ici; mais, ils ne me donnent jamais un sou.

69. FRÉDÉRICO VA AU CIEL. ?

Une fois, il est bon de vous dire, c'était Notre-Seigneur, qui marchait sur la terre.

Il s'adonne bien à passer chez un nommé Frédérico, qui était après fendre du bois à ras sa maison. Frédérico avait une misère 'épouvantable’ à fendre son bois— rien que des rebuts. 3 “Bonjour, monsieur Frédérico!” dit Notre-Seigneur. “Bonjour, mon Seigneur!” – “Veuxtu me donner à loger, Frédérico ?– “Oui, je vous donne à loger. On n'est pas ben grandement; mais ça fait rien ;4 on se tassera plus." Notre-Seigneur pense : “C'est lui qui est le plus tendre; j'ai demandé partout à loger, et tous m'ont refusé.”

Frédérico se remet à fendre son bois, et tout marche (comme) sur des roulettes, les quarqiers 5 revolent sur tous les bords, rien de plus beau!

Pour "attendu que.”
? Recueilli à Sainte-Anne, Kamouraska, en juillet, 1915. Le conteur, Achille
Fournier, dit avoir appris ce conte, il y a une quinzaine d'années, d'un nommé Jérémie
Ouellet, aussi de Sainte-Anne.

3 Des bûches nouées.
• Ça fait ne rien, dans le sens de "n'importel”

Quartiers.

Quand vient le temps de repartir, le lendemain matin, Notre-Seigneur dit: "Frédérico, j'ai trois souhaits à t'accorder; lequel prendstu: le paradis, le picatoirel ou l'enfer ?” Après avoir pensé, Frédérico répond: "Je prends Reste collé! Et quand je dirai: Reste collé! ça ne pourra plus décoller. Je prends le violon qui fait danser bon gré mal gré, et aussi le sac où rentre tout ce qu'on y souhaite. Lui ayant accordé Reste collé! le violon et le sac, Notre-Seigneur continue son chemin.

Dans sa vie, Frédérico fit bien du mal.

Voilà le Méchant ? qui, à la fin, s'en vient le chercher, en disant: "Cou'don, Frédérico, je suis venu te chercher.” "Ben ! laisse-moi toujours souper, avant de partir. Assis-toi là, sur le sofa, en m'attendant.” Aussitôt le diable assis, Frédérico dit: “Reste collé!” Voilà le diable collé; (ne) peut plus se décoller. — “Mais, Frédérico, tâche donc de me décoller! Décolle-moi donc!” — “Ah! si tu veux rester encore un an sans revenir, m'a te décoller.” — “C'est bon, Frédérico!"

Une fois le diable parti, Frédérico mène toujours le même jeu, faisant encore du mal.

Au bout d'un an, le diable revient le chercher, pendant qu'il est après souper. “Voyons, mon Frédérico, es-tu prêt à t'en revenir, d'ct'heure ?" – "Laisse-moi toujours souper. Tiens! il dit, monte dans cette talle de cenelles, et manges-en, en m'attendant." Aussitôt le diable monté dans la talle d'épines, 3 Frédérico dit: "Reste collé!” Prenant son violon, Frédérico se met à jouer, et le diable danse 'comme un possédé dans les épines, qui le piquent. “Lâchemoi, Frédérico, lâche-moi! Si tu m'aides à sortir d'ici, je te donnerai encore un an.” Frédérico dit: "C'est bon!" et le diable file.

Une fois tranquille, Frédérico recommence à rouler son train ordinaire, et à faire autant de mal qu'il le peut.

Au bout d'un an, le diable arrive encore chez Frédérico, mais, cette fois, il est venu 4 en souris. 5 Frédérico, qui est à souper, lui dit: "Ma petite souris, fourre-toi donc dans mon sac, et grignote en m'attendant.” Une fois la souris dans le sac, (magique, dont elle ne peut sortir], Frédérico s'en va le porter chez un forgeron. Là, il fait ‘forger' son sac par deux forgerons, qui fessent avec deux gros marteaux: "Aye, Frédérico, lâche-moi, lâche-moi!” — “Ah! je (ne) te lâcherai que si tu veux me promettre de ne jamais avoir droit sur moi et si tu me donnes douze damnés de ton enfer.” — “Oui, oui, mon Frédérico! Les douze damnés, je te les donne; tu viendras les chercher.” Le 1 Purgatoire.

? Le diable. 3 Apparemment le conteur considère comme synonymes les termes "talles de cenelles” et “talles d'épines."

Les paysans canadiens emploient le prétérit indéfini au lieu du prétérit défini, qui semble inusité.

* I.e., sous forme de souris.

marché en est fait; le diable a renoncé à ses droits sur Frédérico, qui est clair. 1

Un bon jour, Frédérico prend son sac à sel et part pour voyage.

Arrivé à la porte de l'enfer, il se fait remettre ses douze damnés, qu'il fourre dans son sac. Le voilà qui arrive à la porte du paradis, son sac sur le dos. Pan, pan, pan! à la porte. "C'qui y'a ?“C'est Frédérico qui est icite.— “Comment, Frédérico ? Mais quelle affaire as-tu, icite ?" – "Je viens vous demander à loger." Notre-Seigneur répond: "C'est 'mal commode, 2 de te donner à loger, mon Frédérico! Tu as fait bien du mal, dans ta vie." — "Mais, qu'est-ce que ça veut donc dire ça ? Quand vous êtes venu loger chez moi, sur la terre, je vous ai reçu avec vos apôtres. Et moi, vous me refuseriez à loger ?" – "Bien! rentre, mon Frédérico. Saint Pierre, ouvre-lui la porte.” Voilà mon Frédérico entré dans le paradis. Notre-Seigneur lui dit: "Ah! mon Frédérico, tu as l'air ben content d'être rendu au paradis ?” — "Oui, j'en su 3 ben content. Mais je (ne) suis pas tout seul. J'ai dans mon sac douze damnés que j'ai fait sortir de l'enfer." Ouvrant son sac, il commence à fronder les damnés dans le fond du paradis. En tèrissant, les damnés éventent partout, et trouvent le paradis ben curieux et ben beau, après être sorti de l'enfer.

Ça fait que Frédérico a toujours resté au paradis depuis, avec ses apôtes, les douze damnés qu'il avait retirés de l'enfer. Et moi, i m'ont renvoyé vous conter ça, icite.

70. LE CONTE DU VINAIGRIER.6

Une fois, c'était un vinaigrier qui avait passé sa vie à faire du vinaigre. Il avait un garçon qu'il tenait toujours renfermé chez lui.

A l'âge de vingt-et-un ans, le garçon n'avait jamais encore mis les pieds dehors. Son père lui dit: "Mon gars, tu as aujourd'hui vingtet-un ans. Tu vas aller faire un tour à la ville." Et il l'habille du plus beau butin qu'il peut y avoir.

Rendu à la ville, vis-à-vis du château, le garçon du vinaigrier s'arrête et regarde la princesse du roi, qui se promène sur la galerie. Se mettant à côté du chemin, il regarde la princesse toute la journée, sans boire ni manger.

1 De l'anglais “clear," libéré, à qui on a donné congé. Fournier a probablement emprunté ce terme anglais quand il était à l'emploi des compagnies de chemin de fer et de coupe de bois. 2 Ce n'est pas facile.

: J'en suis... • En atterrissant, de Atterrir, prendre terre.

6 Apôtres. • Récité par Narcisse Thiboutot, à Sainte-Anne, Kamouraska, en août, 1915. Appris, il y a près de cinq ans, de son grand-père Louis Lévesque, maintenant âgé de 70 ans, du même endroit.

Le soir venu, il retourne chez son père et lui dit: "J'ai vu un château et la plus belle des filles! Je ne sais pas à qui la fille appartient, si c'est une princesse ou une seigneuresse.” Le père répond: “Tu viendras demain me conduire à ce château.”

Le fils du vinaigrier, le lendemain, conduit son père au château où se promenait la princesse. Quand ils arrivent, elle est encore là, sur la galerie, à se promener. Se retournant vers son père, le garçon dit: "Tiens! la voilà, la fille que je veux.” Son père riyi 1 et s'en retourne chez eux sans attendre son fils, qui ne revient que le soir. Aurais-tu dessein de l'épouser ?”? demande le père. Le garçon répond: "Oui, mon père!” — “Bien! demain, j'irai avec toi; et je parlerai pour toi.”

Le lendemain soir, le vinaigrier met ses overalls : noires, ses souliers de bois, prend sa canne de fer et se rend chez le roi.

Avant d'entrer, il dit à son garçon: “Je vas frapper à la porte. S'ils nous disent de rentrer, nous * rentrerons tous les deux. Mais s'ils 5 me disent de rentrer, tu resteras à la porte.” Le vinaigrier frappe à la porte du château. “Ouvre et entre!” répond la servante. Entré, le vinaigrier demande à voir le roi. Aussitôt le roi arrivé, le vinaigrier dit:“Votre fille est à marier dans quelque temps, j'entends dire ? Mon garçon a l'âge de vingt-et-un ans, et il n'est jamais sorti de la maison jusqu'à il y a deux jours. Quand je l'ai envoyé à la ville, avant-hier, il a vu votre princesse qui l'a tant charmé qu'il m'emmène vous en parler et vous demander si elle l'accepterait en mariage." Le roi répond: "Oui, mais si vous l'aviez emmené, on aurait pu voir quelles manières qu'il a et sa mine aussi.” Le vinaigrier répond: "Eh ben! il est à la porte. On m'a dit de rentrer; ça fait que je suis rentré seul. Lui, il m'attend là.” Le roi est surpris, lui qui a pas mal de monde 'en veillée.' Toujours, il fait entrer le garçon du vinaigrier, parmi le monde. S'approchant de sa fille, le roi lui demande: “Le trouves-tu de ton goût ?" – "Certainement, répond la princesse: c'est un homme bien mis, bien planté, qui paraît comme on n'en voit pas." Les gens de la veillée se mettent à en rire un peu. Le roi dit: “Mes amis, n'en riez pas. C'est un garçon que je 'considère pour en faire mon gendre et lui donner ma couronne.” Le 'cavalier'o de la princesse, qui est là, n'aime pas beaucoup cette conversation-là. 1 Prétérit du verbe rire.

Thiboutot dit: "de la marier;" ici "marier" est pris dans le sens de "se marier.” 3 Terme anglais pour "salopettes," mot ici inconnu.

4 Il ne faut pas oublier que le pronom sujet ‘nous' est le plus souvent remplacé par 'on,' chez les paysans canadiens-français. Au lieu de futur, le verbe "aller" avec l'infinitif se rencontre ordinairement; ainsi au lieu de "nous entrerons," on dit "on va rentrer."

6 Au lieu de "s'il..." Thiboutot dit "si i.." • Prétendant à la main de...

Voilà le roi en frais de parler d'arrangements avec le vinaigrier. Demande au vinaigrier: “Que pouvez-vous donner à votre garçon pour avantager ma fille ?” — "Monsieur le roi, à son mariage, je vas lui donner trois quarts de trois minots (chacun) bien pleins d'argent; et, après ma mort, il en aura trois autres quarts de trois minots.” Le roi est étonné. "Comment avez-vous pu faire, pour tout ramasser cet argent ?" – "Pour tout ramasser cet argent, monsieur le roi, je n'ai pas fait comme vous faites, à soir. Quand je gagnais de l'argent, je le mettais dans mes quarts, ailleurs que ? de faire des petites ‘veilJées,' d'inviter Pierre et Jacques à manger tout mon bien.” Le roi n'en revient pas! Il finit par dire: “C'est pourtant bien vrai... Vinaigrier, nous ferons les noces quand vous voudrez."

Au bout de trois jours, le vinaigrier a marié son garçon à la princesse du roi, qu'il a avantagée de trois quarts de trois minots d'argent ben sonnant. Ils ont fait des grosses noces. Moi, ils m'ont invité, et j'y suis allé. Je leur ai conté quelques petites histoires 'comme ci comme ça';3 et ensuite, ils m'ont renvoyé ici pour vous les conter, à vous autres.

71. L'ÉVÊQUE. *

Une fois, il est bon de vous dire, c'était trois jeunesses qui voulaient vivre sans travailler.

Ils partent tous les trois ensemble, prennent le chemin, s'en vont chez l'évêque, et lui volent ses habillements, pendant qu'il dort.

C’qu'ils rencontrent le long du chemin? Un bonhomme qui quête. "Monsieur, lui demandent-ils, qu'est-ce que vous faites avec cette poche sur le dos ?— “Ce que je fais, mes petits amis ? Je demande mon pain.” –“Le père, voulez-vous vous engager ?” – “Oui, je suis bien prêt à m'engager.” — "Comment c'que vous vous appelez ?” — "Je m'appelle monsieur Lévêque.Ben! on vous engage.” Il demande: “Pour quoi faire ?Leur réponse est: "C'est pour toujours dire 'Oui.'” Il s'engage donc pour toujours dire “Oui.”

Ayant habillé le quêteux en évêque, ils lui mettent un bonnet carré et lui donnent une crosse. Puis ils l'embarquent dans une voiture, et lui disent: “Tiens-toi drète.En répondant “Oui,” le quêteux se tient drète comme un piquiète, pendant qu'on s'en va avec lui à l'hôtel. Là ils demandent au maître de l'hôtel: “On pourrait-i loger monsieur l'évêque ici ?” – “Oui.” – “Il faudrait une belle chambre 1 Barils. ? Au lieu que de...

3 Tel que tel. * Recueilli en juillet, 1915, d'Achille Fournier, à Sainte-Anne, Kamouraska. Fournier obtint ce conte de Joseph Ouellet, du même endroit, il y a une vingtaine d'années.

5 Piquet.

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