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Le soir venu, il retourne chez son pere et lui dit: "J'ai vu un chateau et la plus belle des filles! Je ne sais pas a qui la fille appartient, si c'est une princesse ou une seigneuresse." Le pere r6pond: "Tu viendras demain me conduire a ce chateau."

Le fils du vinaigrier, le lendemain, conduit son pere au chateau ou se promenait la princesse. Quand ils arrivent, elle est encore la, sur la galerie, a se promeper. Se retournant vers son pere, le gargon dit: "Tiens! la voila, la fille que je veux." Son pere riyi1 et s'en retourne chez eux sans attendre son fils, qui ne revient que le soir. "Aurais-tu dessein de l'e"pouser ?"2 demande le pere. Le gargon r6pond: "Oui, mon pere!" — "Bien! demain, j'irai avec toi; et je parlerai pour toi."

Le lendemain soir, le vinaigrier met ses overalls * noires, ses souliers de bois, prend sa canne de fer et se rend chez le roi.

Avant d'entrer, il dit a son garcon: "Je vas frapper a la porte. S'ils nous disent de rentrer, nous4 rentrerons tous les deux. Mais s'ils6 me disent de rentrer, tu resteras a la porte." Le vinaigrier frappe a la porte du chateau. "Ouvre et entre!" re"pond la servante. Entr6, le vinaigrier demande a voir le roi. Aussit&t le roi arrive1, le vinaigrier dit: "Votre fille est a marier dans quelque temps, j 'entends dire? Mon gargon a 1'age de vingt-et-un ans, et il n'est jamais sorti de la maison jusqu'a il y a deux jours. Quand je 1'ai envoy6 a la ville, avant-hier, il a vu votre princesse qui 1'a tant charme1 qu'il m'einmene vous en parler et vous demander si elle 1'accepterait en mariage." Le roi re"pond: "Oui, mais si vous 1'aviez emmene", on aurait pu voir quelles manieres gu'il a et sa mine aussi." Le vinaigrier r6pond: "Eh ben! il est a la porte. On m'a dit de rentrer; ga fait que je suis rentr6 seul. Lui, il m'attend la." Le roi est surpris, lui qui a pas mal de monde 'en veille'e.' Toujours, il fait entrer le gargon du vinaigrier, parmi le monde. S'approchant de sa fille, le roi lui demande: "Le trouves-tu de ton gout?" — "Certainement, r^pond la princesse: c'est un homme bien mis, bien plants, qui parait comme on n'en voit pas." Les gens de la veille'e se mettent a en rire un peu. Le roi dit: "Mes amis, n'en riez pas. C'est un gargon que je 'considere pour' en faire mon gendre et lui donner ma couronne." Le 'cavalier'6 de la princesse, qui est 14, n'aime pas beaucoup cette conversation-la.

1 Preterit du verbe rire.

1 Thiboutot dit: "de la marier;" ici "marier" eat pris dans le sens de "se marier."

'Terme anglais pour "salopettes," mot ici inconnu.

4 D ne faut pas oublier que le pronom sujet 'nous' est le plus souvcnt remplac6 par 'on,_' chez les paysans canadiens-frangais. Au lieu de futur.le verbe "aller" avec rinfinitif se rencontre ordinairement; ninsi au lieu de "nous entrerons," on dit "on va rentrer."

• Au lieu de "e'il..." Thiboutot dit "si i.."

• Prditendant & la main de..

Voilà le roi en frais de parler d'arrangements avec le vinaigrier. Demande au vinaigrier: "Que pouvez-vous donner à votre garçon pour avantager ma fille?" — "Monsieur le roi, à son mariage, je vas lui donner trois quarts l de trois minots [chacun] bien pleins d'argent; et, après ma mort, il en aura trois autres quarts de trois minots." Le roi est étonné. "Comment avez-vous pu faire, pour tout ramasser cet argent ?" — "Pour tout ramasser cet argent, monsieur le roi, je n'ai pas fait comme vous faites, à soir. Quand je gagnais de l'argent, je le mettais dans mes quarts, ailleurs que2 de faire des petites 'veillées,' d'inviter Pierre et Jacques à manger tout mon bien." Le roi n'en revient pas! Il finit par dire: "C'est pourtant bien vrai... Vinaigrier, nous ferons les noces quand vous voudrez."

Au bout de trois jours, le vinaigrier a marié son garçon à la princesse du roi, qu'il a avantagée de trois quarts de trois minots d'argent ben sonnant. Ils ont fait des grosses noces. Moi, ils m'ont invité, et j'y suis allé. Je leur ai conté quelques petites histoires 'comme ci comme ça';3 et ensuite, ils m'ont renvoyé ici pour vous les conter, à vous autres.

71. L'évêque.4

Une fois, il est bon de vous dire, c'était trois jeunesses qui voulaient vivre sans travailler.

Ils partent tous les trois ensemble, prennent le chemin, s'en vont chez l'évêque, et lui volent ses habillements, pendant qu'il dort.

C'qu'ils rencontrent le long du chemin? Un bonhomme qui quête. "Monsieur, lui demandent-ils, qu'est-ce que vous faites avec cette poche sur le dos?" — "Ce que je fais, mes petits amis? Je demande mon pain." — "Le père, voulez-vous vous engager?" — "Oui, je suis bien prêt à m'engager." — "Comment c'que vous vous appelez?" — "Je m'appelle monsieur Lévêque." — "Ben! on vous engage." Il demande: "Pour quoi faire?" Leur réponse est: "C'est pour toujours dire 'Oui.'" Il s'engage donc pour toujours dire "Oui."

Ayant habillé le quéteux en évêque, ils lui mettent un bonnet carré et lui donnent une crosse. Puis ils l'embarquent dans une voiture, et lui disent: "Tiens-toi drète." En répondant "Oui," le quêteux se tient drète comme un piquiète,6 pendant qu'on s'en va avec lui à l'hôtel. Là.ils demandent au maître de l'hôtel: "On pourrait-t loger monsieur l'évêque ici?" — "Oui." — "Il faudrait une belle chambre bien dressée pour monsieur l'évêque." On lui donne la plus belle chambre de l'hôtel; et il faut voir comme on se dépêche pour monsieur l'évêque. On lui dit: "Assoyez-vous dans ce sofa." Il répond: "Oui," et se laisse tomber si dret dans le sofa à ressorts qu'il y cale par-dessus la tête.

1 Barils. * Au lieu que de... * Tel que tel.

4 Recueilli en juillet, 1915, d'Achille Fournier, à Sainte-Anne, Kamouraska. Foumier obtint ce conte de Joseph Ouellet, du même endroit, il y a une vingtaine d'années.

• Piquet.

De là, les trois jeunesses s'en vont au plus gros magasin de la place, et ils achètent des soieries et toutes sortes de marchandises. Ayant acheté pour cinq mille piastres de marchandises, ils disent: "Envoyez le compte à l'hôtel; monsieur l'évêque paiyera." l Le marchant s'en va trouver l'évêque: "Monsieur l'évêque, allez-vous payer le compte des jeunesses à mon magasin?"—"Oui," il répond — il était engagé pour dire "Oui!"

Avec les cinq mille piastres de marchandises les jeunesses sacrent * leur camp.

Le marchand vient avec son compte, le lendemain,en disant: "Monsieur l'évêque, je vous apporte le compte pour les marchandises que j'ai vendues à vos serviteurs, hier. Vous allez payer?" Il répond: "Oui," mais sans payer. Le marchand lui donne le compte en écrit. L'évêque répond: "Oui,... mais je ne sais pas lire." — "Comment? un évêque qui ne sait pas lire!" — "Oui, je suis un Lévêque, mais [non] pas un évêque — grand monseigneur!" — "Qu'est-ce que ça veut dire?" — "Je suis quêteuz 'de mon métier,' qui ai laissé ma poche à côté du chemin quand les trois jeunesses m'ont engagé pour toujours dire 'Oui.' Quant à vos soieries et vos marchandises, je ne peux pas les payer, n'étant qu'un quêteux."

Otant ses habits d'évêque, le bonhomme Lévêque s'en va chercher sa poche, le long du chemin, et reprend son 'métier.'

Les jeunesses? Ce qu'ils ont fait? Je ne le sais pas; ils ont dû aller commercer* leurs marchandises et leurs soieries dans un autre pays.

C'est toute! Moi, ils m'ont renvoyé ici vous conter ça.

72. LE DIABLE ET LA MARIÉE.4

Une fille avait deux 'cavaliers.'' Elle en aimait un, mais l'autre, elle ne pouvait pas le souffrir. Celui qu'elle aimait était un garçon pauvre. Les parents préféraient l'autre, qui était plus à l'aise.

La fille se dit, un jour: "Si je me marie à ce garçon-là, je veux ben que le diable m'emporte en corps et en &me, et en vie!" Elle disait c,a d'un bon cceur.l

1 Paiera. 'Prennent le camp, déguerpissent. 'Vendre.

4 Recueilli à Lorette, Québec, en août, 1914, de Mme Prudent Sioui (née Marie Picard), qui l'avait appris de sa mère. Sa mère, à son tour, le tenait de son père.

• Prétendants.

'La conteuse dit: "Si je le marie..." Chez les paysans canadiens, "marier quelqu'un" signifie "se marier à..."

Le temps passe. A la fin, les choses arrivent comme le .veulent les parents. La fille se marie au garcon qu'elle n'aime point.

En sortant de l'e"glise, apres la messe du mariage, elle apercoit deux cochers dans un carrosse auquel sont attele's deux beaux chevaux. Un cocher descend et la fait embarquer dans son carrosse. Une fois la mari6e dans le carrosse, et avant que le mari ait le temps de monter, carrosse, chevaux, cochers et marine, tout a disparu. Bien surpris, les gens de la noce se regardent sans rien comprendre. Le marie1 et les autres sont bien tristes, et ils ne peuvent pas s'expliquer c.a. Us s'en vont en disant: "Qu'est-ce que c.a veut dire?"

Le fr£re de la marine a encore plus de peine que les autres. Etant bucheron, tous les jours, il va 'bficher' dans les bois. Un soir, il s'assoit sur un arbre qu'il vient d'abattre, et commence a penser a sa soeur. Tout a coup, un homme arrive devant lui. Le bucheron ne sait pas comment cet homme a pu arriver si vite devant lui — c'e'tait le diable!

Le nouveau-venu dit: "Tu as 1'air bien triste! Qu'est-ce que tu as? Tu parais avoir bien de la peine?"— "Ah oui! j'en ai." — "Mais, pourquoi done?" — "Voila longtemps que ma soeur s'est mari6e. La journ^e de ses noces, elle a disparu, et on n'en a jamais eu ni vent ni nouvelle depuis. On ne sait pas quel bord elle a pris." Le diable lui demande: "Veux-tu voir ta 8O3ur?" — "Bien sur! je serais fier de la voir." — "Si tu veux la voir, promets-moi de lui 6ter son jonc de mariage, qu'elle a dans son doigt. Si tu me le promets, je t'emmene la voir." — "Oui, je te promets de lui 6ter son jonc." Sans se douter qu'il a affaire au diable, il embarque sur son dos aussit6t qu'il lui dit: "Embarque! Qa ne prendra pas detempsase rendre."

Rendu dans un appartement, il se trouve seul en face de sa soaur, qui, le voyant, lui dit: "Ah, pauvre frere! Je sais ce que tu veux faire: tu viens chercher mon jonc de marine. Je restais ici, sans rien endurer; d'ct'heure, je souffrirai [le] martyre. C'e'tait bien ennuyant, mais, au moins, c'e'tait tout." — "Je ne 1'apporterai pas," re"pond son frere. "II faudra bien que tu 1'apportes; tu ne sais pas a qui tu as affaire." Se mettant la tfite dans la porte, le diable dit: "Jase tant que tu voudras avec ta sceur; mais quand tu partiras il faudra que tu apportes son jonc." L'homme re"pond: "Je vous dis que je ne 1'apporterai pas!" La femme dit: "Mon frere, tu fais mieux de 1'apporter. Tu n'es point ton maitre ici... Te souviens-tu de la journ6e oils papa voulait me marier au gargon* a 1'aise que j'ai fini par accepter pour

1 I.e., de tout son coeur, avec since'rite'.

1 Mme Sioui disait: "de la journee quand."

'La conteuse disait: "voulait me fairs marier avec le garoon."

mari? Je lui ai répondu: 'Je veux bien que le diable m'emporte en corps et en âme, et en vie, si je l'épouse.' Eh bien! aujourd'hui, je suis en enfer. Avec mon jonc béni, je ne pouvais pas souffrir; mais quand tu l'auras apporté, je souffrirai [le] martyre." Le garçon veut 'tenir son bout'1 et ne pas emporter le jonc béni de sa sœur, mais contre la volonté du diable, il ne peut rien faire.

Le diable l'a ramené sur la terre et l'a remis dans le bois, là où il l'a pris.

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veut pas £air[e]do- do. Be' - be's fais do- do. Kat/inn- go!

1. Faut aller chercher le loup (2 fois)
Pour venir manger bébé »

Le loup n[e]4 veut pas manger bébé
[Bébé] ne veut pas fair[e] dodo.
Bébé, fais dodo,
Katlinngo ! *

2. Faut aller chercher le chien (2 fois),
Pour venir mordre le loup (2 fois).

Le chien n[e] veut pas mordre le loup;
Le loup n[e] veut pas manger bébé;
Bébé ne veut pas fair[e] dodo.
Bébé, fais dodo,
Katlinngo!

3. Faut aller chercher l[e] bâton (2 fois),
Pour venir battre le chien (2 fois).

L[e] bâton n[e] veut pas battre le chien;
Le chien n[e] veut pas mordre le loup;

1 Résister, suivre son idée.

'Rengaine chantée pour endormir un enfant; recueillie sous la dictée de M. Louvigny de Montigny, d'Ottawa, qui l'a apprise de son père, à Saint-Jérôme, P. Q., il y a à peu près vingt-cinq ans.

» On substitue ici le nom de l'enfant qu'on endort.

4 Les muettes entre crochets s'élident.

6 Les lignes qui s'ajoutent à chaque couplet se chantent comme celle-ci.

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