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fait le tour. Comme il va pour sortir, il aperçoit un bouquet sans pareil. "Ah! il dit, la plus jeune de mes filles m'a demandé de lui apporter un bouquet; je ne pourrais pas lui en trouver de plus beau que celui-ci." Casse le bouquet, et c'qui ressoud1 à lui? Une bête féroce: "Eh, eh, mon ami! dit la bête, qui vous a dit de casser ce bouquet?" — "Personne ne me l'a dit." — "Quelqu'un vous l'a demandé; sans ça, vous ne l'auriez pas cassé." — "Je ne pensais pas voler en cassant ce bouquet, vu qu'il y en a tant." La bête dit: "Ce bouquet va vous coûter cher." — "Comment ça?" — "Ce bouquet, dans un an et un jour, va vous coûter la vie ou la vie de la fille qui vous l'a demandé. A'ct'heure, je vas vous enseigner le chemin qui conduit chez vous." A la porte du château, la bête ajoute: "Si, dans un an et un jour, vous et votre fille n'êtes pas tous deux ici, votre vie sera au boute."* Rendu à la maison, l'habitant donne les robes à ses filles, et le bouquet, à la cadette.

Au bout d'un an et un jour — l'année s'était vite écoulée! — il dit à sa fille cadette: "Grèye-toil Nous allons en ville, aujourd'hui."

Le même soir, en arrivant au château de la bête féroce, l'habitant met ses chevaux dedans,s les soigne au foin et à l'avoine, et il s'en vient trouver sa fille. On ne voit encore personne, au château. Une porte s'ouvre, et sur une table bien artyée, il y a deux couverts de servis, au lieu d'un. Après souper, quand vient l'heure de se coucher, au lieu d'un lit, comme la première fois, il y en a deux. Ils se couchent et dorment.

Le lendemain matin, le père va faire son train4 comme d'habitude, et quand il vient déjeuner, il y a deux couverts de servis. Quand ils vont pour repartir, une porte s'ouvre sur le jardin, et ils entrent tous les deux faire un tour. Arrivés là où se trouve le beau bouquet, qu'est-ce qui ressoud ? * La bête féroce. La fille commence à reculer, recule. • "Ah, ah! mon amie, dit la bête, je ne veux faire ici de mal à personne. Mais, il faut que vous m'épousiez. Autrement, la vie de votre père va y passer, parce que, il y a un an et un jour, il a cassé ce bouquet pour vous." — "Depuis que1 c'est moi qui en suis la cause, elle dit, j'aime mieux vous épouser que de laisser périr mon père." L'habitant prend la forêt et s'en retourne chez lui en braillant,8 pendant que sa fille reste au château, avec la bête féroce — un homme amorphruè, qui, le jour, est en bête féroce et, la nuit, en beau prince.

Au bout d'un an, la fille commence à trouver le temps long. Ça fait bien longtemps qu'elle est partie de chez elle! La nuit, elle ne s'ennuie pas avec le beau prince, son mari; mais, le jour, pendant qu'il est parti, en b6te fe'roce, elle pense a ses parents et s'ennuie. Le soir, elle demande au prince: "Y a-t-il un moyen pour que -j'aille chez nous, les voir ?" — "Oui, il y a un moyen; et il ne faut pas perdre grand temps. Je vas te 1'enseigner; mais prends bien garde de me tromper." — "Je t'en donne ma parole! je ne te tromperai point." — "A'ct'heure, il faut que tu jettes tous mes joyaux sur la table. Quand tu 1'auras fait, tu pourras partir, et dans un 'rien de temps,' tu seras rendue. Pour revenir, tu feras la m§me chose. Mais 6coute! II ne faut pas que tu restes chez vous plus que trois jours." En jetant les joyaux sur la table, dans un 'rien de temps,' la voila rendue chez son pere. Ses gens sont bien contents de la voir revenue.

1 Ce qui arrive... * Finie.

• Pour "dans l'écurie." * Sa besogne; i.e., soigner ses animaux.

• Arrive. • Pelletier dit: "tirer de l'arrière, tire." 'Puisque. 'Pleurant.

Le temps ne parait pas long; ca jase tant! Le troisieme jour passe, et le quatriSme arrive. Elle jette vitement ses joyaux sur la table. D'un coup elle est rendue dans le jardin de son chateau, Elle fait le tour du jardin, mais sans trouver la bete f6roce. Entendant une plainte qui vient du ruisseau, elle apergoit la bete qui acheve de se mourir. "Ah! tu es arrive'e a temps. Un peu plus tard, tu m'aurais trouve' mort." Prenant sur ses genoux le prince metamorphose^ elle re'ussit a le ramener a la vie, petit a petit.

II y avait bien deux ans que la fille vivait dans le chateau avec son prince, quand, un jour, une vieille fe"e vient lui rendre visite. Le lendemain et les jours suivants, la f6e revient encore jaser. A la fin, elle demande: "Comment se fait-il que, le jour, il est en bete fe'roce, et, la nuit, en beau prince? Tache done d'apprendre de lui comment il faut s'y prendre pour le 'de'livrer.'" Et elle sort du chateau sans que personne ne la voie.

Le soir, le prince ne veut rien dire a sa femme qui cherche a tout savoir:1 "J'ai peur, ma chere, que tu me trahisses; et je n'ose te le dire."

Quand la f6e revient, le lendemain, chercher des nouvelles, elle est de'sappointe'e de ne pas apprendre le secret.

Le soir, comme sa femme lui demande encore son secret, il se dit: "C'est pourtant pas mal sur. Personne ne vient ici a qui elle peut le dire." II se decide alors a ce"der: "Pour me de'livrer de cette peau de bete, il faudrait faire un feu pour la bruler tout entiere et pour que pas un poil ne reste. Sans ca, tu ne me reverrais jamais de ta vie."

Une fois le secret r6vele" a la vieille sorciere, le lendemain, elle se frappe dans les mains en disant: "ZH's2 done rien! Ce soir, j'arrangerai bien ca."

Se pr€parant a se coucher comme d'habitude, le soir, le prince jette sa peau de bete au pied de la couchette,* se couche et s'endort. La

1 Pelletier dit: "qui se met apres lui pour tout savoir."

> Ne dis... 'Lit; ce mot n'est pas ici un diminutif.

fée, de son côté, prépare un bon feu dans la cour, et quand elle le voit bien chaud, elle vient sur le bout des pieds dans la chambre du prince, pogne la peau et la jette dans le feu. "Eh! eh! tu m'as trahi!" crie le prince, en faisant un saut de quatre pieds de haut, dans le ht. En trois bonds, il saute dans la forêt, où il disparaît, sa femme courant derrière, mais sans pouvoir le rejoindre. Avant de disparaître, il lâche un cri: "Ma femme, tu m'as trahi! Pour me retrouver, il faudra que tu uses une paire de sabots d'acier de six pouces d'épaisseur.l Autrement, jamais tu ne me reverras." Voyant ça, elle revient au château, se grèye de quoi manger, part derrière la bête féroce dans la forêt, et file, file. Après une escousse,2 se sentant fatiguée, elle s'assied et, seule dans la forêt, elle se met à pleurer. Puis, se relevant, elle marche encore, marche. Quatre ou cinq jours après, elle arrive chez un forgeron. "Bonjour, monsieur le forgeron!" — "Bonjour, ma chère dame!" — "Vous n'avez pas vu un beau prince passer ici?"

— "Oui, quelqu'un a passé ici il y a sept ou huit jours." — "Monsieur le forgeron, c'était mon mari!... Comment me demandezvous pour me faire une paire de sabots en acier, de six pouces d'épaisseur ?" — "Ma chère dame, je demanderais un an et un jour de votre temps." Il s'agissait donc pour elle de rester chez le forgeron, à son service, pendant un an et un jour. Comme c'était là le seul moyen d'obtenir des sabots d'acier, elle donne un an et un jour de son temps. Pendant ce temps, elle jongle à3 un moyen de rejoindre son mari.

Au bout d'un an et un jour, le forgeron lui remet sa paire de sabots d'acier de six pouces d'épaisseur. Avec ses sabots, elle prend la forêt et file, file. Après une quinzaine de jours, elle rencontre une vieille fée. "Bonjour, vieille fée!" — "Bonjour, ma fille! Dis-moi donc où tu vas? Je n'ai pas coutume de laisser passer les gens ici."

— "Vous n'avez pas vu un prince passer ici, il y a à peu près un an et un jour ?" — "Non, il m'est défendu de laisser passer personne ici. Mais peut-être a-t-il passé durant la nuit." — "Bonne fée! laissez-moi donc passer, moi qui suis à la recherche de mon mari. Vous voyez mes sabots d'acier? Je ne le retrouverai que quand ils seront usés." La fée répond: "Passe donc et va ton chemin!" Mais elle la rappelle et lui dit: "Embarque dans les sabots que voici, et traîne après toi tes souliers d'acier. Comme ça, ils s'useront, et tu seras bien plus vite rendue. Mais je ne sais pas si mes deux sœurs vont te laisser passer. Elles sont bien plus malignes que moi; elle le sont comme sept fois le diable. Je me demande comment elles vont prendre ça..." En lui donnant une petite paire de ciseaux, la fée dit: "En pointant ces petits ciseaux vers quelque chose, tout ce que tu voudras faire sera fait dans le 'temps de rien,' et de soi." — "Merci, bonne vieille tee!" dit la femme, en mettant les ciseaux dans sa poche. Puis, embarquant dans ses nouveaux sabots, elle trafne les siens en arriere d'elle, avec une petite corde, et file, file.

1 Pelletier disait: "de six pouces d'épais." » I.e., un laps de temps.

3 Réfléchit, songe à...

Rendu a la porte de la deuxiSme vieille tee, elle reconnait sa maison, parce qu'il y a cinq ou six pouces de mousse, sur le toit. Comme la premiere tee lui avait dit: "Une fois rendue chez ma sosur, tu revireras mes sabots de bord, etils reviendront me trouver," elle retire les sabots, qui s'en retournent seuls dans la for6t. La vieille fee sort de sa maison et se met apres la voyageuse: "Dis-moi d'ou c'que tu pars et d'ou c'que tu viens?" — "Je cherche mon mari." — "J'ai bien envie de t'6trangler! II n'y a pas moyen que je te laisse passer ici." — "Ne faites pas ca, bonne vieille tee! II faut que je retrouve mon mari, que j'ai perdu il y a plus d'un an et un jour." A la fin, la vieille se re'soud a la laisser passer, et lui enseigne le chemin et 1'endroit ou est la troisiSme tee. "Merci, bonne vieille tee, merci bien!" Elle est a peine partie que la vieille la rappelle: "Viens ici, j'ai un petit present a te faire. Peut-Stre te causera-t-il plus tard du bonheur." Et elle lui donne un petit violon qui, aussitot qu'on hdle sur Varchette, joue a sept lieues a la ronde.1

Avant qu'elle reparte, elle lui dit: "Prends bien garde a toi! Mon autre soeur, que tu vas voir, est bien plus maligne que moi. C'est d'elle que tu apprendras si ton mari s'est rendu a la montagne Vitreuse, tout pres de la." Comme sa soeur, elle lui donne une paire de sabots, en disant: "Mets-les et tralne les tiens en arriere de toi, pour qu'ils s'usent plus vite; et, arrive'e chez ma sceur, revire les miens de bord, pour qu'ils reviennent." En disant "Merci!" la voyageuse repart et file dans la forSt.

Une fois rendue a la maison couverte de mousse de la troisieme tee; elle revire les sabots de bord, met ses sabots d'acier de six pouces d'e'paisseur, et s'en va frapper a la porte. En fureur, la vieille sorciere2 ouvre la porte, Elle a 1'air d'une bete teroce qui, avec ses grandes dents dans une gueule d'un pied de large, veut deVorer sa visiteuse.3 "Bonne vieille tee, ne me d6vorez pas! Je suis a la recherche de mon mari, qu'il me faut retrouver." En achevant de lui raconter son histoire, elle dit: "Votre sreur m'a par!6 de vous, et elle croit que mon mari a du passer ici, il y a un an et un jour." La tee re°pond: "Oui, quelqu'un a pass6 ici, il y a un an et un jour." — "Voulez-vous m'aider a le retrouver, bonne tee?" — "A'ct'heure, dit la tee, je ne vois pas d'autre moyen que mes sabots. Mets mes sabots et tralne les tiens apres toi, pour qu'ils s'usent plus vite. Et

1 I.e., se fait entendre a...

1 Au lieu du mot "fee," Pelletier emploie ici le mot "sorcifere," indiquant ainsi que les deux sont synonymes. » Pelletier dit: "sa visile."

quand tu seras rendue pres de la montagne Vitreuse, tu les revireras de bord, pour qu'ils reviennent ici. Avant que tu partes, j'ai un petit present a te faire: voici une serviette qui te donnera tout ce que tu souhaiteras a boire et a manger, aussitdt que tu l'e"tendras sur tes genoux." La voyageuse est a peine repartie que la f6e la rappelle et dit: "En arrivant pres de la montagne Vitreuse, tu verras qu'il est impossible d'en approcher. Au bas de la c6te, il y aura des corbeaux mangeant les betes mortes que le roi y fait jeter. Quand les corbeaux viendront manger, tu sauteras sur le plus gros, et tu ne le l&cheras pas tant qu'il ne t'aura pas promis de te porter a la montagne Vitreuse." — "Merci, bonne f6e!" dit la femme, en partant.

Rendue a la montagne Vitreuse, elle revire les sabots de bord, et s'en va s'asseoir pres des bfites mortes, en attendant l'arrive"e des corbeaux. V •* a coup un nuage approche; ce sont les corbeaux qui arrivent *' ° 06 mettent a deVorer la charogne. La femme pogne le plus gros des corbeaux. "Largue-moi!" dit le corbeau. "P'en'toute!1 II faut que tu me portes au haut de la montagne Vitreuse." Avant de partir, elle greye de quoi manger pour le corbeau, dans un panier, et elle monte sur son dos. Le corbeau prend sa votee, et en montant vers la montagne, chaque fois qu'il ouvre le bee en se retour'.--:.it'.. elle lui jette un quartier de bceuf pour lui donner la force de monter. Le corbeau se retourne si souvent que la viande commence betd * a manquer. II faut done la manager. Juste a temps, en arrivant au bord de la montagne Vitreuse, le corbeau se retourne en ouvrant le bee. Mais comme il n'y a plus de viande, le corbeau la laisse tomber a terre, vire de bord et s'en va.

La voyageuse prend le chemin du chateau et elle apprend, le long de la route, que son prince s'e'tait remarie" en secondes noces. En arrivant au chdteau, elle le rencontre bien, mais elle a de la misere a le reconnaitre, et lui ne se souvient de rien. N'osant pas lui parler, ni dire qui elle est, elle s'engage servante pour mettre la table et servir le roi. II y a la des servantes partout, d'un bord et de 1'autre. Elle s'assied, prend ses petits ciseaux et commence a tailler quelque chose. Les servantes la regardent faire, et s'en vont trouver la princesse: "Princesse, votre nouvelle servante a des petits ciseaux sans pareils. Aussitdt qu'elle taille quelque chose ca se fait dans un 'rien de temps.' II faut le voir!" La faisant appeler, la princesse demande: "Veux-tu me vendre tes petits ciseaux?" — "Non, ils ne sont pas a vendre, mais a gagner." — "Que faut-il faire pour les gagner ?" — "II faudra que vous me laissiez passer la nuit avec le prince. J'ai a lui parler." — "Vous voyez bien qu'il n'y a pas de bon sens a c,a, et seulement pour une paire de ciseaux." — "C'est

1 Pour pas en tout, pas du tout. * Bientdt.

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