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Pendant la nuit, le jeune homme se lève et va tuer deux lumières, les sœurs de sa princesse. Puis il s'en revient se coucher tranquillement. Cqu'il aperçoit, au-dessus de son ht, le lendemain matin? Une poignée avec des cordes. "Dis-moi donc, ma femme, ce que ça veut dire?" — "Mon cher mari, tu n'aurais qu'à tirer sur ces poignées pour te trouver transporté à la porte du château du roi et de la vieille fée galeuse."

En se levant, la princesse va voir aux lumières, et trouve ses deux sœurs mortes. "Ah, mon cher mari, tu as tué mes sœurs ?" — "Oui, ma femme! Si je ne les avais pas eu tuées, c'eût été mon malheur. l A'ct'heure, j'en suis débarrassé."

Comme le jeune homme va tirer sur les poignées en se souhaitant transporté avec le château rond à la porte du château de son père, la vieille fée galeuse se met à se plaindre en disant: "Ah, que je suis malade, mon mari! Mon Gieu!2 que j'ai mal au ventre!" — "Mais, dit le roi, qu'as-tu donc, ma femme ?" — "Ah, que je suis donc malade, Seigneur!" Le jeune homme entre et dit: "Tiens, ma vieille 'possédée!' C'est toi qui as arraché les deux yeux de ma mère en l'envoyant pour toujours dans la forêt. Aujourd'hui, j'ai ta vie dans ma main. Tu vas mourir." Il tue le cierge, et la fée tombe raide morte. "Mais, mon petit garçon, dit le roi, qu'as-tu fait là?" — "Poupa, aimezvous mieux cette vieille fée galeuse que votre femme, une princesse? Venez avec moi, dans la forêt, chercher ma mère aveugle, pour la ramener." Tous les deux, ils s'en vont en voiture dans la forêt et arrivent à l'endroit où la princesse aveugle vit seule, dans une cabane. A sa mère le jeune homme remet les deux yeux qu'il a pris chez la fée; et voilà qu'elle recouvre la vue. Le roi la pogne par le cou et l'embrasse; vous pouvez bien vous l'imaginer elle était autrement plus belle que la vieille fée galeuse!

Revenus ensemble au château, le petit prince vécut toujours heureux avec la petite princesse du château rond de la mer Rouge, et le roi, avec sa femme. Prenez-en ma parole! Il n'eut jamais l'idée, depuis, de ramasser les serviettes, le long du chemin.

Et moi, ils m'ont renvoyé ici vous le raconter.

57. LE SABRE MAGIQUE. 3

Une fois, c'était un nommé Petit-Jean, dont le père était roi. Pour tout héritage, Petit-Jean reçoit de son père un sabre coupant sept lieues à la ronde. Avec son sabre, il part à pied pour voyage. et une belle bouteille de brandy." A peine ces choses sont-elles souhaitées qu'elles arrivent. Tout y est, tout ce qu'il faut au vieillard pour boire et manger tant qu'il restera là, et une belle bouteille de brandy. —Je n'ai pas eu la chance de passer par là, parce que j'y aurais pris un coup!

1 Le texte de Fournier, ici, est: "Si je les avais pas eu tuées, c'était mon malheur."

• Dieu.

* Conteur, Achille Fournier, qui apprit ce conte d'un Canadien, dans le NewHampshire, il y a une trentaine d'années. Recueilli à Sainte-Anne, Kamouraska en juillet, 1915.

De là, le jeune homme part et marche, marche. Quand il a fait un bon bout, il ouvre son médaillon. "Jeune homme, qu'est-ce que tu désires ?" — "Je me désire rendu au château de mon beau-père, le roi." Et le voilà rendu au château du roi. On le trouve bien changé! Ça fait longtemps qu'il est parti, bien des années. Le roi lui demande: "Bien, as-tu pu trouver ta femme?" Il répond: "Oui! vous allez venir avec moi, vous et la reine." Et tous trois ils partent pour la place où était son château avant de disparaître. Là, le jeune homme prend son médaillon et l'ouvre. "Qu'est-ce que tu désires?" Le gendre du roi répond: "Je désire mon château ici, tel qu'il était." Voilà le château revenu, avec sa femme et le gars (qui lui a joué ce tour). Le roi dit: "A'ct'heure, quelle justice veux-tu lui faire,1 à ce gars-là, qui est parti de même avec ta femme?" Le jeune homme répond: "Je lui souhaite une musique2 pour qu'il coure les chemins tout le reste de sa vie, en tournant la manivelle."

Quant à lui, il est bien content de retrouver sa femme et de vivre avec elle, jusqu'à la fin de ses jours. Son médaillon, il ne l'a plus laissé traîner, je vous en donne ma parole!

Je ne sais pas ce qui leur est arrivé depuis ce temps. Ils sont peut-être encore là, badame!3 Mais je n'y suis pas allé depuis; et ça fait bien des années. Vous savez, c'est un peu plus vieux que moi!

56. LE CHÂTEAU BOND DE LA MER ROUGE.4

Une fois, il est bon de vous dire, c'était un roi, sa femme et leur enfant, un petit garçon.

Le roi dit, un jour, à sa femme: "Je vas aujourd'hui visiter mes parterres, dans ma forêt. Viens-tu avec moi ?" — "Oui, allons-y en voiture!"

Le long du chemin, dans la forêt, c'qu'ils voient à terre? Une petite serviette blanche. Le roi dit à la reine: "Je débarque pour la ramasser." — "Mon mari! ne touche pas à cette serviette. Il ne faut pas ramasser ce qu'on trouve dans le chemin."—"Bien! si la serviette est encore là quand nous repasserons, je la ramasserai."

1 I.e., quel châtiment lui infliges-tu.

- I.e., orgue de Barbarie.

» Exclamation dont le sens vague se rapproche ici de "qui sait!"

* Recueilli en juillet, 1915, à Sainte-Anne, Kamouraska, d'Achille Foumier. Ce conte vient d'un Canadien de la rive nord du fleuve Saint-Laurent, à qui Foumier l'entendit réciter, il y a plus de cinq ans. Ici le conteur ajouta: "Si j'avais cru devoir vous donner ces contes par écrit, j'en aurais bien appris deux mille Rien ne m'était plus facile, et j'en ai tant entendu conter!"

En s'en revenant, le roi voit la serviette à la même place, le long du chemin. Il débarque de sa voiture et la ramasse. Qu'est-ce qui sort de sous la serviette? Une vieille fée galeuse. "Tiens! dit la fée, je viens d'arracher les deux yeux à ta femme, que tu vas chasser pour toujours dans la forêt, pour m'épouser à sa place." En pleurant à tue-tête la reine part avec son petit garçon dans la forêt, pour ne plus jamais remettre les pieds au château du roi, qui est bien forcé d'épouser la sorcière.

Une fois son enfant devenu grandette,1 la femme aveugle l'envoie au château du roi. En rencontrant le roi, le garçon dit: "Bonjour! je viens vous trouver, poupa." — "Mon petit garçon! tu vas rester avec nous, à'd'heure. Tu m'as l'air pas mal fin." La belle-mère le regarde de travers, sans rien dire.

Quelques jours après, la femme dit au roi: "Ton petit gars passe son temps à se vanter. Il a dit qu'il était capable d'aller chercher le château au fond de la mer Rouge, à cent mille brasses d'eau." Le roi dit: "Mon garçon! tu t'es vanté [de pouvoir] aller chercher le château de la mer Rouge, à cent mille brasses d'eau? Tu vas y aller!" — "Poupa! je ne m'en suis pas vanté. Mais j'irai ben, s'il faut y aller." Et il part avec un petit sac de provisions sur son dos, le pauvre petit gars!

Le voilà qui arrive à une petite cabane de branches, dans les bois. Pan, pan, pan! à la porte. "Entrez!" C'est une grande fée effrayante, à qui le feu sort par la bouche, qui ouvre la porte. "Mon petit gars, tu as l'air à avoir peur de moi?"—"Oui, j'ai pas mal peur." — "Où c'que tu vas donc, mon petit garçon ?" — "Je m'en vas chercher le château rond, à cent mille brasses d'eau, dans la mer Rouge. Etesvous capable de me dire où il est, vous?" Elle répond: "Non, je ne suis pas capable de te le dire. Mais j'ai deux de mes sœurs qui restent plus loin, dans la forêt. Quand tu arriveras chez la première, demande-lui où est l'autre." — "Merci, grand'mère!" Le garçon part, marche encore une journée, et arrive chez la fée, vers le soir. Cette fée est encore plus affreuse que sa sœur, et le feu lui sort long comme le bras de la bouche. Le petit garçon n'ose pas même approcher de sa cabane. "Mon petit gars! elle dit, tu as l'air à avoir peur?" — "Oui, grand'mère, j'ai pas mal peur de vous. Vous êtes assez effrayante, avec ce feu qui vous sort de la bouche." — "N'aie pas peur! Je ne te ferai pas de mal. Mais dis-moi ce que tu cherches." — "Je cherche le château qui est à mille brasses d'eau, dans la mer Rouge." La fée répond: "Bien! j'ai une de mes sœurs qui reste plus loin,dans la forêt. Vas-y! et elle t'enseignera où est le château rond de la mer Rouge." Il repart dans le chemin qu'elle lui enseigne, marche toute la journée et arrive, vers le soir, à une petite cabane de branches. Là vivait la troisième fée, la plus abominable de toutes. "Mon petit gars! tu n'oses pas approcher de ma cabane? Tu as peur?" — "Oui, grand'mère, j'ai pas mal peur." — "Que cherches-tu, ici ?" — "Etes-vous capable de m'enseigner où est le château rond, à cent mille brasses d'eau, dans la mer Rouge?" — "C'est ce qu'on va voir! répond la sorcière. Le roi des poissons va venir ici, beto,1 et je vas lui demander où est le château." La fée va dehors crier: "Roi des poissons, roi des poissons!" Et au roi des poissons qui arrive, elle demande: "Sais-tu où est le château rond, à cent mille brasses d'eau, dans la mer Rouge? L'as-tu jamais vu ?" — "Oui, je l'ai vu, répond le roi des poissons; c'est là-bas, tout dret, au tapon* clair qu'on voit au fond de l'eau." La fée dit au petit garçon: "Tiens! tu vas prendre ma petite chaloupe à deux rames et tu vas te rendre là, tout dret." — "Merci, grand'mère!"

1 I.e., passablement grande.

Le garçon commence à ramer vers le tapon clair. Le voilà qui arrive droit au château, accoste sa petite chaloupe à ras,* et aperçoit trois princesses, au deuxième étage du château. "Mon petit jeune homme! disent-elles, où vas-tu?" — "Je vas chercher le château rond, à cent mille brasses d'eau, dans la mer Rouge. C'est-i icitef" — "Oui, c'est idle." Quand il approche, elles disent: "Bien! mon petit garçon, nous allons t'aider à monter ici." Lui jetant des cordages, elles lui disent: "Attache-toi le pied!" Et, tirant toutes les trois à l'autre bout de la corde, elles le montent à elles, les pieds en l'air et la tête en bas. Rendu en haut, elles lui demandent ensemble toutes les trois: "Voyons! laquelle de nous veux-tu épouser?" Il y en avait une de quinze ans, une de vingt ans et une de vingt-cinq ans. C'est à celle4 de quinze ans qu'il se marie.

Le soir, quand il se couche, c'qu'il voit dans la chambre d'à côté? Trois lumières. Il demande à sa princesse: "Qu'est-ce que ça veut dire, ces trois lumières ?" — "Bien, mon cher petit mari, ça me coûte de te le dire." — "Mais pourquoi donc?" — "Je vas te le dire; mais prends bien garde de 'me déclarer.' Ces deux lumières, ce sont des ciarges.* Ils sont la vie de mes sœurs; si tu tuais6 ces deux lumières, mes sœurs tomberaient raide mortes." — "Et l'autre lumière ?" — "C'est la vie de la vieille fée galeuse, qui est mariée au roi. Dans un plat, sur la table, sont les deux yeux qu'elle a arrachés à la princesse du roi. Si tu tuais cette chandelle, la vieille fée galeuse tomberait raide morte."

1 Bientôt. 'I.e., une tache, un point.

* I.e., tout près.

4 Foumier disait: ". .la celle de..."

'Cierges. • Éteignais.

Pendant la nuit, le jeune homme se lève et va tuer deux lumières, les sœurs de sa princesse. Puis il s'en revient se coucher tranquillement. C'qu'il aperçoit, au-dessus de son lit, le lendemain matin? Une poignée avec des cordes. "Dis-moi donc, ma femme, ce que ça veut dire?" — "Mon cher mari, tu n'aurais qu'à tirer sur ces poignées pour te trouver transporté à la porte du château du roi et de la vieille fée galeuse."

En se levant, la princesse va voir aux lumières, et trouve ses deux sœurs mortes. "Ah, mon cher mari, tu as tué mes sœurs ?" — "Oui, ma femme! Si je ne les avais pas eu tuées, c'eût été mon malheur.l A'et'heure, j'en suis débarrassé."

Comme le jeune homme va tirer sur les poignées en se souhaitant transporté avec le château rond à la porte du château de son père, la vieille fée galeuse se met à se plaindre en disant: "Ah, que je suis malade, mon mari! Mon Gieu!* que j'ai mal au ventre!" — "Mais, dit le roi, qu'as-tu donc, ma femme ?" — "Ah, que je suis donc malade, Seigneur!" Le jeune homme entre et dit: "Tiens, ma vieille 'possédée!' C'est toi qui as arraché les deux yeux de ma mère en l'envoyant pour toujours dans la forêt. Aujourd'hui, j'ai ta vie dans ma main. Tu vas mourir." Il tue le cierge, et la fée tombe raide morte. "Mais, mon petit garçon, dit le roi, qu'as-tu fait là ?" — "Poupa, aimezvous mieux cette vieille fée galeuse que votre femme, une princesse? Venez avec moi, dans la forêt, chercher ma mère aveugle, pour la ramener." Tous les deux, ils s'en vont en voiture dans la forêt et arrivent à l'endroit où la princesse aveugle vit seule, dans une cabane. A sa mère le jeune homme remet les deux yeux qu'il a pris chez la fée; et voilà qu'elle recouvre la vue. Le roi la pogne par le cou et l'embrasse; vous pouvez bien vous l'imaginer elle était autrement plus belle que la vieille fée galeuse!

Revenus ensemble au château, le petit prince vécut toujours heureux avec la petite princesse du château rond de la mer Rouge, et le roi, avec sa femme. Prenez-en ma parole! Il n'eut jamais l'idée, depuis, de ramasser les serviettes, le long du chemin.

Et moi, ils m'ont renvoyé ici vous le raconter.

57. LE SABRE MAGIQUE.*

Une fois, c'était un nommé Petit-Jean, dont le père était roi. Pour tout héritage, Petit-Jean reçoit de son père un sabre coupant sept lieues à la ronde. Avec son sabre, il part à pied pour voyage.

1 Le texte de Fouraier, ici, est: "Si je lea asai» pat tu tuées, c'était mon malheur."

'Dieu.

'Conteur. Achille Foumier, oui apprit ce conte d'un Canadien, dans le NewH&mpehire, il y a une trentaine d années. Recueilli à Sainte-Anne, Kamouraska en juillet, 1915.

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