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envoyé la seconde de nos petites filles.'' Le père dit: "Cette pauvre enfant, elle a dû s'écarter, je cré ben.'' Le lendemain, le bûcheron part encore pour la forêt en disant: "Aujourd'hui, ne manque pas de m'envoyer porter à dîner par la dernière de nos petites filles.'' La mère envoie donc sa dernière petite fille. Tout se passe de la même manière; l'enfant s'écarte en jouant avec des fleurs, et elle arrive chez le même vieillard. "Je pourrais-t'i avoir à loger ici, à soir ?" demande-t-elle. Le vieillard dit: "Oui, mais n'oublie pas de soigner mon coq, ma poule et ma vache." A midi, l'enfant demande: "Où avez-vous mis le grain pour soigner les animaux ?" Quand le vieillard lui a donné le grain, elle s'en va soigner le petit coq, la petite poule et la vache. Le soir, elle demande à coucher au petit coq et à la petite poule, qui répondent: "Va coucher dans cette chambre, là." Elle va donc y coucher. Durant la nuit, elle entend un train épouvantable. En se réveillant, elle pense: "Dis-moi donc ce qui se passe ici?* J'ai peurl" Le train cesse, et elle s'endort. Quand elle se réveille, le lendemain matin, elle se trouve dans un beau château, le plus beau des châteaux. Le vieillard à grand'barbe ? C'était un beau prince métamorphosé, qui, revenu à lui, dit: "Tiens, ma petite fille, c'est toi qui m'a délivré. J'étais amorphosé, mais je suis revenue parce que tu n'as pas oublié comme les autres de donner à manger à mon petit coq, à ma petite poule et à ma vache. A'ct'heure, va à la cave chercher tes deux petites sœurs." A la cave, la petite fille retrouve ses deux sœurs, qu'elle ramène avec elle. Le beau prince lui dit: "C'est toi qui m'a délivré, moi et mon château. Il faut donc s'épouser." Il l'amène visiter son château, le plus beau des châteaux, tout grèyé en or et en argent; et il lui dit:"Ma belle petite fille, tout ça t'appartient.'' Ils se sont donc mariés et ils ont toujours vécu heureux. Et moi ils m'ont envoyé vous le raconter. *

61. LE PETIT TEIGNEUX.*

Une fois, il est bon de vous dire, c'était un vieux et une vieille qui restaient dans un bois. Quand ils firent l''achat'd'un petit garçon, ils l'appelèrent Petit-Jean.

* Fournier dit "dans ce château,'' bien que, plus haut, il ait dit "petite maison."

* Il est évident que cette version est très abregée. .. La raison en est sans doute que Fournier, suivant son propre aveu, ne peut plus aujourd'hui retenir un conte aussi facilement que dans son enfance.

* Recueilli à Sainte-Anne, Kamouraska, en juillet, 1915. Conteur, Georges-S. Pelletier.

Petit-Jean commence a grandir. Comme il grandit pas mal vite, il se trouve joliment grand quand, un jour, son pere meurt.

Restant seule dans la for6t, la vieille et son petit gargon sont tellement pauvres qu'ils ne vivent que de racines et d'herbages.

Petit-Jean, un bon matin, dit a sa mere: "II faut que je parte." Ayant mis le petit habillement que sa mere lui greye, il part et file dans la for^t.

Apres avoir marche' une couple de jours, qu'est-ce qu'il rencontre? Une bonne vieille fee. "Dis-moi done oil c'que tu vas, mon petit ver de terre?" — "Parlez m'en pas! je suis parti de chez nous pour m'engager, afin de gagner ma vie et celle de ma mere." — "Puisque c'est de me'me, je vas te laisser passer. Mais, jamais je ne laisse passer personne dans cette foret." Quand Petit-Jean s'eloigne, la f6e le rappelle et lui donne une petite canne de souhaite-vertu1 en disant: "Tout ce que tu souhaiteras avec cette petite canne sera accord6." Avec sa canne, Petit-Jean prend la fore"t et file.

Pas loin de la, ce qu'i\ apercoit? Un grand trou sans fond. S'en approchant, il se penche au-dessus et se met a regarder. "Eh misere! il se dit, ca m'a Pair ben creux! Si j'allais voir au fond, je me demande ce que j'y trouverais." Avec sa petite canne a souhaite-vertu il se souhaite dans le fond du trou. Dans un 'rien de temps,' le voila rendu. Rendu, il se trouve en plein milieu d'un beau 'chemin du roi,' conduisant a un chateau sur une montagne. Prenant le montage, 2 il monte, monte, et arrive au chateau le plus beau du monde, en or qui reluit au soleil. Mais, on n'y voit personne. Aussit6t entre*, Petit-Jean commence a tout visiter, une salle apres 1'autre. Dans une salle, il voit sept chaises rang6es alentour. II s'assied sur une chaise. Apres une escousse,3 il entend un train 'de sorcier.'4 Qu'est-ce qui arrive? Sept grants qui descendent aussi vite que ga 'peut porter."6 Voila Petit-Jean qui se fourre sous une chaise, pendant que les grants entrent, se saprent* le derriere sur leurs chaises et se mettent a jaser de leur journ4e et de tout ce qu'ils ont fait. Sous la chaise, ou il entend tout, Petit-Jean a si peur qu'il tremble comme une feuille [au vent], et il jongle,7 pour savoir comment sortir de la. Tout a coup un ge"ant lache un gros pet. Ti-Jean sort a la course de sous la chaise, et dit: "Bonjour, poupa!" en lui donnant la main. Le g6ant r6pond: "Dis-moi done, mon petit ver de terre, comment tu es venu sous ma chaise?" — "Mais, poupa! c'est vous qui m'avez envoye" dans ce monde idle. Misere!8 comment voulez-vous que j'y arrive autrement?"

1 Un talisman ou charme.

1 I.e., la cdte, ou le chemin qui monte. 'Apres quelques moments.

1 I.e., £pouvantable, comme en font les sorciere. 'Qu'ils peuvent aller.

1 Se jettent. 7 Songer, penser fixeznent. • Exclamation.

Voila Petit-Jean roi et maitre au chateau, ou les grants le 'portent sur la main.' * C'est Petit-Jean par-ci, Petit-Jean par-la, telleraent on 1'aime!

Avant de partir, le lendemain matin, les grants disent: "Petit-Jean, voici les clefs du chateau. Tu peux visiter toutes les chambres. Mais prends bien garde a toi d'ouvrir la porte que voila." — "Craignez pas!" re'pond Petit-Jean.

Aprfes avoir passe" la journ6e a la chasse, les grants reviennent le soir. "Bonsoir, Petit-Jean!" — "Bonsoir, les grants!" Tout au chateau est net, propre, reluisant. Les grants sont bien contents de voir 1'ouvrage si bien fait.

La deuxieme Jem-ne'e, encore pareil. Petit-Jean fait 1'ouvrage a perfection, travaille depuis le matin jusqu'au soir, sans ouvrir les portes. Mais il est bien curieux, et ca le tente de tout visiter. En arrivant le soir, les grants demandent: "Comment f'a e"te", aujourd'hui, Petit-Jean?" — "Ben Ste", comme de coutume." Les grants se couchent et dorment, sans s'occuper de rien, comme ils s'en rapportent a leur petit gargon.

Une fois les grants repartis, le lendemain matin, Petit-Jean se dit: "Ils m'ont tant deiendu d'ouvrir cette porte qu'il me faut y aller voir, aujourd'hui." Pogne la clef et ouvre la porte. Qu'est-ce qu'il apergoit? Un dalot1 dans lequel, jour et nuit, coule de la belle or. Comme il se penche pour se regarder dedans, sa chevelure tombe dans 1'or. Quand il la retire, c'est la plus belle chevelure d'or qui se soit jamais vue sur la terre. Voila Petit-Jean pas mal en peine. "Sacre! ils vont ben s'apercevoir que je suis entr6 ici. Comment faire?" II cherche partout et regarde sur les tablettes. A la fin, il trouve du brai, avec quoi il se fait une calotte, pour cacher sa belle chevelure d'or. "Ils vont pourtant s'en apercevoir!" il se dit, bien en peine.

Quand, le soir, les g6ants arrivent au chateau: "Ah! ils disent, ah, petit ver de terre! Tu es alle" a la chambre [deiendue]; c'est pas mal'isi* a voir." — "Ah oui! je me suis trompe"; je n'ai pas su me re"gler." — "Petit-Jean, il n'y a pas d'autre moyen que de t'dter la vie. C'est ce que nous nous sommes promis." Le plus gros des g6ants dit: "Laissons-lui la vie, d soir. Mais, nous lui 6terons demain matin. II n'y a toujours pas moyen qu'il sorte d'ici." Aussitdt les grants couches, sans se faire prier Petit-Jean prend le 'chemin du roi' et file un boute. Arrive" au trou par oil il 6tait descendu, il regarde en 1'air et, apercevant une 6toile, il se dit: "Gageons que c'est par la que les grants passent!" Prend sa canne de souhaite-vertu, et il se souhaite rendu en haut. Le voila en haut, sur la terre. La, il prend la forfit, et il marche, marche.

1 I.e., ont pour lui tous les egards possibles.

* Tenne de marine. 'Malaise1.

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Apres avoir inarche trois ou quatre jours, il arrive au chateau d'un roi; entre chez le roi. "Bonjour, monsieur le roi!" — "Bonjour, petit teigneux!" — "Monsieur le roi, avez-vous besoin d'un jeune homme?" — "Oui, petit teigneux, j'en aurais besoin d'un pour soigner mes volailles et mes dindons." Voila Petit-Jean engag6 chez le roi.

La plus jeune des filles du roi,les trois plus belles princesses du jour, a bien connaissance de quelque chose: tous les soirs, le petit teigneux 6te sa perruque et va se promener dans la for6t, son e'pe'e sur I'e'paule. La jeune princesse garde ca ben secrete, en se demandant ce qui est pour arriver.

Un matin, toujours, un des jardiniers du roi tombe malade. Comme il n'y a personne pour le remplacer, le roi fait demander le petit teigneux. "Veux-tu 6tre jardinier?" Voila Petit-Jean devenu jardinier.

Le lendemain matin, le petit teigneux part avec les jardiniers pour le jardin. Mais plutdt que de travailler, il se promene, jase. Comme il n'arrose rien, tout seche au soleil. Les autres disent: "II va en avoir, un beau bouquet, a presenter a la princesse, d soir!"

Apres avoir bien travaille', chacun des jardiniers a, le soir, un beau bouquet a presenter a chacune des princesses. Voyant $a, Petit-Jean aussi se casse un bouquet. "Misbre! il dit, ca ne fera pas! II est tout sec." Avec sa petite canne, il se souhaite le plus beau bouquet du jardin. "Comment §a se fait?" se demandent les jardiniers. Un d'eux dit: "C'est moi qui avais le plus beau bouquet, et le men 6tait tout sec." Voila la chicane qui prend entre eux. "J'avais laisse" mes plus belles fleurs dans mon jardin, dit un autre. Gageons qu'il les a cass^es pour s'en faire un bouquet?" Ils retournent voir au jardin, mais tout est bien la, et rien n'est de'range'. Les jardiniers n'en reviennent pas de voir le petit teigneux donner le plus beau bouquet qu'ils aient jamais vu a la plus jeune princesse.

C'est encore la m6me histoire, le lendemain. Petit-Jean s'apporte une chaise au jardin. Bien assis, il se berce, bailie et 'cogne des clous,'1 au soleil. Les jardiniers se mettent a dire: "II va en avoir un beau, aujourd'hui! Sur see plates-bandes tout est sec, tout est mort!"

Le soir venu, Petit-Jean se casse un petit bouquitte, et, avec sa canne, il se souhaite le plus beau bouquet qui se soit jamais vu sur la terre. Son beau bouquet, il le donne encore a la plus jeune des princesses. Celle-ci voit bien que quelque chose ne fait pas,2 la-dedans; mais elle n'en dit pas un mot. Le petit teigneux, lui, s'en va coucher a son poulailler, tandis que les autres s'en vont a leur belle maison.

Au poulailler, Petit-Jean 6te sa calotte de brai et s'en va se promener dans la cour. L'apercevant, la jeune princesse se dit encore: "II y a quelque chose qui ne va pas!"

1 I.e., dort en inclinant la tiMe et la relevant en sursaut, tour a tour. 1 Quelque chose de curieux.

Toujours que, le lendemain, le roi fait battre un ban qu'il donnerait ses filles en mariage & ceux que toucheraient les boules d'or. Et il invite tous les jeunes gens de la 'paroisse' & venir & la fete.

Une fois les 'cavaliers'l re'unis, on les fait passer par rangs devant les princesses, qui ont chacune une boule d'or & jeter & celui qu'elles desirent comine 6poux. La plus agee des princesses jette sa boule d'or; la deuxieme jette sa boule; la troisieme ne jette pas sa boule. Le roi dit: "II me semble qtie j'avais fait battre un ban pour vous publier* toutes. Comment se fait-il que, quand les 'cavaliers' passaient en rang, toi, ma [cadette], tu n'as pas jete1 ta boule d'or?" La jeune princesse r^pond: "Tout le monde n'est pas encore passe1. Je n'ai encore vu ni les bossus, ni les teigneux." — "Quoi, ma fille, voulez-vous me faire insulte?" — "Non, mon pere."

Le lendemain, on fait passer par rangs tous les jeunes gens de la paroisse, les petits teigneux comme les autres. La jeune princesse jette sa boule d'or au petit teigneux, le jardinier du roi, pour I'Spouser.

Le mariage se fait; mais le roi est bien insulte1 de voir sa princesse e'pouser le petit teigneux, son jardinier. La noce & peine finie, le roi les met tous les deux & la porte, en leur disant de ne plus revenir.

Voyant ca, le petit teigneux s'en va dans la forfit avec sa belle princesse, et ils marchent. Le roi se dit: "Tant mieux, Seigneur, s'ils sont partis! M'avoir fait une insulte de m$me!" Mais la vieille reine, elle, est bien triste de voir sa fille partie.

Rendu assez loin dans la foret, le petit teigneux s'apercoit que sa femme est fatigued de marcher. Ils s'arr£tent dans une petite Sclaircie. La princesse se couche par terre, la tete sur les genoux de son mari, et elle s'endort. Quand elle est bien endormie, le petit teigneux prend sa canne d souhaite-vertu, et il se souhaite le plus beau chateau au monde, mais auquel il doit manquer un chassis.

Tou jours triste, la vieille reine, le lendemain matin, sort de son chateau. Regardant vers la forSt, elle apercoit quelque chose qui reluit, rien de plus beau. "Mon vieux! viens done voir ga," elle crie au roi. "Dis-moi done ce qu'il peut bien y avoir la? 'Depuis le temps qu'on' reste ici,s on n'y a jamais rien vu de pareil."

Le roi fait atteler une voiture et envoie ses valets voir ce qui reluit comme fa, dans la foret. C'est le petit teigneux que les valets trouvent dans son chateau. C'qu'il leur ordonne? "Allez th're au roi de venir me voir." Apprenant ca, le roi se dit: "Puisque je 1'ai chass6 d'ici, c'est bien & moi & aller le voir, le premier." II est pas mal en

1 Au Canada, ce mot est pris dans le sens de "pre'tendant."

* Pour annoncer votre mariage.

'Cette locution "depuis le temps que" ici implique qu'une tongue pfiriode s'est

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