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peine de voir que le petit teigneux, pour qui il a e'te' si dur, est riche et possede un chateau plus beau que le sien. En s'y rendant, il dit: "Je ne peux pas oublier qu'il est mon gendre." Une fois son beaupere arrive" a son chateau, le petit teigneux lui fait tout visiter. II n'y a rien de plus beau. Passant devant la fene'tre qui manque, le jeune homme dit: "D n'y a pas de chassis dans cette fene'tre. C'est a vous d'en mettre une." Le roi fait venir tous ses ouvriers qui se mettent a 1'ouvrage et travaillent jour et nuite. Mais il n'y a pas moyen d'arriver! "Vous 6tes aussi bien d'abandonner, dit le petit teigneux. Je vois que vous n'y arriverez jamais. Je vas le faire poser, moi."

Quand, le lendemain matin, le roi vient voir, le chassis est bien pose", je vous le garantis!l C'en 6tait un poids de moins sur le coeur du roi! Son gendre n'6tait plus un petit teigneux, mais Petit-Jean, qui avait la plus belle chevelure d'or du monde. Ils sont rested a son chateau le restant de leurs jours.

Et moi, ils m'ont renvoy6 ici vous le raconter.

62. SALADE ET POMMES D'OB.2

Une fois, c'e'tait un vieux et une vieille, qui avaient une fille et deux petits gardens, Ti-Jean et Ti-Pierre. Le vieux e°tait bucheron, et il 'buchait' du bois a la corde.

Quand il commence a diner au bois, un bon jour, c'qui vient a lui? Un petit oiseau. "Ah! si je peux pogner ce petit oiseau pour mon Ti-Jean, je serai done fier. Pogne le petit oiseau et se dit: "Apresmidi, je ne 'buche' point. Je vas porter 1'oiseau a mon petit gars." Ti-Jean est content, c'est pas rien!3 L'oiseau que son pere a pris est si beau qu'on n'en a encore jamais vu de plus beau. II chante, il lurlute, rien ne bat* ce ramage-la. Le bucheron se dit: "Demain, il faut que j'essaie encore d'en prendre un."

Le lendemain matin, il retourne 'bucher,' 'buche' jusqu'a midi. Quand il commence a diner, c'qui ressoudf Encore un beau petit oiseau. "Ah! si je peux prendre celui-la, je serai bien fier. Mes petits gardens auront de quoi6 s'amuser, quand ils en auront chacun un." Prend le petit oiseau, s'en retourne chez lui, et donne 1'oiseau

1 L'6pisode bien connu de la fenetre aux pierres pre'cieuses, ou le roi (Spuiae tous ses tresors, est ici bien incomplet.

1 Recueilli a Sainte-Anne, Kamouraska, en juillet, 1915. Le conteur, Achille Fournier, dit avoir appris ce conte d'nn mendiant qui 1'avait raconte1, il y a pres de cinquante ana, chez un nomme Godefroy Ouellet, aux Sables (pres de Sainte-Anne). C'e'tait la coutume de ces passants, dit Foamier, de 'conter des contes' aux gens qui leur donnaient 1'hospitalitd pour la nuit.

* C'est extraordinaire. « Anglicisme.

1 Fournier dit: ".. .de quoi A s'amuser."

à Ti-Pierre. Les enfants mettent dans de petites cages leurs oiseaux, qui turlutent le ramage le plus beau.

C'qui arrive, là? Le fils d'un roi, qui examine les petits oiseaux. "Ah, qu'ils turlutent bien!" pense-t-il. En les examinant, il voit écrit sur l'aile d'un des oiseaux: "Celui qui mangera mon cœur aura, tous les matins, sous sa tête, cent écus." Regarde à l'autre oiseau. C'gu'il voit écrit sur son aile? "Celui qui mangera ma tête sera 'reçu' roi." Le fils du roi dit au bûcheron: "Si vous voulez tuer et me faire cuire les deux petits oiseaux tout ronds, l j'épouserai votre fille." Le vieux répond: "Je vas en parler à mes petits gars. S'ils veulent, tant mieux! S'ils ne veulent point, je n'en ferai rien." Et il s'en va trouver ses petits garçons et leur dit: "Le fils du roi est prêt à épouser votre sœur si vous voulez laisser cuire vos petits oiseaux tout ronds." Ils répondent: "Il ne faut pas faire perdre un bon parti comme ça à notre sœur. Tuez-les!" Le bûcheron tue les oiseaux et sa bonne-femme les met bouillir dans le chaudron. Pendant qu'ils cuisent, Ti-Jean dit: "Moi, je vas toujou ben manger le cœur de mon petit oiseau." Et Ti-Pierre dit: "Moi, je vas manger la tête du mien." Le fils du roi revient, examine ses oiseaux dans le chaudron, et demande: "Madame, ces petits oiseaux sont-ils tels que je vous les ai demandés? La tête de l'un et le cœur de l'autre sont partis. Si vous voulez que j'épouse votre fille, chassez vos petits garçons pour que jamais je ne les revoie de ma vie." Le père rapporte ces paroles à ses petits garçons. "Oui, papa, nous allons partir pour toujours. Nous marcherons tant que la terre nous portera, et jamais nous ne remettrons les pieds ici."

Ils partent, marchent toute la journée. Le lendemain, ils arrivent à une maison dans la forêt. Entrent dans la maison, et ils y voient un vieux et une vieille. "Bonjour, bon vieux! bonjour, bonne vieille!" — "Bonjour, bonjour! Où allez-vous2 donc, mes petits gare?" — "Nous sommes partis de chez notre père pour n'y plus remettre les pieds de notre vie." — "Mes petits garçons, si vous voulez rester ici avec nous, nous sommes prêts à vous garder. A notre mort, ce que nous avons vous restera."3 Les petits garçons disent: "Nous aurons soin de vous, grand'mère et grand-père."

Le soir arrivé, ils s'en vont se coucher dans leur ht. Quand, le lendemain matin, la vieille fait leur Ut, gling, gling, gling, un tas d'argent tombe à terre. La vieille ne sait pas ce que ça veut dire. "Mes petits gars! vous avez mis ce tas d'argent sous votre tête4 pour voir si on est voleur ?" — "Grand'mère, nous n'avons pas mis d'argent sous notre tête." Les petits garçons se disent: "Demain matin, il faudra bien voir ce que ça veut dire." Ti-Jean dit: "C'est peut-être le cœur de mon petit oiseau qui me l'a donné." Ça fait gue,le lendemain matin, il regarde encore sous sa tête: cent écus! Il dit: "Je suis bon, à'ct'heure; j'ai trouvé cent écus sous ma tête. C'est assez pour vivre."

1 Tout entiers. » Fournier dit: "Où c'que vous aile*?"

> Fournier dit: "Vous aurez de quoi c'qu'on l'a (l fausse liaison), mais (i.e. quand) e'qu'on meure." «Oreiller.

Les deux frères s'en vont donc à la ville, où ils entrent dans un hôtel et demandent à loger au propriétaire.1 "C'est bon, mes petits gars! répond-il, vous resterez tant que vous voudrez, si vous avez de quoi payer."

Quand, le lendemain matin, les servantes font le lit des enfants, gling, gling, gling, voilà un tas d'argent qui tombe à terre. Elles •courent trouver leur maître et disent: "Ces petits garçons-là sont riches à plein, et ils mettent de l'argent sous leur tête." Mais les garçons lui disent: "C'est pour vous payer qu'on l'a mis là."

En se promenant dans la ville, ils apprennent que la princesse doit être donnée en mariage à celui qui, en passant sur le pont, le lèverait cent pieds en l'air, sur quatre chaînes d'or. Bien des fils de roi viennent et passent sur le pont, mais sans pouvoir le lever. Ti-Jean dit: "Je pourrais bien avoir ce don-là, moi; j'y passe." Passe sur le pont; le pont ne lève point. Ti-Pierre dit: "Je vas y passer, moi." Passe sur le pont; le pont lève cent pieds en l'air, sur quatre chaînes d'or. Le roi dit: "C'est Ti-Pierre qui a gagné ma princesse." Et le mariage ne prend pas de temps à se faire.

Voilà Ti-Jean tout fin seul. Il s'en retourne à l'hôtel et dit au maître: "Il me faut deux chevaux pour aller faire le tour de la grosse montagne." — "Ne vas pas là, dit l'autre; si tu y vas, ce sera ton malheur. Tous ceux qui y sont allés n'en sont jamais revenus," TiJean attelle les deux chevaux et s'en va faire le tour de la grosse montagne. Il rencontre une vieille2 qui dit: "Viens donc, mon Ti-Jean, voir ta grand'mère. Ça fait longtemps que tu m'as vue." — "Comment, vous êtes ma grand'mère, vous ?" — "Oui, je suis ta grand'mère." Elle fait prendre une tasse de thé à Ti-Jean, qui vomit de suite le cœur d'oiseau2 et perd [ainsi] son don.

Continuant sa route avec ses deux chevaux, il rencontre un homme avec un fusil. L'homme demande: "Veux-tu changer tes deux chevaux pour mon fusil?" Ti-Jean répond: "Es-tu fou? Donner mes deux chevaux pour un vieux fusil tout rouillé!" L'autre répond: "C'est là un bon fusil. Tout ce que je veux tuer3 avec, je le tue." Ti-Jean dit: "Voilà mes deux chevaux. Je te les donne pour ton fusil."

S'en revenant chez le vieux et la vieille, au bord * du bois, Ti-Jean dit: "Vous viendrez ce soir avec vingt paires de chevaux chercher le gibier que j'aurai tueY' Et dans le bois, il tire du fusil toute la journee. Le soir, il y a la charge de quarante paires de chevaux de gibier.

1 Fournier dit "maître d'hôtel."

2 La sorcière lui fait avaler un vomitif pour s'emparer du charme qu'il a avalé.

• Foumier dit: "Tout ce que je pense de tuer avec..."

4 Le texte est ici: "dans le bord du bois."

Ti-Jean retourne faire un tour le long de la grosse montagne. La meme vieille dit: "Viens done voir ta pauvre grand'mere, que tu n'as pas vue depuis si longtemps." — "Tu m'as vole" mon don. Ah! tu voudrais bien encore me jouer un tour?" — "Non, tu es fatigued Viens passer la nuit ici." Un coup couche" sur un sofa et endormi, la vieille 1'envoie bien loin dans les airs, sur un 'palan.'1

En se reVeillent, Ti-Jean pense: "Dis-moi done oil je suis! OH c'gu'elle m'a envoy^, la vieille sorciere?" C'qu'il voit venir? Un grot aigle! "Aie, associ6! Comment me demandes-tu pour me descendre a terre?" L'aigle re'pond: "Je ne suis pas capable de te descendre." — "Essaie, toujours!" Voil& Ti-Jean sur le dos de 1'aigle qua descend. Mais a trente pieds de terre, 1'aigle Yichappe. Ti-Jean tombe a quatre pattes dans un jardin, sur un carr6 de salade. "Bien! je vas toujours manger une feuille de salade." II en mange une feuille, et le voila en poulain. "C'que c'est gu'fa f Me voil& en poulain, d'ct'heure!" Et il se met a trotter autour du jardin. Arrive' a un beau pommier, il mange une pomme. II devient un beau prince. En peasant: "Voili bien mon affaire!" il met une couple de poinmes dans sa poche, et apporte une brass6e de salade. II s'en va au chateau de la vieille magicienne, et laisse la salade au bord du ruisseau, devant la porte.

Le voyant entrer, la magicienne dit: "Ah, c'est toil" — "Oui, tu m'as joue" un beau tour!" — "Qu'apportais-tu dans tes bras, avant d'entrer?" demande-t-elle. "J'apportais la meilleure salade qui se trouve dans le royaume, et je 1'ai laisse'e pres du ruisseau."2 A une servante la magicienne dit: "Va chercher la salade; mais prends bien garde d'en manger!" Au bord du ruisseau, la servante lave la salade, en mange une feuille, et la voila changed en pouliche. Au lieu de s'en retourner au chateau, elle prend le chemin de l'6table, et se met dans une barrure du fond. "Mais, vieille magicienne, dit Ti-Jean, la servante va bien manger toute la salade. Elle ne revient plus." La vieille envoie la princesse, sa prisonniere, laver la salade au bord du ruisseau. En lavant la salade, la princesse pense: "Quand mSme j'en mangerais une feuille, ca ne ferait rien." Mange une feuille, et la voila en belle pouliche brune, qui prend le chemin de ratable. "Mais, bonne vieille! dit Ti-Jean, votre princesse va bien manger toute la salade, elle ne revient plus." La magicienne r6pond: "II me faut done y aller." Au bord du ruisseau, en lavant la salade, elle pense: "Elle m'a 1'air ben bonne." Elle en mange une feuille, et la voila en vieille jument, la peau col!6e aux c6tes, et tricoUant8 dans le

1 Terme de marine, dont le sens est ici devenu plus e'tendu.

1 Fournier disait "russeau." * Chancelant.

chemin. Voyant ga, Ti-Jean se dit: "A'ct'heure, ma vieille sorciere, il faut que tu vomisses mon coeur d'oiseau." Une gaule a la main, il s'en va a 1'e'table, et il se met a bucher sur1 la vieille jument, qui rue et qui rue. "Ah, ma vieille sorciere! Je vas varger* d tour de bras tant que tu n'auras pas vomi mon cceur d'oiseau." En tombant raide morte, la vieille jument remet le coeur d'oiseau, que TiJean s'empresse d'avaler. Le revoild avec son don.

II se dit:"Il faut que j'aille inviter mon frere Pierre a mes noces." En arrivant au chateau, il dit: "Bonjour, mon frere Pierre!" — "Bonjour, Ti-Jean!" — "Pierre, viens-tu a mes noces, demain matin?"— "Tu te maries?" — "Ben stir que je me marie!" — "Ti-Jean, prends garde de me faire marcher pour rien. Autrement, parole de roi, tu seras pendu a la porte de mon chateau." — "Mon Ti-Pierre, tu n'as pas besoin d'aller si vite. Ma princesse va fitre cent fois plus belle que la tienne."

Le lendemain matin, Ti-Jean se presse et mene son frere au chateau de la vieille sorciere. "Qu'est-ce que tu as, Ti-Jean? tu ne te maries point? Tu ne vas pas chercher ta pr4tendue ?" — "Ma pre"tendue n'est pas loin: elle est a 1'e'table." Les deux freres s'en vont ensemble a 1'e'table. Lui montrant la belle pouliche brune, Ti-Jean dit: "La voila!" — "Mais, Ti-Jean, tu veux te marier a une pouliche d'ct'heure?"—"Va-t'en au chateau,Ti-Pierre, et j'irai betd te rejoindre avec ma princesse." Son frere sorti, il prend sa pomme et la fait manger a la pouliche, qui devient une princesse, cent fois plus belle que celle de Ti-Pierre. Voyant arriver au chateau cette belle princesse, Ti-Pierre dit: "Tu me le disais bien, Ti-Jean, que ta princesse est cent fois plus belle que la mienne. Et tu n'as pas menti!",?£(7a fait qu'ile ont fait les belles noces; ils ont «Ian si' et fe'te'— c'e'tait le 'temps passe" :'s ils s'amusaient! Pendant le mariage, ils sont al!6s faire manger 1'autre pomme a la pouliche dans la barrure du fond, qui est redevenue servante, et qui les a toujours bien servis, le reste de ses jours.

Moi, ils m'ont renvoye" ici, a Sainte-Anne de la Pocatiere, vous le center.

63. LB CONTE DBS BATS.4

Une fois, c'e'tait une veuve et son seul enfant, un garcon. Comme ils vivent dans une place pauv' pauv' pauv,'6 un bon jour ils ne trouvent plus rien a manger.

1 Frapper a bras raccourci.

8 Pour "verger;" i.e., frapper fort avec une verge.

'Quand on dit 'temps passeV on parle d'une 6poque assez lloignee.

4 Racontg par Paul Patry, en aout, 1914, a Saint-Victor, Beauce.

• Forme iterative, exprimant le superlatif.

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