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THE JOURNAL OF AMERICAN FOLK-LORE.

VOL. 32.- JANUARY-MARCH, 1919.- No. 123.

CHANTS POPULAIRES DU CANADA

(Première série)

RECUEILLIS PAR E.-2. MASSICOTTE ET PRÉPARÉS PAR C.-M. BARBEAU.

PRÉFACE.

LES quarante-six chansons populaires que nous présentons ici ont été prises un peu au hasard parmi plus de mille pièces de toutes sortes que M. E.-Z. Massicotte a rassemblées, avec un zèle aussi infatigable que désintéressé, sous les auspices conjointes de la Section d'anthropologie (Ottawa) et de la Société de folklore américain.

Le répertoire de chansons recueillies par M. Massicotte, le plus volumineux qu'un folkloriste ait encore formé au Canada, fait partie des collections folkloriques inédites, provenant de Québec et d'Ontario, que nous accumulons depuis quelques années et que nous espérons publier graduellement.1

M. Massicotte a récolté la plupart des éléments de son répertoire à Montréal, de juin 1917 à avril 1918, avec la collaboration éloignée de la Section d'anthropologie; déjà il possédait un groupe considérable de textes notés indépendamment, au cours des trente-cinq dernières années, dans l'ile de Montréal, ainsi que dans les comtés de Champlain et de Prescott. L'extrait d'une lettre que nous écrivait M. Massicotte, le 25 janvier 1918, nous renseigne sur l'histoire même de sa collection. Citons: “C'est en 1883 que je commençai à recueillir dans un cahier, que j'ai conservé jusqu'en 1911, ce qui, en folklore, pouvait intéresser un garçon de quinze ans. Depuis, j'ai toujours ramassé un peu, à droite et à gauche. La difficulté que j'éprouvais à retenir les airs de toutes les chansons que je remarquais et l'impossibilité de publier ces pièces nombreuses firent, cependant,

1 Le volume des Chants populaires du Canada (Deuxième série). Cantilenes, ballades et complaintes du bas Saint-Laurent (Québec), recueillies par C.-Marius Barbeau et préparées en collaboration avec Jean-B. Beck, sera bientôt terminé. L'expérience acquise au cours de nos travaux en collaboration avec M. Beck, en juillet 1917, nous a beaucoup servi dans la préparation subséquente des chansons recueillies par M. Massicotte, particulièrement pour la notation des mélodies.

VOL. 32. — NO. 123. — I.

que je laissai quantité de choses se perdre. J'avais rêvé, il y a longtemps, de publier un volume de traditions et de chansons françaises au Canada; j'ai même commencé à préparer ce volume. Mais, un jour, las d'attendre une occasion favorable, j'en ai détruit ce que je ne croyais pas pouvoir utiliser. Votre appel a fait surgir de l'oubli tout ce passé. Plus d'expérience, la certitude que je ne travaillais pas en vain, et d'heureuses circonstances, m'ont permis d'obtenir un résultat que je n'aurais jamais pu imaginer. Et j'espère maintenant voir s'accomplir mon premier rêve, qui sera le dernier."

PROVENANCE DES CHANSONS.

Parmi les chanteurs, qui ont prêté leur concours gracieux à M. Massicotte et dont nous reproduisons ici quelques pièces, se comptent MM. V.-F. de Repentigny, Jos. Rousselle, L.-H. Cantin, E. Poitras, J.-B.-A. Tison, C.-E. Gosselin, A. Legault 'et Mme Larichelière. Quelques mélodies ont été répétées au phonographe par M. Massicotte luimême. Et, après avoir relu nos textes, notre correspondant A. G. (Rosemont, Montréal) nous a communiqué des variantes. Nous rapportons ici onze de ces textes, et huit mélodies recueillies pour A. G. par J.-H. P. (Collection A. G.). Quelques variantes empruntées à la Collection Barbeau ont aussi été introduites.

Le croquis biographique des principaux chanteurs jettera un peu de lumière, d'abord, sur les sources auxquelles ils ont puisé leurs connaissances traditionnelles, et ensuite, sur les caractéristiques de leur adaptation et de leur style.

Vincent-Ferrier de Repentigny, un des chanteurs les mieux doués que l'on ait jusqu'ici consultés, avait, au commencement d'avril 1918, fourni 265 chansons. Né à Saint-Timothée (Beauharnois), le 21 septembre 1858, il y vécut jusqu'en 1876. Aprés avoir cultivé la terre, il navigua, de 1877 à 1886, puis alla, en 1887, aux chantiers de Muskegon (Michigan, E.-U.). De 1887 à 1904, il se fit tailleur, à Valleyfield (Beauharnois), et à Hawkesbury (Prescott, Ont.). Il est aujourd'hui gardien de nuit, à Montréal, où il demeure depuis 1904. C'est de ces différents milieux qu'il a tiré les éléments divers de son répertoire.

Sachant à peine lire et écrire, il apprend les chants populaires avec une grande facilité. S'il ne s'intéresse vraiment aux textes qu'en tant qu'ils soutiennent des mélodies, il a en revanche un sens musical étonnant. Il embellit à sa manière tout ce à quoi il touche, et les raffinements de son style vocal donne d'abord l'illusion d'une formation étrange et archaïque toute différente de celle des autres chanteurs. Son rythme souvent syncopé, son exécution sobre, assurée et pleine de verve, avec ses fioritures, nous ont intrigué au point de nous conduire à une petite enquête sur son éducation artistique. Voici le résumé des renseignements obtenus par M. Massicotte.

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Né à Montréal, le 24 décembre 1867, il y a toujours demeuré; mais, dès son bas âge, il passa une partie des mois d'été principalement à Ste-Geneviève-de-Batiscan, et à l'Orignal (Prescott). Historien et homme de lettres, il est, depuis 1911, conservateur des Archives du district de Montréal (Palais de Justice, Montréal). M. Massicotte imite le style paysan dans les mélodies qu'il a apprises de ses chanteurs.

Etienne Poitras, né à Québec en 1887, est instituteur, à Montréal. Sa mémoire, à la manière de beaucoup de gens de ville, n'a surtout retenu que des fragments, dont le contour mélodique est modernisé.

Alphonse Legault et Alfred Legault, l'oncle et le neveu, sont nés, l'un à Sainte-Geneviève (Jacques-Cartier, Ile-de-Montréal), en 1853, et l'autre, à Montréal, in 1886. Alphonse Legault, décédé en 1917, fut cultivateur, hôtellier et commerçant. Il avait une instruction élémentaire. Son neveu est courtier d'assurances.

J.-B.-Adolphe Tison, né à Montréal, en 1863, employé civil et exclairon-major du 65ème régiment, chante ses pièces avec goût, mais en style purement moderne.

Johnny Proulx, 30 ans, est originaire de Hawkesbury (Prescott, Ont.).

Le "cahier Hamelin," dont les pièces nous sont utiles, a été donné à E.-Z. Massicotte par C.-E. Gosselin, ingénieur civil, qui le tient de sa mère, née Hamelin, originaire de Deschambeault (Portneuf). En première page on lit: “Mizael Hamelin | Saint-Roch de Québec | Recueil de chansons Par Mizael Hamelin ..." A gauche, au verso de la couverture, est écrit: “Mizael Hamelin | Saint-Roch| Québec | 1860 | sept. 13."

Le nom des endroits où furent apprises les quarante-six chansons de cette première série sont indiqués en renvoi, à chaque chanson. Voici, en résumé, la liste de ces noms, en commençant par les plus importants: Saint-Timothée et Saint-Stanislas-de-Kostka (Beauharnois), l'île de Montréal, Hawkesbury (Prescott, Ont.), Ecureuils (Portneuf), Saint-Romuald et Lévis (Lévis), Québec, Kamouraska et SaintDenis (Kamouraska ), Valleyfield (Beauharnois), Saint-Jérôme (Terrebonne), Portneuf, Saint-Basile, Neuville (Portneuf), Rigaud (Vaudreuil), Ottawa, Sainte-Marie (Beauce), Saint-Vallier (Bellechasse), Sainte-Anne-de-la-Pérade (Champlain), LaPrairie, Saint-Edmond (Berthier), Saint-Théodore (Bagot), Sainte-Geneviève (Champlain), Saint-Pierre-des-Becquets (Nicolet), Les Cèdres (Soulanges), La Baie Georgienne (Ont.), Peterborough (Ont.).

MÉTHODE SUIVIE DANS LA NOTATION ET DANS LA RÉDACTION DES

TEXTES ET DES MÉLODIES. Les textes furent notés sous dictée, le plus fidèlement possible, bien qu'en orthographe régulière et sans tenir compte de la prononciation

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