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loin à son nègre: "Mon pauvre chéri, où est-ce que tu es? Ne dis rien, va! Je t'assure qu'il l'a mangée bonne, à soir. Mais tu me réponds pas. . .?” En avançant, elle arrive nez à nez avec Tit-Jean, qui dit; “Qu'est-ce que tu cherches par ici, toi?” — “Ça n'est pas de tes affaires. Je cherche mon mari. Qu'est-ce que tu en as fait, misérable?" – "Ah! tu cherches ton mari, hein? Bien, va le voir, là.” Il lui montre le puits, en disant: "C'est là que tu (pourrais bien] aller le rejoindre. Je t'ordonne de remettre toutes choses comme elles étaient avant, la ville, les poissons, le château, ton mari, et le reste." Elle veut bien se rebiffer, mais Tit-Jean lui dit: “Veux-tu te dépêcher, vieille sorcière! Si tu ne fais pas tout de suite ce que je te dis, tu vas avoir affaire à moi." La peur la prend et elle consent à ce que TitJean veut. Elle se met à marmotter des paroles magiques, et voilà que tout revient comme auparavant. Jean lui demande: "As-tu bien tout arrangé?” — “Oui, Tit-Jean, tout est bien. Ne me fais pas de mal.” — "Tu vas aller retrouver ton nègre, à'ct'heure." TitJean pogne la bonne-femme, la fend en quatre avec son épée, et la jette dans le puits.

Il s'en va ensuite dans le château où il retrouve le vieux roi, qui était bien content, je vous en parle! Pour récompenser Tit-Jean, le roi lui donne en mariage la belle princesse qu'il avait embrassée pendant qu'elle était endormie, et il lui cède la moitié de son royaume.

Ils firent des grosses noces. Comme je voulais voir ce qui se passait - car ils ne m'avaient pas invitée — je m'approchai; mais ils me donnèrent un coup de pied au derrière, et ils m'envoyèrent jusqu'ici.

83. LA PETITE SOURIS ET LE PETIT CHARBON DE FEU. 1 Il y avait, une fois, une petite souris et un petit charbon de feu. Un jour, la petite souris dit au petit charbon de feu: “Veux-tu, nous allons traverser la rivière?” — “Comment veux-tu traverser la rivière? Nous n'avons pas de chaloupe.” — "Ce n'est pas malin; nous allons mettre deux brins de paille en croix et nous traverserons dessus." Tu n'es pas folle! Tu sais bien que je mettrai le feu à la paille et que je me nèyerai.”—“C'est toi qui es fou, petit charbon de feu. Comment pourrais-tu mettre le feu à la paille dans l'eau? L'eau l'éteindrait tout de suite. Viens donc, peureux!" Il proteste bien un peu, mais elle le tourmente si fort qu'il se laisse gagner.

La petite souris prend deux brins de paille, les met en croix et les pose sur la rivière. Elle fait embarquer le pauvre petit charbon de feu, qui avait bien peur, allez! Elle pousse la paille au large. "Bon

i Conté par Hélène Landry (Ottawa), âgée de 12 ans, qui l'apprit il y a quatre ans de sa grand'mère, Vve. L.-H. Tremblay, née à La Malbaie (Charlevoix), vers 1831, et plus tard domiciliée à Chicoutimi.

voyage! lui crie-t-elle, je vas aller te rejoindre betôt.Mais elle avait à peine dit cela qu'elle voit une petite fumée sur l'eau. Le petit charbon de feu avait mis la paille en feu. Il voulut se débattre, mais il tomba à l'eau et mourut, malgré ses efforts. La petite souris qui le voyait s'en aller en drive, tout noir, riait comme une petite folle. Elle rit si fort qu'elle creva sa petite panse. “Bon, dit-elle, me voilà bien plantée! Je suis punie pour ce que j'ai fait. A'ct'heure, comment faire? . . . Je vais aller chez le cordonnier pour me faire coudre."

La voilà partie. Marche, marche. De peine et de misère, elle arrive chez le cordonnier.

“Bon cordonnier, voulez-vous me coudre ma petite panse, s'ilvous-plaît?” — "Je te la raccommoderais ben, mais je n'ai pas de soies pour mettre à mon ligneul. Va dire à la truie qu'elle me donne des soies pour mettre à mon ligneul, et je te coudrai ta petite panse.”

La voilà partie ... Arrive chez la truie. “Bonne truie, voulezvous me donner des soies pour que le cordonnier en mette à son ligneul et qu'il me couse ma petite panse?" – "Je t'en donnerais ben, mais je n'ai rien à manger. Va dire au meunier de m'envoyer du son; je te donnerai des soies pour le cordonnier."

Elle s'en va chez le meunier. "Bon meunier, voulez-vous me donner du son pour la truie, qui me donnera des soies pour que le cordonnier me raccommode ma petite panse?" – "Je t'en donnerais ben, mais je n'ai pas de grain à moudre. Va demander au champ de me donner du grain, et je te donnerai du son."

Pauvre petite souris, la voilà qui part. Marche, marche, en tenant ses tripes à poignées. Elle arrive au champ. “Bon champ, voulez-vous me donner du grain pour le meunier, pour qu'il me donne du son pour la truie, qui me donnera des soies pour le cordonnier, pour qu'il me raccommode ma petite panse?” — “Comment veux-tu que je te donne du grain? Je suis pauvre comme tout. Va dire au bouf de me donner du fumier pour m'engraisser, et je te donnerai du grain pour le meunier, qui te donnera du son pour la truie, qui te donnera des soies pour le cordonnier, pour qu'il te recouse ta petite

panse."

Elle s'en va donc trouver le bauf. Le bæuf lui demande d'aller lui chercher de l'eau à la rivière, parce qu'il a soif. La voilà encore partie.

Elle va à la rivière chercher de l'eau et l'apporte au bauf, qui lui donne du fumier, qu'elle porte au champ, qui lui donne du grain pour le meunier. Le meunier lui donne du son qu'elle porte à la truie. La truie lui donne des soies pour le cordonnier. Le cordonnier met des soies à son ligneul, puis coud la petite panse de la petite souris. La petite souris remercie le cordonnier et s'en va en courant, promettant

bien de ne plus déchirer sa petite panse. Moi j'ai pilé sus la queue de la petite souris, qui a fait: Quit-quit! Mon conte est fini.!

OTTAWA, CAN.

(c) CONTES DE CHARLEVOIX ET DE CHICOUTIMI.

PAR C.-MARIUS BARBEAU.

84. LA PRINCESSE DU TOMBOSO. 2 Une fois, un roi. Il avait trois fils.

Devant de mourir, le vieux roi leur dit: "Vous irez derrière, dans l'écurie. Vous trouverez un vieux bol. Secouez-le et ce qui en tombera, ça sera votre héritage.”

Ordinairement on tient le mort deux fois vingt-quatre heures sur les planches, mais les enfants du roi avaient tant de hâte de secouer le bol qu'au bout de vingt-quatre heures, hola! le bonhomme.

Le plus vieux prend le bol et l'escoue. Tombe une bourse. · Ecrit, sur la bourse: "Chaque fois que vous fourrez la main dedans, vous aurez cent écus.” Le prince dit à ses frères: "Ma fortune est faite, moi."

Le deuxième escoue le bol. Tombe un cornet. Ecrit, sur le cornet: "Soufflez par un bout et vous aurez cent mille hommes à votre service. Quand vous voudrez vous en défaire, soufflez par l'autre bout et vous n'aurez plus rien."

Le troisième secoue le bol. Tombe une ceinture. Ecrit, sur la ceinture: "Mettez la ceinture sur vous, et ce que vous souhaiterez, vous l'aurez." Il dit aux autres:"Ma fortune est faite, à moi aussi."

Ces princes avaient entendu parler d'une princesse appelée "la princesse du Tomboso," qui était belle comme un astre. Le plus jeune des trois frères dit: "Je vas aller voir la princesse du Tomboso.” Ses frères répondent: “Tu vas aller faire voler ta ceinture." — “Mes frères, ne craignez pas! J'ai ma ceinture sur moi. Si on veut me la voler, je me souhaiterai hors du château.”

1 LE PETIT CHARBON ET LA PETITE SOURIS.—(Fragment récité par Annette Tremblay, âgée de six ans, en 1916, Quai des Eboulements, Charlevoix. Sa mère, Marie Tremblay, de qui elle l'a appris, l'avait entendu réciter à des vieillards de l'endroit, quand elle était toute jeune. Recueilli par C.-M. Barbeau.)

Une fois, c'était un petit charbon et une petite souris. Partis ensemble, ils ont à passer un petit ruisseau. Ils mettent une paille sur le ruisseau pour passer. Le petit char bon dit à la petite souris: "Passe devant.” La petite souris répond au petit charbon: "Passe devant, toi," Tit charbon passe devant. Il brûle la petite paille et il tombe à l'eau. La petite souris rit, rit! Elle s'est déchiré la petite panse. ...

Conte récité par Joseph Mailloux (Saint-Pascal, Eboulements) en juin 1916. Marcel Tremblay (Saint-Joseph, Eboulements) nous a récité une variante plus détaillée de ce même conte, que nous utiliserons ailleurs.

3 C.-à-d. sur la bourse est écrit. ...

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à la princesse; ce qu'on lui accorde. Rentre dans la chambre de la princesse du Tomboso. Après lui avoir donné le bonjour, il lui demande sa ceinture. “Mais, elle répond, vous n'avez pas de ceinture ici.” — "Ecoutez, ma princesse; ce n'est pas ça! Je vas vous donner tant d'écus, un nombre d'écus épouvantable. ..” La princesse fait: Hah! tu n'as pas tant d'écus que ça.” Il finit par dire: "Je remplirai votre chambre d'écus.” — “Ah! ça prend un petit gringyeux comme toi pour parler (ainsi]; mon père n'en aurait seulement pas assez pour couvrir le plancher.” — “Mais, dit le prince, c'est une saloperie pour moi! J'ai une bourse, et c'est assez de mettre la main dedans pour en tirer cent écus, cent écus." — “Ah bien, mystère!" dit la princesse.

Quand il voit ça, le prince hâle la bourse de sa poche; de la bourse tire cent écus. Pah! pah! pah! cent écus, sur le plancher; encore cent écus. . . "Ah! dit la princesse, je vas vous redonner votre ceinture.

Mais laissez-moi donc mettre la main dedans la bourse, pour voir si elle ferait pareil pour moi?" Donne la bourse à la princesse, qui met la main dedans, se souhaite avec son père. “Vite! elle dit, mon père, le scélérat, le gueux est encore à ma chambre; allez!"

On prend mon prince, on le frappe jusqu'à ce qu'on le croie mort sept fois, et on le jette 'aut en bas du château, dans la rue. Il est là huit jours, monsieur! Ses frères comprennent qu'il avait perdu sa bourse.

Au bout de huit jours, la connaissance lui revient. Sa première pensée, c'est de retourner chez ses frères. Ceux-ci), qui sont au guet, le voient arriver tout piteux, tout couvert de terre et de vase. Sans attendre qu'il arrive, ses frères lui crient de loin que les cent coups l'attendent. Mais leurs bâtons ne l'empêchent pas d'approcher. “Entre!" dit celui qui lui avait donné sa bourse. “Tu n'auras pas de chambre, mais tu vas rester dans la cheminée. Quand on le jettera un os, tu le rongeras; quand on n'en aura pas de reste, tu t'en passeras."

Le prince est là un mois. Au bout de ce temps, il dit à son frère qui avait le cornet: "Si tu voulais me prêter ton cornet, j'irais chercher la bourse et la ceinture.” Son frère répond: “Ne crains pas! Si tu penses de donner mon cornet comme tu as fait de la bourse et de la ceinture. . ." — “Tiens! mon frère, tu vas voir si cela a du bon sens. Je n'irai pas au château; je ne pourrai pas donner le cornet à la princesse. Une fois entré dans la ville, je soufflerai dans le cornet: cent mille hommes à mon service; j'assiégerai la ville et j'aurai la ceinture et la bourse."

Cette fois, ça avait du bon sens tout en plein. Son frère lui donne son cornet. Il s'en va à la ville. Une fois passé la porte, souffle dans son cornet; cent mille hommes. "Que voulez-vous, que désirez-vous, maître?" – "Il faut assiéger la ville."

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