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nous sommes perdus, toi et moi aussi.” — “Ma tête, je n'en passerai pas.

Saute sur son cheval. Il n'a pas fait quelques arpents: Une grande rivière! "Ma tête, une rivière!" – "Ne passe pas, je te le défends.'

Pas longtemps après, qu'est-ce qu'il voit venir sur la rivière? Une ogresse, dans un bac. “Ma tête, une ogresse vient me chercher, dans un bac.” – “Ne passe pas; je te le défends.” L'ogresse arrive: "Monsieur, je suis venue vous chercher.” – “Qui est-ce qui t'a dit de venir me chercher?" – "Ah, par exemple, monsieur! si vous ne voulez pas passer avec moi, vous n'en passerez plus de votre vie, de rivière.” — “Bien! je resterai plutôt là.” L'ogresse revire son bac et s'en retourne. “Ma tête, elle s'en va!" — “Laisse-la aller,” dit la tête.

Assis au bord de la rivière, il s'accote la tête dans la main et il se met à regarder l'eau couler. Vers le midi, il voit venir quelqu'un sur l'eau: un vieillard avec un nez en roupie à la brasse. Il regarde; à chaque coup d'aviron que le vieux donne, la bac vire de bout. “Ma tête, voilà le bonhomme!” – "Ne passe pas, dit la tête, je te le défends." En arrivant, le vieillard dit: "Je suppose que vous ne voulez pas passer avec les criétures,' mais rien qu'avec les hommes?" — "Je ne passe pas plus avec les hommes qu'avec les criétures; je ne passe pas aujourd'hui." —"Bien, dit le vieux, vous n'en passerez plus de votre vie."

Rendu de l'autre côté de la rivière, le bonhomme met sur son dos son bac, sa maison, sur bâtiment, ses boufs, ses chevaux; et il part avec tout son grément. Le jeune homme dit: "Bien, ma tête, il s'en va avec tout son grément.” — “Laisse-le aller,” répond la tête.

Bien tard dans l'après-midi: "Tiens! ma tête, voilà le bonhomme qui revient avec son bac.” — "Ecoute, dit la tête, le bonhomme vient te chercher; tu vas passer la rivière avec lui et t'en aller à sa maison. Tu n'auras plus connaissance de lui, après ça. Tu n'auras plus affaire qu'à la bonne-femme. Va lui demander à couvert et dis-lui: 'Pour mon cheval, il faut une écurie si noire qu'on n'y voie pas un petit jour.' Elle va faire bien des escases, 2 mais méfie-tois en. Prends garde de prendre la chandelle qu'elle t'offrira pour t'éclairer, dans l'écurie; le sorcier est dans sa chandelle. Tu es fini et moi tou, si tu la prends." — “Ne crains pas, ma tête; je n'en prendrai pas."

Traverse la rivière dans le bac du vieillard; s'en va à la maison. “Voyons! il dit à l'ogresse, as-tu une écurie bien noire à me donner pour mettre mon cheval?" – "Ah, ah, ah! j'en ai une; on étouffe dedans."

Rendu à l'écurie, le voilà à tâtons, cherchant où attacher son cheval, sans pouvoir trouver. Il s'en vient à la maison et demande à la

1 Créatures, femmes.

Des belles manières pour tromper.

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homme! lui qui n'avait jamais encore sorti du séminaire, le poil se met à y péter, la graisse lui part d'à ras le corps. "Bien! il dit, ma tête, je vas mourir icite." - "Ecoute, répond la tête, n'es-tu pas parti pour aller chercher l'étoile du soir?" – "Sans doute!" – "Tiens! elle dit, vois-tu sur ce beau chêne? C'est là que, tous les matins, un rossignol vient chanter avec l'étoile du jour dans son bec. Approchetoi du pied du chêne; tu vas y trouver, à terre, une pierre. Lève la; il s'ouvrira un trou; descends! Tu y verras l'ogresse, là, dans la terre; elle y est rendue devant toi. Demande-lui ton butin en disant que tu te meurs, brûlé par le soleil.” En effet, il lève-la pierre, descend dans le trou, aperçoit l'ogresse qui l'attend, lui dit: “Il faut que tu me donnes mon butin avant ma mort; le soleil m'a brûlé.” — "Et toi, il faut que tu me donnes ma bague." – "Je vas te dire: je ne te barrai point ta bague avant que tu m'aies donné ce que je te demande." (Voyant le jeune homme remuer son sabre dans le fourreau, la vieille dit:) "Bien, monsieur, c'est là autre chose!” Il hale le sabre du fourreau. La peur la prend; elle lui donne ce qui lui appartient. Il monte, va trouver sa tête. “Ah! ma tête, elle m'a tout donné; voilà mon butin." - "Tout n'est pas fini, dit la tête. Redescends dans la (caverne], mais, cette fois, à cheval. Prends l'ogresse, mets-la sur la croupe de ton cheval avec toi et emmène-la. Prends garde! ne t'arrête pas, en montant. Si tu le fais, elle t'amorphose. Fais-lui recouvrir le chêne de fils d'araignées; quand, par sa baguette, elle l'aura fait, prends la baguette; et demain matin, tu attraperas dans le chêne le rossignol qui porte l'étoile du jour." Le jeune homme monte à cheval, entre dans la caverne, descend. La bonne-femme ne veut pas monter avec lui. Il la prend par les épaules, l'assit en croupe, et part au galop. De temps en temps, elle touche au cheval, cherchant à l'arrêter. “Ne touche pas à mon cheval! dit le jeune homme; si tu i touches, je te jette à bas et je te fends avec mon sabre.” — “Laisse-moi descendre; je suis pressée; mon ménage n'est pas fait.” Rendus au pied du chêne, il dit: “Grèye tout ce chêne de fils d'araignées.” Elle grèye le chêne de fils d'araignées. “Donne-moi ta petite baguette.” Elle finit par céder.

Au petit jour, le lendemain matin, le rossignol arrive avec l'étoile du jour dans son bec, se perche sur le chêne. Le jeune homme prend sa baguette, frappe l'arbre. En le disant, tous les fils d'araignées se trouvent en petites chaînes, où le rossignol se trouve pris. Le jeune homme lance un grand cri: "Ma tête, je l'ai!" - "Ah! ce n'est pas tout, reprend la tête: il faut une échelle, pour monter dans l'arbre. Tu en auras une de la vieille, qui fera mille instances pour ne pas t'en donner. Ne cède pas! Demande-lui ensuite une pinte d'eau. De plus, emmène la vieille avec toi au haut de l'échelle. Mais avant d'aller chercher l'étoile du jour, n'oublie pas de faire une chose; tu me

déposera sur la pierre qui se trouve tout près, et tu feras verser la pinte d'eau sur moi. C'est tout ce que je te demande pour les services que je t'ai rendus." Le jeune homme retourne dans la caverne, demande à l'ogresse une échelle et une pinte d'eau. Elle refuse, en faisant tout le train du monde. Comme il sort son épée la peur la prend; elle consent. Quand il a l'échelle et la pinte, il fait monter la vieille à cheval; et les voilà partis à monter. En chemin, de temps en temps, elle dit:“Arrête donc ici, un peu." Et lui, il crie: "Marche donc! trotte donc!” — "Mais mon ménage n'est pas encore fait; laisse-moi donc retourner." Le jeune homme lui fourre une claque sur la g... .. Voilà la vieille roulant en bas de l'escalier; mais elle se lève et ne prend pas de temps à venir le rejoindre.

Sortis de la caverne, ils s'approchent du chêne où se trouve le rossignol de l'étoile du jour. Avant de poser son échelle, le jeune homme met à terre son sac, en tire la tête, qu'il dépose sur une pierre; puise une pinte d'eau, la verse sur la tête. Ogrande surprise! Là, devant le jeune homme se tient la plus belle princesse de toute la terre, assise dans un beau carrosse, qui lui tend la main. Il est si fier de voir cette belle princesse délivrée qu'il saute dans le carrosse, et s'en va avec elle au plus vite. C'était pour se marier à elle.

Et la belle étoile du jour? Il a oublié de la rapporter, puisqu'on la voit encore tous les matins.

86. LE GRAND SULTAN." Il est bon de vous dire: une fois, c'est un roi. Ce roi avait trois princes, ses enfants.

Toujours que, dans son jardin, il avait un pommier qui, toutes les nuits, rapportait une pomme, une grosse pomme.? C'était bien commode!

Une bonne fois, la pomme disparaît. Elle part toutes les nuits. Le roi met des gardiens ici et là, pour guetter partout et arrêter celui qui pouvait bien voler la pomme. Mais ça ne réussit pas; ils ne peuvent pas; la pomme disparaît toujours.

Le plus vieux des princes: "Bien, il dit, moi, je vas le garder, le pommier, cette nuit. Les gardiens se couchent, ils s'endorment justement dans l'heure où ça doit disparaître." Le roi répond: "Celui de vous autres, mes princes, qui déclarera qu'est-ce qui prend la pomme, celui-là aura ma couronne." C'est bien.

Le plus vieux s'habille, il se grèye une bouteille de vin et de quoi

1 Recueilli à Tadoussac, en sept. 1916, d'Édouard Hovington, alors âgé de 90 ans, qui l'apprit, il y à peu près 75 ans, d'Edouard Michaud, vieux journalier, de l’Anse-à-l'eau (Chicoutimi), et originaire de la rive sud du Saint-Laurent (Saint-Thomas ou Kamoui aska?)

: Il s'agit évidemment d'une pomme d'or, comme on le voit dans d'autres contes.

pour se traiter comme il faut; il part. Arrivé dans le jardin, il s'en va au pied de l'arbre, où il y a un grand banc. Il s'assied, prend un coup, fume un cigare; il est bien! (Ne) s'endort pas; attend toujours. La pomme est encore là: Il la voit bien.

Quand ça vient vers minuit, créyé! l'endormie commence à le prendre. "Sacré tonnerre! faut pas que je m'endorme, parce que ça ne servirait à rien.” Allumant un cigare, il se lève et commence à marcher au pied du pommier. Ce n'est pas ça! il écrase sur ses jambes; c'est plus fort que lui, il en meurt. “Il y a toujours un bout! il ne faut pas se faire mourir les jambes de même; je vas m'asseoir un peu. II s'assied. Pop! le voilà endormi.

Il n'est pas longtemps endormi; fait un saut, se réveille; regarde en arrière; la pomme est partie; plus de pomme!“Ce n'est pås moi qui aura la couronne, parce que je n'aurai pas de nouvelles à donner de ce qui prend la pomme. Je suis aussi bien de m'en aller; la pomme n'y est plus." S'en va se coucher dans son lit.

Quand il se lève, le matin, le roi lui demande: "As-tu vu celui qui prend la pomme de notre pommier?” -“Ah, il dit, non!" Et il lui explique ce que je vous ai raconté: Il s'était endormi malgré lui. Le roi dit: "Si tu t'es endormi comme ça, il y a quelque chose qui va mal."

Le deuxième frère dit: "C'est un dormeux. Moi, je vas y aller, et je trouverai bien.” — "Tu ne le trouveras pas mieux que moi." "Toi, tu es un dormeux." Le roi ne dit pas le contraire.

Quand la nuit est arrivée, le deuxième frère se grèye comme l'autre: des cigares, une bouteille de vin. . . . Il n'y a pas de soin! le roi avait de quoi à manger. S'en va s'asseoir sur le banc sous le pommier, se met à fumer; se lève; voyage un peu, tant qu'il n'est pas fatigué. Quan d il est tanné de marcher, il se rassit; prend un cigare, un verre de vin. Comme il voit bien le pommier, il se dit: "S'il vient, j'en aurai connaissance.” Il est assis. Ça ne manque pas! Toujours qu'il ne fera pas mieux que l'autre.

Quand ça vient devers minuit, le voilà près de s'endormir. Allume vitement un cigare, prend un verre de vin, se promène une escousse. Mais ça ne veut pas marcher. "Ah! je peux toujours bien m'asseoir un peu; fumer, ça me gardera réveillé." S'assied comme l'autre. Pop! il s'endort.

Il ne dort pas longtemps. Sur le moment, il se réveille, regarde. La pomme n'y est plus; elle est partie. Il dit: "C'est fini! je ne pourrai pas dire mieux que l'autre; elle est partie. Bien! je vas aller me coucher dans mon lit." C'est ce qu'il fait.

Le matin, le roi demande: "As-tu vu ce qui prend le pomme, la nuit?" – "Ah, il dit, non! J'ai veillé jusqu'à minuit. A minuit juste, je dormais. J'étais endormi; je n'avais pas pu rester réveillé, je suppose. Elle a parti, la pomme, et je n'ai pas vu ce qui est venu

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