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Cette remarque de M. Huet s'applique à plus forte raison au Canada, où le noyau colonial s'était fixé avant 1680, c'est-à-dire avant qu'aucune de ces choses ait été publiée. Il ne faut d'ailleurs pas oublier que le nombre d'exemplaires des facéties d'Ouville, des contes de Perrault et d'Aulnoy était très restreint et, partant, de peu d'influence sur les masses illettrées des provinces. Nous remarquons que, même aujourd'hui, la tradition orale canadienne n'est pas sérieusement troublée par le voisinage constant du livre. Les récits et les chansons se transmettent de bouche et ce qui est dans le livre y reste. Ce sont là deux courants distincts qui ne s'entrecroisent pas assez pour qu'il vaille la peine d'en parler.

Bien que le recueil des “Cantiques de Marseilles" ait été répandu en plusieurs éditions dans la province de Québec, depuis 1724 (ou antérieurement), les complaintes qu'il contient n'ont vraiment pas passé dans le domaine oral.

Sans aller plus loin dans ce domaine, comme il serait facile de le faire, nous inclinons vers la conclusion que la facétie des "Trois rêves" appartient autant au fonds populaire canadien qu'à celui des pays européens et que, comme M. Baum l'indique, la diffusion, en Europe et en Asie, en est fort ancienne.

C.-MARIUS BARBEAU. OTTAWA, CAN.

LA PREMIÈRE SÉANCE ANNUELLE DE LA SECTION DE QUÉBEC. — Les membres de la Section de Québec, au nombre de 23, se sont réunis à l'occasion des séances de la Société royale, au Château Laurier, à Ottawa, le 22 mai 1918.

La sécrétaire fit un rapport des travaux d'enquête et de publication accomplis pendant les dernières années, et on procéda à l'élection des dignitaires de la Section pour 1919. Furent élus: M. E.-Z. Massicotte, président; Messieurs Victor Morin, Gustave Lanctôt et Mlle. Malvina Tremblay, vice-présidents; M. C.-M. Barbeau, sécrétaire; et Mr. F. W. Waugh, trésorier.

M. Benjamin Sulte donna une causerie sur La formation intellectuelle des anciens canadiens et son influence sur les traditions populaires.

La récolte des traditions orales dans Québec a, d'après le rapport du sécrétaire, beaucoup dépassé les modestes moyens dont on dispose pour les faire connaître aux intéressés. Sans tenir compte des données déjà publiées dans les trois premiers volumes français de la Société de folklore américain ("Journal of American Folk-Lore," jan.-mars 1916, 1917, et jan.mars 1919) il n'est pas exagéré de dire que trois ou quatre mille pages ne suffiraient pas à la publication des matériaux traditionnels de toutes sortes, provenant de Québec, et maintenant réunis dans les classeurs du sécrétaire, à la Section d'anthropologie (Ottawa). Les enquêtes, jusqu'ici de peu de durée et restreintes à Charlevoix, Chicoutimi, Québec, Montréal, Kamouraska et la Beauce, devraient bientôt se continuer ou s'étendre à d'autres régions inexplorées.

Voici la liste abrégée des collections inédites de traditions orales canadiennes que possède aujourd'hui la Section de Québec (sont exclus de cette liste les materiaux déjà publiés):

Collection Barbeau (C.-Marius). — Contes: recueillis à Lorette (1914), 4;

à la Beauce (1914), 1; à Kamouraska (1915), 33; à Charlevoix et Chicoutimi (1916), 119. — Chansons: recueillis à Lorette (1914), 3 textes;

à Kamouraska (1915), I texte; à Charlevoix et Chicoutimi (1916), près de 500 textes, dont 469 furent recueillis avec mélodies, au phonographe; à la Beauce (1918), 62 textes et mélodies. — Anecdotes de la Beauce sur les noces d'autrefois, sur les sorciers, les feu-follets, les loups-garous, la chasse-galerie, les guérisseurs de secret, et sur des anciennes coutumes: plus de 25 sujets, dont 17 furent pris au phonographe. — Technologie: matériaux sur les arts et les objets domestiques de la Beauce ancienne, sur le blason populaire, les métiers et les meurs qui ne sont guère connus maintenant que des vieillards. — Dictons, croyances, blason populaire et expressions: notés à Ottawa, à la Beauce

et ailleurs. Collection Massicotte (Edouard-Z.). - Chansons: (1917–18) une série de

plus de 900 pièces phonographiées et transmises au sécrétaire à mesure qu'elles étaient recueillies à Montréal. A cette série, d'ailleurs en voie de développement, s'ajoutent des manuscrits de différentes sources. — Formulettes et rimettes: probablement près de 200 pièces (Montréal, 1917–18). — Contes et vaudevilles: quelques pièces seulement. — Blason populaire: récemment mis à l'étude. - Bibliographie du folklore canadien en préparation. Un certain nombre de pièces du répertoire Massicotte ont été notées de 1883 à 1917, dans Russell, Prescott, Mon

tréal et ailleurs. Collection A. G. - Chansons: 42 textes recueillis, en 1918, à Montréal,

mais provenant principalement de Portneuf; 35 mélodies notées à

l'oreille pour la plupart par J.-H. Poisson. Collection Tremblay (Malvina). - Trois contes de Charlevoix, publiés

en 1918, et deux autres retenus aux classeurs (1918); dictons, remèdes

populaires et expressions de La Malbaie. Collection Bolduc (Evelyn). - Publiée dans le premier et le troisième vn

lume français de la Société de folklore. Collection Lanctôt (Gustave). – Chansons: 10 textes recueillis de 1914 à

1917; textes notés en 1918: 9 formulettes, etc. Collection Morin ( Victor). - Publiée dans le second volume français de

la Société de folklore. Collection Lanctôt-Barbeau. — Chansons de Zénon Bélair; environ 50

textes provenant des Deux-Montagnes et de Montréal; transcrites en un cahier, depuis 1909; et dont 25 mélodies ont été recueillies au moyen

du phonographe, en 1918. En dehors de ces collections, un certain nombre de pièces isolées nous ont été transmises par des correspondants que nous ne mentionnons pas ici.

C.-M. B. OTTAWA, CAN.

LA DEUXIÈME SÉANCE ANNUELLE DE LA SECTION DE QUÉBEC (À MONTRÉAL, LE 18 MARS 1919). — Le Sécrétaire fit un rapport des travaux de la section. Nos collections folkloriques se sont de beaucoup accrues depuis notre séance de mai 1918. Les ressources financières indispensables pour leur publication restent, cependant, insuffisantes.

Notre requête de mai 1918 demandant l'assistance du Gouvernement de Québec fut présentée par le Sécrétaire à Sir Lomer Gouin, en juin 1918. Tout en ne souscrivant pas au fonds de publication de la Société — comme il était prié de le faire - le Premier ministre de Québec a gracieusement consenti

, au nom de son gouvernement, à acheter pour mille piastres d'exemplaires de nos deux premières séries de chants populaires canadiens; ce qui doit couvrir une partie des frais de publication.

Le volumineux manuscrit de la troisième livraison française du "Journal of American Folk-Lore" fut préparé par le Sécrétaire et transmis au Dr. Boas, en mai 1918. Mais les frais d'impression, les revenus insuffisants de la Société, ainsi qu'un malentendu inententionnel ont jusqu'ici retardé sa publication. Cette livraison, maintenant sous presse, sera la première dans la série de 1919, et elle paraîtra sous peu. Une quatrième livraison, pour 1920, est maintenant en préparation. Le Sécrétaire, en collaboration avec M. Jean Beck, de l'Université de Bryn Mawr, terminera bientôt le volume de chants populaires du Canada (deuxième série, "Cantilènes, ballades et complaintes du bas Saint-Laurent"), qui paraîtra dans la série des "Memoirs" de la Société de folklore d'Amérique.

Voici les collections faites depuis le 24 de mai 1918 et conservées par la Section d'anthropologie (Musée Victoria, Ottawa):

Collection Barbeau. — Liste des matériaux recueillis pendant des recherches

folkloriques de trois mois et demi de durée, sous les auspices de la Section d'anthropologie (Musée Victoria, Ottawa), dans les comtés de Témiscouata (Notre-Dame-du-Portage, Saint-Antonin), de Kamouraska (Saint-André), et de Gaspé (Sainte-Anne-des-Monts et La Tourelle). Chansons: en tout 1300 variantes recueillies en sténographie, 1075 étant accompagnées de leur mélodie, enregistrée au phonographe; dont, de Témiscouata, 383 pièces phonographiés et notées et 70 textes nus; de Gaspé, 690 numéros phonographiés et notés, et près de 220 textes. Danses et airs de violon: violon, 55 pièces; danses chantées en imitant le violon, 8 (recueillies au Portage). Contes et anecdotes: 17 contes de Gaspé, et 5 de Témiscouata; 12 anecdotes de Témiscouata et 28 de Gaspé. Blason et géographie: étude assez complète pour Notre-Dame-du-Portage, les environs de Sainte-Anne-des-Monts, et la côte de Gaspé. Technologie et arts: 280 photographies de bâtisses, d'anciens objets et procédes, de personnes; notes sur différentes phases de la vie domestique. Autres données: sur l'origine des groupements du Portage et de Sainte-Anne-des-Monts, sur

les formulettes et rimettes, sur les expressions du terroir. Collection Massicotte. — Nouvelle série d'à peu près 460 pièces, comprenant

chansons, formulettes et rimettes populaires; soit, 400 chansons en texte, dont 100 sont phonographiées. Etudes sur des jeux semi-populaires, de bonne heure introduits au Canada: le jeu de dames, le romestecq, etc. Technologie coloniale: 742 fiches, d'après des inventaires, ordonnances

et règlements anciens. Collection Barbeau-Wyman. — 60 chansons recueillies en texte et au phono

graphe, à Notre-Dame-du-Portage (Témiscouata) et à Saint-André

(Kamouraska). Collection (Loraine) Wyman. — 18 chansons avec texte et mélodie, recueil

lies à Percé (Gaspé), en juillet 1918 (bien que cette collection ait été faite indépendamment, Miss Wyman a offert de la publier dans la prochaine livraison française du "Journal of American Folk-Lore"); une petite collection de photographies prises à Notre-Dame-du-Portage et

aux environs. Collection (Malvina) Tremblay. -4 contes recueillis à Ottawa; quelques

fragments de chansons, en texte; plus de 20 formulettes et rondes enfantines; un petit nombre de remèdes populaires, de dictons et de supersti

tions; et une liste d'expressions du terroir, principalement de Chicoutimi. Collection A. G. – Chansons recueillies à Montréal, mais provenant en

partie de Portneuf: 18 textes et 7 mélodies notées à l'oreille par J.-H. Poisson.

Collection (Jules) Tremblay. -- 2 chansons accompagnées de leur mélodie;

2 anecdotes. Collection (Georges) Mercure. — 2 anecdotes; 3 chansons. Vieux manuscrits. Cahier Mizaël Hamelin, Québec, 1860, contenant

des chansons populaires canadiennes et des romances, remis par E.-Z. Massicotte; 3 cahiers de Soeur Ste-Georgia (Virginie Morency), de Sainte-Marie, Beauce (circa 1878), contenant des cantiques, romances littéraires et quelques chansons populaires, remis par C.-M. Barbeau; cahier Benjamin Sulte, contenant des romances littéraires et peu de

chansons populaires connues en 1850, remis par M. Sulte. Soirée de folklore canadien, à la Bibliothèque Saint-Sulpice. — Dans le but

d'intéresser un plus grand nombre de Canadiens dans l'étude et la publication du folklore de leur pays, la Société historique de Montréal et la Section de Québec organisèrent une soirée de traditions populaires, accompagnant leur séance annuelle.

En résumé, voici le programme de cette soirée d'un nouveau genre: Trois chanteurs populaires, Messieurs de Repentigny, Tison, et Rousselle, un violonneux et un danseur, Messieurs Baulne et Bougie, ont exécuté plusieurs pièces traditionnelles de leur répertoire. Deux contes canadiens furent récités. Des projections lumineuses firent connaître quelques traits généralement ignorés de notre technologie ancienne, etc. sieurs Morin et Barbeau expliquèrent la raison d'être de la Section de Québec (Société de folklore d'Amérique) et l'historique des pièces tradi

tionnelles comprises au programme. Election des dignitaires de la section pour 1920. Patron, Sir Lomer

Président, E.-Z. Massicotte. Vice-Présidents, Victor Morin, Louis Vessot King. Conseillers, Gustave Lanctôt, Aegidius Fauteux, Edmond Montet. Secrétaire, C.-Marius Barbeau. Trésorière, Malvina Tremblay.

C.-M. B. OTTAWA, CAN.

NOTICE SUR MICHEL MORIN. — Michel Morin appartenait à une famille de Beaubassin (Acadie) qui vint s'établir à la Rivière-du-Sud (Montmagny), entre les années 1686 et 1694. Son père se nommait Pierre Morin, et sa mère, Françoise Chiasson dit Lavallée. Peut-être cet excentrique personnage eut-il l'Acadie pour berceau; ce qui expliquerait sa qualification de "Bedeau de Beauséjour," dans un récit cité par le " Journal of American Folk-Lore" (29 : 126). Il épousa, à Berthier (Bellechasse), le 7 janvier 1727, Marie Frégeot. Exerça-t-il, les fonctions de chantre? On pourrait l'affirmer, s'il eût quelque chose de commun avec son frère Pierre, qui s'éteignit subitement à l'âge de 84 ans, dans l'église de St-Pierre de Montmagny, tenant en main un livre de plain-chant. Sa passion pour la pêche et les exploits cynégétiques sont restés célèbres.

Les régistres de Kamouraska fixent sa sépulture au 20 juin 1767. La chute célébrée par F.-B. Pelletier (1.c., p. 131) n'a pas dû être fatale. Du reste, le fait seul qu'elle prêta à la plaisanterie le prouve suffisamment.

Je transcris ici, en guise de confirmation, une esquisse biographique du célèbre original, due à la plume toujours sûre de l'Honorable A.-N. Morin (par Béchard, La Vérité (Québec, 1885), p. 12), qui a emprunté le tout aux traditions de sa famille.

1 Voir, Journal of American Folk-Lore, 29 : 30, et 30 : 141.

"Michel, le plus jeune (des fils de Pierre Morin), était fort célèbre par son excentricité, ses bons mots et sa paresse. Il vécut de chasse et de pêche, huit ans, sur les bords d'un lac qui porte son nom, plutôt que de travailler. Il disait qu'il prendrait une terre s'il savait que tous les arbres fussent creux. J'ai entendu chanter des chansons faites sur son compte. C'était un homme grand, sec et maigre. Vers la fin de ses jours, le courage le reprit: il alla ouvrir une terre à la Rivière-Ouelle - ou plus bas; il acquit de l'aisance. Son fils a été lieutenant-colonel de milice; ses fils ou d'autres de ses fils.(?), capitaines, etc. ... établis à St. Roch-des Aulnaies, à la Rivière-Ouelle, à Cacouna," etc.

A. G. MONTRÉAL, CAN.

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