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THE JOURNAL OF

AMERICAN FOLK-LORE. Vol. XXX. — JANUARY – MARCH, 1917. — No. CXV

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CETTE nouvelle série de contes populaires canadiens se rattache à celle que la revue de la Société de Folklore Américain publiait l'an dernier, à pareille date. Nous renvoyons donc le lecteur aux remarques préliminaires de la première série, qui s'appliquent également ici.

Les contes qui suivent viennent des mêmes conteurs, et ils furent recueillis en juillet et en août, 1914 et 1915. Les seuls noms nouveaux qui s'ajoutent à la liste de nos sources sont ceux de Georges-Séraphin Pelletier, artisan âgé de 53 ans, né au Cap Saint-Ignace, et résidant à Sainte-Anne de la Pocatière, Kamouraska, de M. Louvigny de Montigny et de Mme Alphonse Perrault, d'Ottawa. Ces derniers nous communiquèrent les deux randonnées chantées (nos 73, 74).

Le texte de ces contes, répétons-le, est, à peu de chose près, celui des paysans de qui nous les avons recueillis fidèlement à la sténographie. Nous avons évité d'y ajouter ou d'y retrancher. Notre expurgation se rapporte aux fautes grammaticales purement accidentelles et aux répétitions de néologismes, de formes ou termes archaïques, marins ou provinciaux, que nous indiquons ici et là à titre d'exemple seulement. Les mots déformés, incorrects ou étrangers à la littérature française sont, autant que possible, indiqués en italique. Ces mots se retrouvent toutefois presque tous, avec à peu près le même sens chez les paysans du nord, du centre et de l'ouest de la France, d'où vinrent la majorité des premiers colons canadiens. Des locutions à nuance canadienne – ou “canadianismes” – sont signalées par

Copyright, 1917, by C.-Marius Barbeau, Ottawa, Can., in Canada and the United States.

• Voir The Journal of American Folk-Lore, vol. xxix, No. cxi.

des 'guillemets anglais.' Là où le sens était incomplètement exprimé, nous avons comblé les lacunes en introduisant les mots nécessaires entre parenthèses.

Ces textes recueillis tels qu'ils tombaient spontanément des lèvres des paysans canadiens suffiront à dissiper une erreur à peu près universelle sur l'état de la langue française au Canada. La corruption du langage que l'on remarque dans les villes et dans les bourgs limitrophes des centres de langue anglaise, a fait croire à des observateurs superficiels et aux Canadiens eux-mêmes que l'ancien parler français s'était profondément modifié chez les paysans du Canada. Le style qu'ont quelquefois adopté Fréchette, Sir James Le Moine, Beaugrand et de Montigny, dans certains tableaux de meurs forestières ou champêtres et dans des anecdotes comiques, ont d'ailleurs contribué à répandre cette opinion au dehors. Ne s'appliquant d'ailleurs qu'à faire æuvre littéraire, ces écrivains n'avaient guère souci de l'exactitude scientifique. Nous n'en sommes pas moins venus à la conclusion que, à peu près partout, la population rurale canadienne-française a conservé le parler français ancestral pur et intact. L'anglicisme même, prompt à s'introduire dans les villes, y est le plus souvent inconnu. Les contes que nous présentons textuellement serviront à démontrer ce phénomène de stabilité linguistique. On aurait d'ailleurs pu s'attendre à moins de pureté de langage chez deux conteurs tels que Fournier et Pelletier qui, ouvriers, ont passé une partie de leur vie parmi des gens de langue anglaise, dans les chantiers de la Nouvelle-Angleterre ou à l'emploi des compagnies de chemin de fer. Pelletier, en particulier, parle l'anglais et a souvent dit ses contes en anglais, dans les chantiers du Wisconsin ou de la Gatineau. Nous n'avons nulle part entendu ce langage artificiel et farci, mais comique et original, que Fréchette, LeMoine et leurs disciples mettent dans la bouche de leurs habitants. C'est là une création d'écrivain et une imitation élaborée du jargon exceptionnel d'individus à parenté ou à éducation mixtes, qui mêlent inconsciemment leurs deux langues maternelles. Certains termes que Fréchette emploie couramment, comme "j'avions," "j'avons” et "j'étions(pour "j'avais," "j'ai,” et j'étais”) ne s'entendent jamais dans la bouche des paysans du Québec, quoiqu'ils appartiennent à certains dialectes de France, tel celui de la Savoie, et ne se retrouvent au Canada que parmi les Acadiens.

En terminant ces remarques, nous désirons remercier le Dr Franz Boas et M. Louvigny de Montigny des services qu'ils nous ont rendus dans la publication de ces deux séries de contes populaires canadiens, qui ont été préparés sous les auspices de la Section d'Anthropologie de la Commission Géologique du Canada.

LE STYLE ET LES THÈMES MYTHOLOGIQUES.

Personnages.

120.1 Noms des personnages. — Petit-Jean (51, 53, 57, 58, 61 ), qui, dans le dernier cas, se nomme aussi "le petit teigneux” (61); Petit-Pierre (53); Prince-Joseph (53); Georges (52); Bon-évêque et Beau-prince (49); Vent-du-nord, Vent-de-l'ouest, Vent-d'est et Vent-du-su (50); “Bête féroce en jour et prince en nuit” (48); la Bellejarretière-verte (49); Fesse-ben (59); Thomas-bon-chasseur (54); Jean-Cuit (66); Frédérico (69); Lévêque (71). Personnages dont le nom n'est pas mentionné: les trois frères sosies (58); la marraine (49); la mariée (72); les deux 'cavaliers' (72); le grand voleur de France et le grand voleur de Paris (68).

121. Roi, prince et princesses. — Un roi et ses trois fils (49, 58); un roi et son fils (48, 66); un roi (52, 57, 59, 61, 68); un roi, sa femme, et leur fils (56); un roi, sa femme, et leur fille (64); un roi et sa fille (52, 63, 70); trois princes (58); un fils de roi (52, 62); prince et princesse (67). 3

122. Paysans. — Un vieux et une vieille qui vivent dans le bois (61, 62); un vieux, une vieille et leur fils (69); un vieux et ses trois filles (50); un vieux bûcheron (54); un vieux bûcheron, sa vieille et leurs trois enfants (60, 62); une veuve et son fils (55, 63); une veuve et sa fille (66); un pêcheur, sa femme et leur fils (52); un vinaigrier et son fils (70); un forgeron (48); un habitant et ses trois filles (48).

123. Les cadets habiles. — Prince-Joseph, le plus jeune de trois frères, obéit à la vieille sorcière qui a métamorphosé ses deux frères aînés, et réussit ainsi à délivrer ses frères et à rapporter l'eau de la rajeunie pour son père (53); un fils cadet évite le piège que lui tend une vieille sorcière et délivre ses deux frères aînés (58); la cadette de trois princesses devine les feintes du petit teigneux et, par son silence sympathique, gagne son cœur (61).4

124. Les cadets favoris. — Moins fière que ses sœurs aînées, la cadette ne demande à son père, comme cadeau, qu'un bouquet; et, pour lui sauver la vie, elle consent à épouser un prince métamorphosé (48); le prince métamorphosé en lièvre demande au vieillard de lui amener la

Ces numéros commencent là où finissent ceux (1-119) de la première série de contes populaires canadiens (The Journal of American Folk-Lore, vol. xxix, No. cxi, p.25). Nous indiquons ici les numéros qui, dans la première liste, contiennent des traits parallèles.

* Ces chiffres entre parenthèses désignent les contes de la présente série.

* Voir 48 & la liste des traits caractéristiques, Contes Populaires Canadiens, première série.

• Voir 55 (Ibid.).

des 'guillemets anglais. Là où le sens était incomplètement exprimé, nous avons comblé les lacunes en introduisant les mots nécessaires entre parenthèses.

Ces textes recueillis tels qu'ils tombaient spontanément des lèvres des paysans canadiens suffiront à dissiper une erreur à peu près universelle sur l'état de la langue française au Canada. La corruption du langage que l'on remarque dans les villes et dans les bourgs limitrophes des centres de langue anglaise, a fait croire à des observateurs superficiels et aux Canadiens eux-mêmes que l'ancien parler français s'était profondément modifié chez les paysans du Canada. Le style qu'ont quelquefois adopté Fréchette, Sir James LeMoine, Beaugrand et de Montigny, dans certains tableaux de mæurs forestières ou champêtres et dans des anecdotes comiques, ont d'ailleurs contribué à répandre cette opinion au dehors. Ne s'appliquant d'ailleurs qu'à faire @uvre littéraire, ces écrivains n'avaient guère souci de l'exactitude scientifique. Nous n'en sommes pas moins venus à la conclusion que, à peu près partout, la population rurale canadienne-française a conservé le parler français ancestral pur et intact. L'anglicisme même, prompt à s'introduire dans les villes, y est le plus souvent inconnu. Les contes que nous présentons textuellement serviront à démontrer ce phénomène de stabilité linguistique. On aurait d'ailleurs pu s'attendre a moins de pureté de langage chez deux conteurs tels que Fournier et Pelletier qui, ouvriers, ont passé une partie de leur vie parmi des gens de langue anglaise, dans les chantiers de la Nouvelle-Angleterre ou à l'emploi des compagnies de chemin de fer. Pelletier, en particulier, parle l'anglais et a souvent dit ses contes en anglais, dans les chantiers du Wisconsin ou de la Gatineau. Nous n'avons nulle part entendu ce langage artificiel et farci, mais comique et original, que Fréchette, LeMoine et leurs disciples mettent dans la bouche de leurs habitants. C'est là une création d’écrivain et une imitation élaborée du jargon exceptionnel d'individus à parenté ou à éducation mixtes, qui mêlent inconsciemment leurs deux langues maternelles. Certains termes que Fréchette emploie couramment, comme "j'avions," "j'avons" et "j'étions” (pour "j'avais," "j'ai,” et j'étais”) ne s'entendent jamais dans la bouche des paysans du Québec, quoiqu'ils appartiennent à certains dialectes de France, tel celui de la Savoie, et ne se retrouvent au Canada que parmi les Acadiens.

En terminant ces remarques, nous désirons remercier le Dr Franz Boas et M. Louvigny de Montigny des services qu'ils nous ont rendus dans la publication de ces deux séries de contes populaires canadiens, qui ont été préparés sous les auspices de la Section d'Anthropologie de la Commission Géologique du Canada.

LE STYLE ET LES THÈMES MYTHOLOGIQUES.

Personnages.

120. 1 Noms des personnages. — Petit-Jean (51, 53, 57, 58, 612), qui, dans le dernier cas, se nomme aussi "le petit teigneux” (61); Petit-Pierre (53); Prince-Joseph (53); Georges (52); Bon-évêque et Beau-prince (49); Vent-du-nord, Vent-de-l'ouest, Vent-d'est et Vent-du-su (50); "Bête féroce en jour et prince en nuit” (48); la Bellejarretière-verte (49); Fesse-ben (59); Thomas-bon-chasseur (54); Jean-Cuit (66); Frédérico (69); Lévêque (71). Personnages dont le nom n'est pas mentionné: les trois frères sosies (58); la marraine (49); la mariée (72); les deux 'cavaliers' (72); le grand voleur de France et le grand voleur de Paris (68).

121. Roi, prince et princesses. — Un roi et ses trois fils (49, 58); un roi et son fils (48, 66); un roi (52, 57, 59, 61, 68); un roi, sa femme, et leur fils (56); un roi, sa femme, et leur fille (64); un roi et sa fille (52, 63, 70); trois princes (58); un fils de roi (52, 62); prince et princesse (67). 3

122. Paysans. — Un vieux et une vieille qui vivent dans le bois (61, 62); un vieux, une vieille et leur fils (69); un vieux et ses trois filles (50); un vieux bûcheron (54); un vieux bûcheron, sa vieille et leurs trois enfants (60, 62); une veuve et son fils (55, 63); une veuve et sa fille (66); un pêcheur, sa femme et leur fils (52); un vinaigrier et son fils (70); un forgeron (48); un habitant et ses trois filles (48).

123. Les cadets habiles. — Prince-Joseph, le plus jeune de trois frères, obéit à la vieille sorcière qui a métamorphosé ses deux frères aînés, et réussit ainsi à délivrer ses frères et à rapporter l'eau de la rajeunie pour son père (53); un fils cadet évite le piège que lui tend une vieille sorcière et délivre ses deux frères aînés (58); la cadette de trois princesses devine les feintes du petit teigneux et, par son silence sympathique, gagne son coeur (61).4

124. Les cadets favoris. — Moins fière que ses sœurs aînées, la cadette ne demande à son père, comme cadeau, qu'un bouquet; et, pour lui sauver la vie, elle consent à épouser un prince métamorphosé (48); le prince métamorphosé en lièvre demande au vieillard de lui amener la

1 Ces numéros commencent là où finissent ceux (1-119) de la première série de contes populaires canadiens (The Journal of American Folk-Lore, vol. xxix, No. cxi, p. 25). Nous indiquons ici les numéros qui, dans la première liste, contiennent des traits parallèles.

Ces chiffres entre parenthèses désignent les contes de la présente série. * Voir 48 à la liste des traits caractéristiques, Contes Populaires Canadiens, première série.

4 Voir 55 (Ibid.).

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